FORMATION DE L'ÉCORCE SOLIDE DU GLOBE
Dans le terrain dévonien, immédiatement supérieur à celui-ci et formé selon les mêmes lois, on trouve déjà quelques coquillages et de grands végétaux , tels que les cycadées et les sigillaires. Ces fossiles sont surtout trèsabondants dans le Devonshire, en Angleterre. De là le nom de terrain dévonien.
Dans le terrain houiller ou carbonifèi'c, qui surgit du fond de la mer dévonienne on rencontre des couches de bouille qui ont jusqu’à 5 kilomètres d’épaisseur. Certaines mines d’Écosse renferment des forêts tout entières ainsi réduites à l’état de houille par les effluves ignées et par la pression des couches supérieures. (M. Hébert montre sur le tableau la photographie d’une houillère d’où l’on voit émerger perpendiculairement, entre les couches de charbon, une ' de ces énormes fougères si communes dans le terrain houiller.) Ces vastes amas de végétaux carbopisés ont probablement formé dans le principe d’immenses tourbières. Sous l’influence de l’expansion intérieure, les vagues de la mer carbonifère sont sorties de leur lit, entraînant sur leur passage les sables, les plantes et les animaux. I.es grandes forêts de cette époque, envahies par les atterrissements, ont été bientôt complètement recouvertes par les couches sédimentaires, lesquelles ont produit à leur tour une nouvelle flore qui a subi le même sort que la première. Calculez le temps qu’il a fallu pour étager ainsi les forêts carbonifères les unes sur les autres, et vous aurez une idée plus ou moins approximative de la longue suite de siècles qui sépare l’une de l’autre les époques géologiques.
Le terrain houiller est un de ceux qui ont été le plus tourmentés par les soulèvements internes et les irruptions de matière ignée. On y trouve, outre les grands végétaux dont nous avons parlé, de nombreuses espèces d’animaux fossiles. C’est dans les profondeurs et sur les rivages de la
23S FORMATION DE L'ÉCORCE SOLIDE DU GLOBE, mer carbonifère, que se sont développés cqs bizarres crustacés décrits sous le nom de trilobiles, beaucoup de poissons «t quelques reptiles dont M. Hébert montre les échantillons. Ce sont des sauriens énormes, quatre ou cinq fois plus gros que les crocodiles du Nil et des fleuves indiens.
Dans la période jurassique, l’atmosphère, purifiée de son acide carbonique par l’exubérance de la végétation carbonifère, put laisser se développer une faune un peu plus riche. Alors apparurent les bélemnitcs, les ammonites, \'ichthyosaure, le plésiosaure, le ptérodactyle, etc. C’est au terrain jurassique qu’appartiennent les monts du Jura, les volcans éteints de l’Auvergne, les montagnes de l’Aveyron, de la Lozère et de la Corrèze.
La chaleur décroissant tou jours avec l’épaississement des couches stratifiées, les poussées intérieures se faisant de moins en moins sentir, le calme se rétabit peu à peu à la surface du globe, et l’air se débarrassa de tous ses principes délétères. Alors apparurent les grands mammifères trouvés par Cuvier dans le terrain crétacé des environs de Paris : le Palœotherium, le Dinothérium, les mastodontes, le Cervus qigantem , enseveli dans les tourbières d’Irlande, etc. Le soulèvement des Pyrénées, des Alpes, des Apennins, des Balkans se fit pendant cette période.
C’est dans le diluvium ancien, qui forme la transition entre les terrains crétacés et les alluvions modernes, que se montrèrent la plupart des plantes et des animaux de la faune actuelle. Les inondations partielles qui eurent lieu à cette époque ont laissé des traces profondes dans les cavernes à ossements, où l’on trouve ;1 côté des restes des cerfs, des buffles et des éléphants, ceux d’ours, de lion, d’hvène, de chien et de jaguar. Le banc de sable de Moulin-Quignon, qui a tant fait parler de lui dans ces derniers temps, appartient au diluvium.
FORMATION DE L’ÉCORCE SOLIDE DU GLOBE. 239 Depuis cette époque, le calme le plus parfait a régné sur la terre. Cependant les éruptions volcaniques, les tremblements de terre et quelques soulèvements partiels, comme celui du Ténare, de l’île A lliera, prouvent que les causes dont nous avons parlé existent toujours, et que la terre est encore soumise aux influences du feu intérieur. En 1811 et en 1831, deux nouvelles îles ont encore surgi : l’une dans l’Océan, l’île Sabina, près des Açores; l'autre dans la Méditerranée, l’île Julia. Cette dernière n’a, pour ainsi dire, fait que paraître et disparaître. Elle est aujourd’hui engloutie sous les flots de la mer sicilienne. Ce sont là de vivants et irrécusables témoignages de la vérité de la science géologique.
Transformations des êtres et. conditions dans lesquelles elles se produisent
Par M. Trémaux.
Parmi les grandes questions agitées au sein des sciences et caractérisant leurs progrès, il en est quelques-unes qui jouissent du privilège de passionner les esprits, comme si de leur solution dépendait le salut des vieilles traditions. Tel est l'ordre d’idées dans lequel nous allons entrer avec M. Trémaux. Ce voyageur philosophe a su tirer de ses propres observations des conséquences d’une haute portée; il les a développées en présence des membres de l’Académie des sciences, et nous lesavons résumées dans ce paragraphe. Dans les régions septentrionales du continent africain, M. Trémaux fut frappé de la différence des types indigènes avec ceux des Soudaniens et surtout ceux des nègres qu’on y rencontre. Se rappelant les opinions des naturalistes, il pensa simplement qu’il s’agissait, selon les uns, de différentes espèces d’hommes, ou bien, selon les autres, de races qui auraient été diversifiées d’abord par des causes primordiales, inhérentes au premier état de notre planète, et ensuite modifiées par des croisements et autres causes. Mais en partant de l’Égypte pour remonter vers la Nigritie, il remarqua que, malgré toutes les migrations, les invasions, les bouleversements qui ont porté les plus grandes perturbations dans les populations de ces contrées, on reconnaît néanmoins une progression régulière dans la modification des peuples. Il lui sembla qu'il
y avait dans ce [fait une cause grande et puissante posant IA son empreinte et harmonisant cette succession de peuples selon une loi naturelle, indépendante de leurs mélanges, supérieure au croisement.
