‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 20 sur 63 · DES C.BNÉIUT10NS DITES SPONTANÉES · texte numérisé non relu

DES C.BNÉIUT10NS DITES SPONTANÉES

le mieux organisé à la molécule simplement organique.

Je n’irai pas plus loin sans vous montrer quelques-unes des générations que Buffon croyait spontanées et qui passent encore pour telles de nos jours. Je ne placerai cependant sous vos yeux ni des vers de terre, ni des champignons. Personne ne croit plus que ces êtres viennent au monde sans parents. Buffon, vous venez de l’entendre, le croyait encore sans hésitation aucune. Ce sont des êtres microscopiques que je dois vous montrer. C’est là, dit-on, que la génération spontanée est reléguée de nos jours, là où il est plus difficile, en effet, de porter la lumière de l’expérience ; mais ayez confiance, je l’y porterai tout à l’heure, et vous ne sortirez pas d’ici sans la persuasion que la génération spontanée des êtres microscopiques est une chimère, à l’égal de la génération spontanée des verset des champignons de Buffon, à l’égal de la génération spontanée des souris et des scorpions de Van Helmont.

M. Pasteur fait projeter ensuite sur le tableau un certain nombre de ces générations dites spontanées, telles que la levûre de bière, les moisissures, les animalcules de l’infusion de foin, les anguillures du vinaigre, etc....

Ce sont là, a-t-il dit, quelques-uns des organismes regardés comme spontanés au ‘dernier siècle, et encore aujourd’hui par quelques naturalistes.

Des controverses animées s’élevèrent alors entre les savants, d’autant plus vives qu’elles avaient leur contrecoup dans l’opinion publique, — dans l’opinion publique tou jours passagère, vous le savez, en ces deux grands courants d'idées aussi vieux que le monde, et qui de nos jours s’appellent le matérialisme cl le spiritualisme. Quelle conquête pour le matérialisme, s’il pouvait protester qu’il s’appuie sur le fait avéré de la matière s’organisant d'ellemême ! la matière qui a en elle-même déjà toutes les for-

DES GÉNÉRATIONS DITES SPONTANÉES, ces connues. Vous la voyez encore dans les premières de ces soirées, dans la belle exhibition des plus beaux phéno. mènes naturels qui ont été mis sous vos yeux, vous la voyez encore si puissante et si faible, obéissant à toutes les vo. lontés du savant. — Ah ! si nous pouvions lui ajouter encore cette autre force qui s’appelle la vie, et la vie variable dans ses manifestations avec les conditions de nos expériences ! Quoi de plus naturel que delà déifier, cette matière? A quoi bon recourir à l’idée d’une création primordiale devant le mystère de laquelle il faut s'incliner? Écoutez plutôt. C'est un adeple’de la doctrine qui va parler : « Assistons à l’œuvre divine, dit un brillant écrivain. Prenons une goutte d’eau dans la mer. Nous y verrons recommencer la primitive création. Dieu n’opère pas de telle façon aujourd’hui, et d’autre demain. Ma goutte d’eau, je n’en fais pas doute, va dans ses transformations me raconter l’univers. Attendons et observons. Qui peut prévoir, deviner, l’histoire de cette goûte d’eau ? Plante-animal, animal-plante, qui le premier doit en sortir?

« Cette goutte, sera-ce l’infusoire, la monade primitive, qui, s’agitant et vibrant, se fait bientôt vibrion? qui, montant de rang en rang, polype, corail ou perle, arrivera peut-être en dix mille ans à la dignité d’insecte ? »

Cette goutte, ce qui va en venir, sera-ce le fil végétal, le léger duvet soyeux qu’on ne prendrait pas pour un être, et qui, déjà, n’est pas moins que le cheveu premier-né d’une jeune déesse, cheveu sensible, amoureux, dit si bien : cheveu de Vénus? Ceci n’est point de la fable, c’est de l’histoire naturelle. Ce cheveu des deux natures (végétale et animale) où s’épaissit la goutte d’eau, c’est bien l’aîné de la vie.

Ces conferves, comme on les appelle, se trouvent universellement dans l’eau douce et dans l’eau salée quand

DES GÉNÉRATIONS DITES SPONTANÉES. 170 elle est tranquille. Elles commencent la double série des plantes originaires de la mer et de celles qui sont devenues terrestres quand la mer a émergé. Hors de l’eau monte la famille des innombrables champignons, dans l’eau celle des conferves, algues et autres plantes analogues.

Vous le voyez, messieurs, l’existence des générations spontanées est-elle admise, et l'histoire de la création et de l’origine du monde vivant n’est pas plus difficile que cela. Il suffit de prendre une goutte d’eau dans la mer, de cette eau où il existe toujours, M. Michelet l’a développé antérieurement dans de belles pages, un peu de matière azotée, de mucus de la mer, de gelée féconde, comme il l’appelle. On attend, on observe. Et bientôt se présente aux yeux le spectacle de la primitive création, et les premiers êtres nés spontanément se transformant peu à peu, montant de rang en rang, par exemple en dix mille ans, à l’état d’insecte, en cent mille ans sans doute à l’état d’homme.

Vous devez comprendre maintenant, messieurs, le lien qui existe entre la question des générations dites spontanée», et tous ces graves sujets que j’énumérais en commençant.

Mais, dans un pareil sujet, assez de poésie comme cela, assez de solutions instinctives. U est temps que la science, la vraie méthode reprenne ses droits et les exerce. Je m'empresse, d’ailleurs, d’ajouter que je repousse avec la même rigueur les solutions à priori partant de vues spiritualistes ou de vues matérialistes. 11 n’y a ici ni religion ni philosophie qui tienne. C'est une question de fait, que j’aborde sans idées préconçues, aussi prêt à déclarer qu'il existe des générations spontanées si l’expérience m'eu avait imposé l'aveu, que je suis convaincu aujourd’hui que ceux qui les affirment ont un bandeau sur les yeux.

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