La traversée du grand désert de Korosko vint faire une interruption dans les populations avec lesquelles les voyageurs étaient en contact. Des Barabra ou Berbères occupent les deux côtés de ce désert, et, ce qui les surprit le plus, ce fut de voir que la fraction de ce même peuple qui habile le côté sud du désert est beaucoup plus noire que celle qui occupe le côté nord. La chevelure est aussi plus frisée. Ces habitants sont tellement noirs, que si l’on en voyait des individus dans nos pays, on les prendrait volontiers pour des nègres. Ensuite ils virent des peuples arabes dont le teint est également très-foncé, et, les comparant à d’autres Arabes blancs ou très-peu colorés qu’ils avaient vus dans l’Afrique septentrionale, ils n’en furent pas moins surpris.
En continuant leur marche vers le sud, ils trouvèrent dans le Sennflr des peuples Foun ou Foungi (ancien Fout), dont le teint était entièrement noir, les cheveux fortement crêpés, et les traits en grande partie transformés dans le sens de ceux des nègres. A côté de ceux-ci, et même plus au sud, joignant les peuples nègres, ils rencontrèrent des Arabes qui ne continuaient pas la progression; ils étaient moins noirs, avaient les cheveux peu crêpés et les traits presque intacts; mais aussi il y a peu de siècles qu’ils habitent ces régions reculées.
M.Trémaux cherche h reconnaîtresi la cause de ces transformations venait du croisement de ces différents peuples avec les nègres ou bien de l’influence du milieu ; car il ne pouvait être question d’hommes ainsi créés, puisque leur origine et leurs migrations sont connues, et que des fractions de ces mêmes peuples sont répandues au sud et au
nord des déserts, comme pour attester les différences
actuellement survenues entre eux.
Dans nulle autre contrée du globe, on ne peut suivre d’aussi loin la marche des peuples; nulle part aussi, les contrastes n’étant plus frappants, cette étude semble mériter une sérieuse, attention. Toutefois, dans cet examen on négligera les faits de détail sur lesquels on ne possède pas de documents suffisants, et on s’attachera aux grands traits généraux, les plus propres d’ailleurs à donner une bonne base d’appréciation.
Des raisons nombreuses et puissantes tendent à montrer que cette transformation des peuples est due à l’action des milieux. D’abord il résulte de ces observations, comme de celles des autres voyageurs, que les peuples d’origine asiatique répandus au Soudan, loin de fraterniser avec les nègres, vivent avec eux dans un état de guerre acharnée et presque continuelle. Ensuite les esclaves qui proviennent de ces guerres ne sont pas conservés au Soudan d’où il leur serait trop facile de regagner leur pays, et où d’ailleurs les besoins sont très-restreints. Ils sont envoyés dans l’Afrique septentrionale où, comme chacun le sait, les jeunes femmes esclaves sont d’un prix relatif à celui de l’homme qui atteste assez pour quel usage elles sont recherchées de leurs maîtres. Il y a donc là des croisements plus fréquents qu'au Soudan, et pourtant que voyons-nous? Au nord des déserts l’homme noir passe au blanc le peuple conserve son type, tandis que le blanc passe au noir dans le sud. Le croisement ne serait ainsi qu’un accident temporaire dont le résultat se perd peu à peu sous l’action des milieux, et ce n’est pas à lui qu’il faudrait attribuer le résultat définitif du changement.
D'autres raisons viennent à l’appui de celles-ci. D'abord l’action des milieux et le croisement ont une manière
distincte d’agir. Par le croisement, les traits se modifient de suite très-fortement et individuellement; mais surtout dans le sens propre au milieu sous lequel il se produit. Ainsi, en Europe, le métis passe plus fortement au type blanc, dans le Soudan au type noir. Toutefois, dans ce dernier pays, cet effet est moins constant, moins prononcé, ce qui, appuyé d’autres raisons que nous donnons ailleurs, semblerait indiquer que l’homme se modifie plus facilement dans le sens du perfectionnement que dans le sens contraire. Bien que les individus croisés se fondent de plus en plus dans le type général par une suite de générations, ce n’en est pas moins la marche du croisement que l’on observerait, quoiqu’il un moindre degré, s’il était le principal agent. L’action des milieux, d’après ce que nous voyons, agit non en détail, mais d’une manière générale, eu commençant par modifier le teint de plus en plus à chaque génération ; elle agit moins vite sur la chevelure et plus lentement encore sur les traits. Cette dernière marche est celle que l’on reconnaît en général.
Une autre raison encore, c’est que s’il s’agissait d’un effet du croisement, au lieu de voir les peuples d’origine asiatique du Soudan complètement noircis, ils auraient nécessairement conservé sur le résultat du mélange une part d’influence proportionnelle à la part considérable qu’ils y ont apportée. 11 est donc facile de voir que c’est, en somme, l’action des milieux qui a transformé ces peuples au Soudan. Le croisement n’est considéré comme le principal agent, que parce que ses effets sont tout d’abord très-saisissables, mais il ne saurait expliquer que partiellement et incomplètement les faits que nous signalons.
Pour constater la cause de cette transformation, d’autres moyens s’offrent encore à nous; c’est de voir si les peuples
d’origine asiatique qui ont pénétré dans l’Afrique centrale sont modifiés dans une mesure proportionnelle au temps qu’ils ont passé dans les régions nigricentes, et à leur degré de rapprochement de ces régions, au lieu de l’étre proportionnellement aux usages qu’ils auraient de se croiser. Ici encore cette règle s’applique bien aux peuples dont on connaît les migrations, fille devient même un moyen de s’éclairer à l’égard des fractions de ces mêmes peuples qu’on a perdues de vue dans les migrations. Ainsi, en même temps que telles parties des peuples arabes et berbères sont restées blanches dans l’Afrique septentrionale, quoique soumises aux croisements, les autres fractions de ces mêmes peuples qui se sont établies au Soudan, ou même isolées dans les oasis, sont transformées en proportion du temps qu’elles y ont passé. La même progression se remarque chez les Foun ou Fout qui, étant les plus anciennement venus dans ce pays, sont aujourd’hui très-rapprochés du type nègre. — Si la cause de transformation des peuples que nous reconnaissons encore par les traits n’était pas due en presque totalité à l'action des milieux, il n’y aurait pas cette uniformité de modification entre eux. Les exceptions même ne font que rendre celte règle plus sensible. Ainsi, une fraction des Foui ou Fout du Sénégal s’étant croisée avec des nègres Ouolof, a passé de suite au type nègre, bien que ces Fout aient été en assez grande majorité pour faire prévaloir leur langue.
Les Fout, que l’on retrouve aujourd’hui répandus au Soudan, furent chassés des bords du Nil par les Pharaons et particulièrement par Osortasen. Ne pouvant ici entrer dans plus de détails à leur sujet, nous renvoyons à notre volume le Soudan. Quant aux deux autres classes de populations, les berbères et les Arabes qui représentent le
TRANSFORMATION DES ÊTRES. 24 o
second et le premier degré de transformation au Soudan, elles nous sont plus connues. Les Berbères appartiennent aux dynasties égyptiennes qui chassèrent les Fout dans le Soudan et dans les oasis de l’ouest. Les Arabes, à leur tour, doift on connaît parfaitement l’époque des migrations, chassèrent en partie les Berbères dans la même direction. — Ainsi, ce qu’il y a de très-remarquable, c’est que, sauf les exceptions provenant de circonstances particulières qui même confirment la règle, ces trois grandes phases historiques marquent d’une manière générale les trois principaux degrés de transformation du type blanc au type nègre par les portionç de ces peuples qui se sont retirées au Soudan; tandis que les fractions qui se sont portées dans l’Afrique septentrionale ont conservé, à quelque classe qu’elles appartiennent, le type blanc faiblement basané que comporte cette région. Et cela, malgré les croisements avec les nègres, transportés comme esclaves dans ces contrées depuis la plus haute antiquité. 11 faut bien reconnaître que la transformation est régie, en définitive, par Faction des milieux, puisqu’il y a une progression en rapport avec le temps qu’a duré cette influence. La transformation des Fout depuis Osortasen, c’est-à-dire depuis environ quarante-cinq siècles, n’est pas encore complète au Soudan; mais, du moment où il y a un avancement progressif, il faut bien admettre qu’enfin elle deviendra complète, et que peut-être elle le serait déjà si ces peuples eussent été soumis à l’action des régions les plus nigricevtcs qui paraissent être au sud du Soudan, dans la Nigritie centrale.
Ajoutons que si les modifications de l’homme sur toute la surface du globe n'étaient pas dues, en somme, à l’acf'on des milieux, on ne verrait pas, on passant d’un type à un autre, des gradations aussi régulières. Là, par exetn-
ti.
pie, où un peuple blanc a pénétré dans le domaine du nègre, une sorte de rayon offrant sa couleur et son type l’aurait suivi et aurait persisté indéfiniment en proportion de son importance, même dans le croisement^ mais en admettant l’action des milieux on conçoit que d’un centre à l’autre les nuances se fondent et se fondront toujours pourvu qu’il s’écoule un laps de temps suffisant.
D’après ces observations il suffirait donc, à notre époque môme, de l’action des milieux pour transformer l'homme de l’un à l’autre de ces types les plus extrêmes. Le résultat du croisement nc< serait qu’un accident immédiatement très-sensible, mais qui se perdrait peu à peu au profit du type propre au milieu habité.
M. Trémaux n’a pas ici laprétenlion de donner une solution au problème qui divise les monogénistes et les polygénistes. S’il résulte de ses remarques la possibilité de voir sortir le genre humain d’un couple unique, il n’en est pas moins possible aussi de comprendre que la nature qui, dans ses combinaisons aussi générales qu’infinies, aurait fait naître le genre humain sur plusieurs points en môme temps; que celte nature, qui a fait l’homme de toutes pièces et tant d’autres êtres sur le même patron, doit bien pouvoir aussi modifier, de l’un à l’autre, ses produits les plus semblables.
La transformation de l’homme étant niée ou attribuée à des causes primordiales ou antédiluviennes et aux croisements, nous allons encore citer quelques faits propres à ne laisser aucun doute sur le résultat définitif de l’action des milieux.
Hippocrate avait déjà remarqué que les Égvptiensavaient une grande unité de type; de nos jours, beaucoup de naturalistes, pour établir l’immutabilité des diverses races d’hommes, ont invoqué l’exemple de l’Égypte, qui, à part
les étrangers trop nouvellement arrivés, offre encore aujourd'hui le même type de population que du temps des Pharaons, ltien n’est plus vrai ; seulement on oublie une remarque des plus importantes : c’est que depuis ce temps l’Égypte a été soumise à plusieurs invasions, à plusieurs mélanges ou substitutions de peuple, et que, par suite, le type aurait nécessairement changé, si l’action du milieu n’avait constamment ramené les nouveaux venus ou le produit des croisements au type propre au milieu.
Un fait archéologique d’une haute importance vient corroborer ce résultat. Pendant les premières dynasties pharaoniennes, les Égyptiens se peignaient en jaune comme les peuples asiatiques, ce qui, appuyé d’autres données, fait présumer qu’ils étaient originaires’des contrées orientales. Mais à dater de la dix-huitième dynastie ils se peignirent en rouge. C’est qu’évidemment, depuis leur arrivée dans ce pays, leur teint avait pris la nuance propre à la contrée. Quant à l’unité de type que l’on remarque en Égypte, elle est également un exemple frappant de l’action des milieux. En effet, ce pays présente d'un bout à l’autre un même sol d’alluvion, encadré de déserts, soumis partout aux mêmes phénomènes, aux mêmes alternatives d’inondation et de sécheresse et donnant les mêmes récoltes.
L’auteur remet à plus tard la suite de ses observations à l’appui de l’action des milieux, et il a bête d’arriver à un puissant auxiliaire qui s’est entiu offert & lui depuis sa dernière lecture.
Remarquons d’abord que la déformation des traits et le changement de teint ne paraissent pas dépendre des mêmes causes, puisque l’on voit des peuplades très-noires ayant de beaux traits et de l’intelligence, taudis qu’on en voit d’autres dont les traits déformés sout alliés à un teint moins foncé.
L'action du soleil sur le teint est indubitable. Dans chacune des nuances qui se partagent le globe, on voit les teints les plus foncés vers l’équateur. Cette action se manifeste aussi sur le règne végétal : les plantes qui croissent blanches dans l’ombre se foncent à la lumière, l’ne autre cause du teint nègre parait être l’alternative do la chaleur et de l’humidité qui résulte des pluies tropicales ou du voisinage des eaux. Mais le teint sur l’homme n’est que le petit côté de la question ; il ne touche en rien à l’organisme humain, cen’est qu’une nuance de l’épiderme. Le grand côté de la transformation est celui qui touche aux types physiques si divers qui régissent les facultés de l’homme. Voici donc les coïncidences que nous montrent les types physiques avec la nature géologique des contrées agissant surtout par ses produits. L’homme le moins parfait, ou plutôt celui qui s’éloigne le plus de notre type, appartient aux terrains les plus anciens et subsidiairement aux climats les moins favorisés. L’homme le plus parfait appartient au pays qui, sur le moindre espace, offre la plus grande variété de terrains, en laissant prédominer les plus récents, et subsidiairement encore au climat le plus favorisé et à d’autres causes plus secondaires. Il est bien entendu que, dans l’application de ce principe, il ne faut pas confondre avec le type propre au pays celui d’une population ou d’individus trop récemment établis pour être complètement transformés selon le nouveau milieu.
Ayant montré précédemment, soit dans les laits généraux du globe, soit en Europe, les coïncidences des types de l’homme avec l’âge du sol qu’il habite, nous allons maintenant passer en revue les autres parties du monde. Prenant d'abord ce que l’on appelle la race indo-européenne, nous voyons qu’elle n’offre le môme type qu’autant qu’elle demeure sur un môme sol, mais qu’elle est.
TRANSFORMATION DKS KTItES.
au contraire, extrêmement différente lorsque le sol diffère beaucoup lui-même. Ainsi cette race est belle dans le sud et l’ouest de l’Europe, la Géorgie, la Circassie, la Perse, où le sol, richement entrecoupé, laisse prédominer les terrains les plus récents. Dans l’Inde, quand le terrain le comporte, on trouve d’assez beaux peuples ; mais, dans sa péninsule, qui présente de grandes étendues de sol primitif, le peuple change très-nettement. C’est ainsi que dans le Téraï et les Nilgheries, régions primitives soumises à une saison pluvieuse, on trouve des peuples ayant la peau ' noire et la laideur du singe, dont on leur a donné le nom ; et ce qu’il y a de très-remarquable, c’est que dans la même péninsule, sous la même latitude, près de Bombay, on voit un des types les plus beaux, les plus nobles du monde. Aussi le sol appartient à des terrains récents, lesquels se relient à des terrains volcaniques qui ne doivent pas être confondus avec les terrains anciens, témoin entre autres, l’îlc de la Réunion, qui contient un peuple noir, mais d’un beau type. Cette noble race de l’Inde ne doit pas être attribuée à une migration récente; car, en comparant le type des basses castes avec celui des basreliefs des temples d’Elephanta, dont nous possédons les documents photographiés, on voit que ces types se ressemblent et ont toujours appartenu à la môme région.
Déjà dans l’antiquité les Perses et les Mèdes étaient réputés par leur beauté; aujourd’hui, malgré les changements survenus, les mêmes types appartiennent toujours aux mêmes contrées. Chacun connaît la belle physionomie des Persans; les Orientaux, en peuplant leurs sérails de Géorgiennes et de Circassiennes, nous disent assez que les deux versants du Caucase n’ont pas dégénéré de leur antique réputation. Ces contrées renferment, en effet, un heureux mélange de terrain. Mais, pour peu qu’on s’en
éloigne, chez les montagnards kourdes, où dominent les terrains anciens, on trouve de grandes bouches aux lèvres épaisses, de petits yeux, et une expression sauvage qui contraste avec la noblesse de leurs voisins. Les Alains, qui sortaient d’une région comprise entre le Caucase, le Tanaïs (Don) et la mer Caspienne, sont décrits par Ammien-Marcellin comme une race analogue aux Germains; cette contrée offre effectivement un même terrain. Aujourd’hui les Abkazesont le type propre au pays; mais les Kalmouks, venus dans ces régions depuis moins d’un siècle, ne l’ont pas encore.
Le type germain comprend les Scandinaves du Danemark, les Pays-Bas, le nord de la Belgique, situés sur un même sol, il se montre aussi en Alsace, en Franche-Comté et en Bresse, où l’on voit de petites zones d’un terrain analogue. Pourtant il ne comprend pas le centre et le sud de l’Allemagne : c’est qu’en effet le terrain y est différent.
Les Bohèmes et les Serbes offrent le type slave le plus caractérisé ; l’un et l’autre de ces pays laisseut dominer les terrains anciens. Les Serbes d'ailleurs sortent d’un terrain de même formation, situé entre le Donetz et le Dniéper. Les autres Slaves, dit-on, sont plus ou moins mêlés de races diverses; mais, si nous consultons le sol, nous voyons qu’ils sont simplement dans d’autres conditions géologiques. La Hongrie forme au centre de ces régions un pays composé de terrains récents; aussi hommes et animaux y sont supérieurs, et un proverbe de ce pays dit : « Hors de la Hongrie, on ne vit pas, ou, si l’on vit, ce n’est pas ainsi. » La ceinture de terrains plus anciens qui circonscrit ce pays explique suffisamment le dicton. Nous avons omis de faire remarquer que si la race laponne n’occupe aujourd’hui qu’une partie de la région primitive qui entoure le golfe de Bothnie, c’est qu’elle
TRANSFORMATION DES ÊTRES, y a été refoulée par d'autres peuples qui, à leur tour, sont en voie de transformation. Tout ceci nous montre que le type ne correspond pas à son appellation d’indoeuropéen, mais bien à la nature du sol.
Dans l'extrême Orient, les documents géologiques sont rares. Pourtant nous savons par notre dernière expédition que les environs de Pékin offrent des terrains récents. C’est dans ces régions que l’on trouve le plus beau type mongol; les Chinois y sont intelligents, ont la peau claire. Nous voyons des terrains primitifs près du lac Baïkal et dans les régions élevées d’où sort l’Ieniseï. C’est là aussi que nous voyons les types les plus caractérisés, les plus déformés.
En Australie, les documents géologiques sont un peu moins rares ; nous voyons ce pays en assez grande partie enveloppé de chaînes de montagnes primitives, ce qui explique pourquoi les premiers explorateurs y trouvèrent des peuples les plus dégradés. Les récents voyageurs dans l’intérieur du continent ont signalé des populations mieux partagées; ce qui a fait taxer d’exagération les premiers récits. Si l’on remarque que ces derniers voyageurs rencontrèrent, en même temps que des peuples mieux partagés, des terrains plus récents, ces différents ‘rapports d’explorateurs se trouvent ainsi expliqués et conciliés.
A propos de la race papoue, les documents géologiques sont presque muets; seulement nous voyons ces régions composées d’îles ou détroits, continents montueux qui ue représentent, on peut le dire, que les sommets des régions immergées. Comme les sommets élevés appartiennent en général aux terrains les plus anciens, cela peut, à défaut de mieux, donner la raison de la laideur des types papous que les explorateurs nous représentent surtout comme des peuples retirés dans les montagnes.
TRANSFORMATION DES fi "RES.
La formation du sol de l’Amérique est mieux connue ; aussi y trouvons-nous des faits les plus remarquables. En prenant, par exemple, la zone transversale située près du tropique du Capricorne, on voit à l’est, dans des régions élevées et primitives du Brésil, les Batacondos, qui « sont les représentants les plus barbares et les moins intelligents du rameau brasilio-guaranien. » Ils occupent, en effet le nœud principal des montagnes primitives. Eu se reportant au milieu du continent, sous la même latitude, on trouve le riche bassin du Paraguay et du Pilcomayo, où dominent les terrains récents; aussi nous lisons ceci dans les descriptions des peuples de ces régions : « Les Albipones du Chaco se rapprochent du type européen ; ils offrent de beaux traits, un nez à peu près aquilin, des formes assez bien dessinées, en même temps qu’une nuance de teint claire. Les Chiquitos, habitant un pays arrosé et boisé, ont une vie sédentaire, un caractère sociable... Les Tobas, nomades de la partie moyenne du Chaco, race belle et nombreuse, ont le nez aquilin, les yeux noirs, droits et non obliques, le teint cuivré clair; leur taille est assez élevée.» Si, de ces belles contrées, nous avançons toujours sous la même latitude, nous retrouvons dans les Andes un sol primitif et en même temps des types les plus laids.
Ls Brésil, qui laisse grandement dominer les terrains les plus anciens, montre en général un peupledifforme, ayant la tête pyramidale et le front étroit. Ces caractères sont encore un exemple de la persistance du même type dans la même contrée, car l,und a trouvé dans les cavernes du Brésil des crânes humains associés aux ossements d’espèces éteintes et offrant les mêmes caractères.
Nous avons déjà dit quelques mots de l’Amérique septentrionale, particulièrement des Californiens. Remarquons encore que ces derniers ont auelquc ressemblance
avec les Esquimaux du Nord comme avec ceux du Labrador, quoique très-éloignés et séparés par d’autres régions, mais qui, selon toutes les données recueillies, occupent un même terrain. Signalons encore les habitants de Terre-Neuve, qui, bien que sous la latitude de Paris, sont des sortes de nègres, par cela seul que ce pays est généralement formé par des terrainsanciens et soumis à de fortes pluies.
D’ailleurs, chacun de nous peut voir même en France des différences de types que l’on reconnaît encore malgré la division des terrains. Bien que les basses classes même du Limousin, de l’Auvergne, de la Savoie, comme les Bohèmes, quittent leurs montagnes primitives pour se répandre périodiquement dans d’autres pays, profiler de leur meilleur sol, y contracter des croisements favorables, etc., on reconnaît encore les influences locales. A ce propos, le Courrier de Saône-et-Loire fait celte remarque : « Quel est celui d’entre nous qui n’a pas renîarqué les différences qui existent entre les populations de deux communes voisines, de deux arrondissements limitrophes? Celte dissemblance entre le métayer morvandeau et les vignerons de Mercurey ou les riverains de la Saône? Les terrains qui environnent ChAlons sont d’une formation bien plus récente que les plateaux du Morvan ; de là une plus grande beauté de type , plus d’aptitude à la civilisation, dans nos plaines que dans l’arrondissement d’Autun. » L’auleur se plaît d’autant plus à citer ce fait, qu’étant né au village de Charcey, situé sur la route qui joint ces deux régions, il en connaît l’exactitude. A ce village aboutissent sommet granitique, gisement bouiller, plusieurs calcaires, gypse, terrain d’alluvion, etc. Là il serait superflu de demander à quelle contrée appartiennent les gens qui viennent échanger leurs charte
bons ou leur avoine contre nos vins ou des produits de la
plaine.
Apn's avoir montré par de nombreux exemples que le principe que nous développons s’applique présentement à l’ensemble du globe, comme anciennement à la marche que nous montre la paléontologie, à chacune des parties du monde comme aux localités d’un même pays, nous pensons que l’on demeurera convaincu de sa
réalité.
Nous avons vu 1 que le type de l’homme dépendait de l’âge géologique du sol sur lequel il vit, il importe maintenant de remarquer la grande différence qui existe entre le sol primitif des premiers âges géologiques et le sol des régions primitives à notre époque. Celui-là se compose des désagrégations faites à une seule époque, l’autre, de celles opérées pendant toutes les époques ; il est, par conséquent, plus élaboré, plus chargé de détritus, sans l'être autant que les terrains récente qui ont séjourné sous les eaux et reçu une grande partie des détritus des régions découvertes entraînés par les pluies et les rivières. La différence est très-grande, puisqu’il surfit d’une certaine quantité de désagrégations récentes pour rendre un sol complètement impropre à l’homme. Nous voyons cet effet par le créti-
t « Dans tous les êl'rés vivants, dit M. du Quatrefages, 1 espèce est soumise à une doutée action, d’où résultent deux ordres de faits accusant, les uns une tendance manifeste à la stabilité les autres une tendance non moins évidente à la variation. A duelles causes faut-il faire remonter cette double action . L est b ne question que se sont posée de tout temps eç plus sérieux penseurs, les plus grands physiologistes depuis Aristote et Hippocrate jusqu’à Durdach et à Muller. » -
La solution , 1 e ces importants problèmes se trouvant présen ée dans ces mémoires, il n’est plus besoin d’hy pothèse pou, ' remonter à l’origine des êtres où nous conduit un simple enchaînement d
tails connus.
nisme qui se produit môme au pied des roches jurassiques, lorsque les dôsagrôgations récentes sont trop abondantes. Si l’on ajoute à cela que lorsqu’il y a mélange de sol plus ou moins élaboré la plante ou l’animal a, jusqu’à un certain point, la faculté de s’approprier ce qui lui convient le mieux et dé repousser le surplus, on comprendra quelle différence considérable il faut faire entre les degrés qui séparent les différentes époques géologiques qui se sont succédé, et ceux qui séparent les différents terrains pris à une môme époque. La paléontologie nous montre la valeur de ces différences dans le premier cas; l’écart des types d’une môme espèce nous la montre dans le second, sauf la part qui peut revenir à un certain effet de persistance de la constitution acquise.
Nous avons vu que l’homme se perfectionne ou dégénère en raison de l’âge récent ou ancien du terrain sur lequel il vit, et que du moment où il atteint le type propre aux conditions dans lesquelles il se trouve, il ne change plus tant que ces conditions restent les mômes. Dès lors, chacun a dû pressentir l’immense portée de cette loi, qui s’applique également à tous les âges du globe.
Reportons-nous au moment où survient un de ces grands cataclysmes dont la géologie nous montre les traces, cataclysmes qui enfouissent tout ce qui vit ou végète sur certains points, et qui découvrent de nouvelles couches géologiques sur d'autres. Au moyen de la loi dont nous avons posé les bases, rien n’est plus simple que de comprendre l’effet de celte nouvelle condition. Si l’être le plus parfait jusqu'alors s’avance sur ce nouveau sol, il se transformera et acquerra un nouveau degré de perfection, supérieur à tout ce qui existait antérieurement; nouveau sol, nouvel être. Nous nous trouvons, pendant cette phase, à peu près dans le système présenté par les La-
VoG
mark, les Geoffroy Saiut-Hilaire, Darwin et autres, si ce n’est qu’à la place de ce qu’on appelle concurrence vitale etqni n’est qu’un motif de destruction, il faut mettre la véritable cause du perfectionnement, c’est-à-dire la jouissance d’un sol plus élaboré. Quant à l’élection ou la sélection , elle n’est qu’un assemblage ou la moyenne de deux caractères, dont le produit ne peut persister qu’autant que le milieu est favorable.
Lorsque la transformation a atteint l’état normal qui convient à ce sol, un nouvel équilibre s’établit, et pous entrons dans le système de fixité avec variation restreinte de l’école opposée. Les transformations qui s’opèrent à notre époque, sous nos yeux, nous montrent que la période de perfectionnement ne dure qu’un nombre de siècles assez limité. Les faits géologiques nous indiquent que l’époque de fixité, sauf de faibles modifications, doit régner un très-grand nombre de siècles. Voilà donc une trèsbelle part pour l’école de la fixité des espèces, et elle peut bien, sans envie, laisser à sa rivale la courte, mais active période de mutation des êtres qui lui revient.
L’époque de tranquillité géologique, ainsi que celle durant laquelle un nouveau sol se découvre, ne sont pas propres à conserver, par l’enfouissement, les spécimens . des êtres. Ce n’est que lorsque survient un nouveau cataclysme que ceux-ci sont surpris et enfouis abondamment ; il en résulte que la paléontologie ne saurait nous montrer l’échelle continue des transformations ; en cela elle est en parfaite harmonie avec. les faits géologiques; il y a plus, par suite de celle voix intime qui rappelle tout être au lieu où il a vu le jour, ce ne sont d’abord que quelques couples accidentellement dépaysés qui vont peupler le nouveau sol qui s’offre à eux. Ainsi, faible durée relative de l’époque de transformation, peu d’êtres
qui la subissent, et conditions défavorables à leur conservation géologique, telles sont les causes multiples qui rendent si difficile, presque impossible, la découverte des êtres intermédiaires. Dans les conditions ordinaires de la vie, les restes des individus sont mangés ou dispersés, et ce ne serait que dans certaines brèches osseuses qui auraient pu se former sur un sol récemment découvert par une grande commotion géologique, que l'on aurait quelque chance d’en rencontrer.
Les groupes qui subissent la transformation finissent par se multiplier en raison des conditions favorables où ils se trouvent, puis, au moyen de leur supériorité, ils dépossèdent ensuite peu à peu leurs rivaux moins favorisés. C’est ce que nous voyons encore de nos jours dans la Nigritie, dans l’Amérique, dans la Laponie, etc., Nègres, Peaux-Rouges et Lapons, s’éteignent pourchassés devant les populations les plus avancées. Si cet effet se produit entre frères de la même époque géologique, qu’on juge de ce que cela doit être lorsque des transformations plus tranchées en ont fait des espèces différentes, mais voisines, et ayant des besoins rivaux. Durant l’époque de mutation, les êtres assez similaires pour avoir une fécondité commune, se fondent nécessairement par le croisement en un seul groupe, ne subissant ensuite que l’action du milieu ; de là, la non-persistance d’une suite d’êtres faiblement gradués entre une espèce et l’autre. Sans vouloir préciser que le gorille soit l’être le plus rapproché de l’homme, remarquons seulement qu’il ne se maintient en Afrique que grâce à l’infériorité des nègres, et que l’analogie nous indique qu’il a dû avoir des frères plus perfectionnés dans les régions du globe les plus favorisées, mais qu’ils ont dû être exterminés par la supériorité de l’homme. Si quelques points de ces régions ont été vio-
lemment recouverts, il est possible qu’un jour ils se découvrent et mettent en évidence, non les différents degrés de transition qu’il est si difficile de rencontrer; mais l'être qni pourrait être considéré comme ayant été le plus avancé pendant l’époque de stabilité qui a précédé celle de l’homme. Nous sommes ainsi conduits à voir dominer d’une manière tranchée les êtres possédant la dernière constitution perfectionnée, et à établir ce qu’on peut appeler aujourd’hui l’unité de l’espèce humaine. Les mêmes causes produisent les mêmes effets; la transformation a pu se produire simultanément sur plusieurs points, sans empêcher cette unité.
Nous avons ainsi franchi un des degrés que nous montre la paléontologie, et en franchir un c’est les franchir tous.
Bien loin de nous plaindre de cette voie de création suivie par la nature, par Dieu, jamais promesse plus sublime ne nous fut faite ! Non-seulement tout être organisé est supérieur à la matière, à l’argile ; mais plus notre point de départ est bas, infime, plus l’avenir qui nous attend est élevé, sublime !
Ce merveilleux avenir seul est digne de cette divine création qui, d’imperceptibles atomes fit progressivement l’univers; de plus il continue cetle grande voie de transformation progressive.
Hommes de science qui scrutez, étudiez la nature sous toutes ses faces, loin de vous disputer, de chercher la contradiction, remarquez qu’il suffit de réunir, d’asàembler toutes les œuvres le plus sérieusement élaborées pour obtenir Je plus admirable ensemble. Et, parmi ces œuvres, laissons en tête celle qui nous dit: « Après avoir sé- « paré la terre et les eaux, fait naître les plantes, donné « le jour aux animaux, Dieu fit l’homme du limon de la
« terre, il se reposa ensuite. » Ce simple énoncé montre quelque chose de prodigieux pour l’époque. A un peuple qui n’avait ni science, ni mots pour l’exprimer, que pouvait-on dire de plus et de plus juste? Notre imagination seule a pu se représenter la marche de l’œuvre divine par celle d’un potier qui fabrique son vase d’argile. Que nous dit aujourd’hui la science la plus profonde ? I.e voici : Les atomes sidéraux après s’étre condensés en vapeur, puis en matières solides ou liquides, se séparèrent selon leur nature et prirent la place qui convenait à chacun de ces états ; la terre et l’eau furent ainsi séparées. Ensuite apparurent successivement les végétaux, les animaux en commençant par les plus simples pour arriver aux plus composés. Enfin, n’est-ce pas au rno,yen du limon des couches quartenaires que s’accomplit l’étre que seul on peut appeler l'homme? Puis survint l’époque de stabilité; c’est le repos de la création.
On le voit, chaque œuvre digne de ce nom a sa place marquée dans cet admirable ensemble. Si l’école américaine ne peut entrer aussi complètement que les autres sous la grande loi qui nous régit, c’est qu’elle est sortié des voies de la science pure, en voulant poser une limite infranchissable entre le maître et l’esclave.
Il suffit de l’exposé précédent pour voir tomber les plus graves objections que se font les différentes écoles. Le progrès des êtres selon les couches géologiques nous est montré d’une manière très-palpable par la géologie et la paléontologie. I.es degrés qu’on y remarque, loin d’être une difficulté, sont la conséquence exacte des révolutions géologiques combinées avec la loi de la transformation des •êtres. Ce que l'on appelle la limite, peu précise d’ailleurs, entre les races et les espèces, n’est que la condition d’équilibre qui s’établit pendant la longue période de sta-
PARALLAXE DU SOLEIL
bilité relative enlre les phases de cataclysme et de progrès.
Par tout ce qui précède, on est amené à conclure ainsi : L’élre le plus parfait est celui qui a subi le plus grand nombre de transformations favorables. Il est, par conséquent, l’aîné de la création, ou tout au moins celui qui s’est trouvé le plus souvent, le plus complètement dans les meilleures conditions. Et, puisque nous voyons à notre époque, comme aux précédentes, des êtres à chacun des deg rés de perfection, nous devons aussi en induire qu’il se produit à tout âge des générations les plus simples.
Si les nombreux faits que nous avons signalés et tous ceux qu’on pourrait citer encore n’étaient autant de preuves de cette loi, si tout homme qui peut comparer l’âge géologique du sol avec les caractères généraux des types ne pouvait s’en rendre compte, l’extrême facilité avec laquelle elle explique les théories les plus opposées en apparence, les faits les plus controversés par les savants, nous dirait encore :
Ceci est la grande lot qui régit le monde.
Parallaxe du soleil. — Parallaxes des étoiles.
Tout le monde a observé qu’un objet, un aérostat, par exemple, parait d’autant plus petit qu’on s’en trouve plus éloigné. Le rapport existant entre la distance et la grandeur apparente de l’objet est facile à énoncer. Vu à une distance double, son diamètre semble être diminué de moitié; à une distance triple, il est réduit au tiers, etc.
PARALLAXE DU SOLEIL
En d’autres termes, l’angle sous-tendu par le ballon en question, à l’œil de l’observateur, est lié à son diamètre et à la distance réelle où il se trouve placé par rapport au point d’observation. Le diamètre vrai est-il connu? On peut en conclure la distance en mesurant cet angle.
Substituons la terre au ballon, et supposons l’œil situé au centre du soleil; la moitié de l’angle formé par les deux lignes parlant de l’astre et aboutissant aux extrémités du diamètre de notre globe, est ce qu’on appelle la parallaxe du soleil. Elle est liée à la distance qui sépare les deux corps célestes, comme l’angle embrassé par l’objet dont nous parlions est lié à la distance de l’observateur.
En général, la parallaxe d’un astre est l’angle formé à son centre par les lignes qui en partent pour aboutir, l’une au centre de la terre, l’autre à l’extrémité d’un rayon de celle-ci. Quand celte dernière ligne est tangente à la surface terrestre, ou a la parallaxe horizontale ou absolue; c’est la plus grande. Les autres sont dites parallaxes de hauteur. A partir de la parallaxe horizontale, les angles à l’astre décroissent, et, pour les étoiles, ils sont toujours nuis, à cause de leur grand éloignement. Les observations des planètes doivent être ramenées à ce qu’elles seraient, si elles étaient faites au centre de la terre, surtout pour celles qui en sont le plus rapprochées, parce que ces astres étant à des distances mesurables, il n’est pas permis de négliger la grandeur du rayon de notre globe vis-à-vis ces distances. La parallaxe de la lune est la plus grande de toutes, car elle est très-rapprochée de nous, comparativement aux autres distances planétaires.
La détermination de la parallaxe solaire ou de la distance qui sépare notre planète du soleil, est un des grands problèmes de l’astronomie. Parmi les méthodes employées
262 PARALLAXE DU SOLEIL
pour le résoudre, la plus célèbre est celle de Ilalley, basée sur les passages de Vénus le long de la surface du soleil ; et, comme ces passages arrivent à plus de cent ans d’intervalle, ou s’est contenté jusqu’ici de celui observé en 1769, lequel a donné 8,57 secondes pour la valeur cherchée. Si l’on veut se faire une idée précise de ce dernier nombre, il ne faut pas oublier que la circonférence entière renferme 360 degrés, que chacun d’eux vaut 60 minutes, et qu’une minute contient 60 secondes. De plus, le diamètre apparent moyen du soleil étant de 32 minutes 2 secondes et demie, ou de 1922,5 secondes, il est facile d’en conclure, en divisant simplement ce nombre par 8,57, que le diamètre de l’astre qui nous éclaire est environ 112 fois plus grand que celui de notre terre, lequel est connu, et que la distance qui nous en sépare vaut environ 38 millions de lieues.
L’opération qui conduit à ce dernier nombre est assez élémentaire pour trouver sa place ici.
La distance du centre du soleil au centre de la terre est égale au rayon de celle-ci divisé par le sinus de l’arc 8", 57 ou par cet arc lui-méme (qui est assez petit). Or, le rayon terrestre vaut 1594 lieues. D’un autre cété, la circonférence 6,2832 est égale à 1296000 secondes, d’où l’on conclut que 8", 57 s’obtient en divisant 6,2832 par 1296000, et en multipliant le résultat par 8,57. En divisant donc 1594 par cette valeur de 8", 57, on obtient à peu près 38 millions de lieues. Cette distance au soleil résulte donc de la parallaxe horizontale équatoriale 8", 57 fixée par Encke.
La méthode qui a donné les valeurs précédentes n’est pas susceptible d’une grande précision; c’est pourquoi les efforts ont redpublé, et M. Foucault est parvenu à résoudre ce difficile problème.
PARALLAXE DU SOLEIL
Le procédé de ce savant est indépendant de la parallaxe; il mesure directement la distance de la terre au soleil. Les données sont la vilesse de la lumière et ce qu’on nomme l’aberration. Celle ci est connue avec une approximation suffisante; quant à la vitesse de la lumière, M. Foucault la trouve en expérimentant dans un espace de 20 mètres de longueur. On déduit de la mesure de l’aberration que la vitesse moyenne de la terre autour du soleil est la dix-millième partie de celle de la lumière. Ayant ce dernier nombre, on obtient donc facilement la vitesse de la terre, ou la route parcourue par notre planète en une seoonde de temps le long de son orbite. On a ensuite la longueur totale de cetle orbite en multipliant cette vilesse par le nombre de secondes renfermées dans l’année. Il n'y a plus ensuite qu’à diviser ce dernier produit par le nombre bien connu qui représente le rapport de la circonférence au diamètre, afin d’obtenir le diamètre de l’orbite annuelle de la terre, quantité double de la distance cherchée.
M. Babinet a communiqué à l’Académie un travail sur la parallaxe du soleil , déduite par M. Hansen, de la théorie de la lune. Nous allons en donner les résultats : Le soleil aurait une masse 3t!)4ao fois plus grande que celle de la terre; la longueur du pendule à secondes sur le parallèle de 3o°lb'32" serait à très-peu près de O®, 99405. La parallaxe horizontale du soleil pour ce parallèle aurait la valeur S", 906, et la parallaxe horizontale équatoriale cherchée serait 8", 9139. L’auteur fait voir que, dans l’état actuel de nos connaissances sur la valeur précise de la masse delà lune, et en adoptant pour notre satellite une masse autre que 577 , la parallaxe précédente n’en est pas sensiblement altérée. Il ne sera pas inutile de faire voir
PARALLAXE DU SOLEIL
simplement, dit le savant académicien, que la niasse du soleil est proportionnelle au cube de sa distance à la terre, c’est-à-dire inversement proportionnelle au cube de la parallaxe que l’on adopte. Ainsi, les déterminations récentes ayant donné la distance du soleil plus petite d’environ un trentième, et sa parallaxe plus grande de la même quantité, on en conclut que sa masse est plus petite de un dixième que celle qui correspondrait à la parallaxe fixée par Er.cke à 8",37, d’après les passages de Vénus.
La distance de la terre au soleil est égale à 38.230.496 lieues de 4 kilomètres.
Le diamètre apparent moyen du soleil est de 32'2",b ou de 1922", b.
La circonférence décrite par la terre autour du soleil (en réalité c’est une ellipse) est égale à 2x 3,1415926x 38,230,496 lieues — 240,209,286,656 lieues.
La longueur de 1 degré, à la distance où le soleil se trouve de la terre, sera donc la 366 e partie de ce nombre, ou 667,248,018 lieues.
La valeur de t minute sera la 60* partie de ce dernier nombre, ou t H 20,80 lieues.
La valeur de t seconde sera 60 fois plus petite que celle-ci, ou 183,347 lieues.
• Le diamètre moyen du soleil occupera donc dans l’espace 336,328,976 lieues, répondant à son diamètre apparent 1922,3 secondes. Ce diamètre du soleil divisé par 2 x 1591,68, qui est le diamètre moyen de la terre, donne à très-peu près pour quotient le nombre 112. Ainsi, le diamètre moyen du soleil est 112 fois plus grand que le diamètre moyen de la terre.
Pour que le diamètre de notre soleil sous-tendît seulement une seconde, il faudrait que cet astre fût 1922,5 fois