‹ Le mouvement scientifique pendant l'annee 1864Chapitre 33 sur 63 · AÉROLITHES · texte numérisé non relu

AÉROLITHES

dans le désert d’Atacama, près de Taltal. Ce travail a été l’objet d’un rapport très-favorable, fait à l’Académie par M. Ch. Sainte-Claire Deville; comme il est de nature à jeter du jour sur la question des aérolilhes, nous en donnons ce qui nous a paru devoir intéresser plus particulièrement le lecteur. — On trouve aujourd’hui des échantillons des masses météoriques du désert d’Alacama dans toutes les grandes collections de l’Europe. M. Uomeyko en possède un bloc qui pèse plus de 24 kilogrammes. On voit ces pierres en très-grande abondance à dix lieues au sud-est de la mine d’argent de la Isla, près les mines de cuivre de Taltal, et en face de la sierra de Chaco, disposées sans ordre ni direction déterminée sur le sol du haut plateau du désert. Les plus volumineuses sont légèrement enfoncées en terre. Ou en pourrait aisément ramasser plus de vingt quintaux : lorsque les aérolithes sont entiers, ils présentent des formes irrégulières, à angles et arêtes émoussés. L’intérieur n’est jamais poreux ni caverneux comme celui des météorites d’Imilac. Ils ne sont pas non plus recouverts de cette croûte noirâtre que présentent ordinairement les masses météoriques. La densité de la pierre météorique non altérée est 5,64 à 14°. Elle se compose de trois éléments différents : 1° une substance métallique malléable, contenant, d’après la moyenne de trois analyses : fer 88, 6 et nickel 11,4.

2° Une substance silicalée, vitreuse, lamellaire, remarquable par son vif éclat. Elle est soluble dans les acides, et renferme une faible quantité de chaux et d’alumine, de la silice, du protoxyde de fer et de la magnésie, dans les proportions qui constituent le péridot.

3° La masse principale du-météorite est d'aspect lithoïde, d’un gris cendré, à cassure grenue. Le broyage et le barreau aimanté en séparent une poussière métallique, atti-

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rable, qui s’élève quelquefois jusqu’à 18 pour 100, et qui consiste en fer oxydulé, en fer métallique (peut-être carburé). La masse lilhoïde est encore pénétrée d’un sulfure de fer.

Conclusions :

« 1° La pierre météorique dont il s’agit provient, comme celle qui est depuis longtemps connue dans la science, du désert d’Atacama, mais d’un point de ce vaste plateau situé d’un degré environ plus au sud. Il nous semble convenable, pour les distinguer dorénavant l’une de l’autre, d'appeler la première météorite d’imilac , et la seconde météorite de Taltal , d’après les noms de leurs gisements respectifs.

« 2° Le météorite de Taltal a quelque chose de commun avec le météorite d’imilac, c’est la composition du fer nickélirôre qu’ils contiennent tous deux. Mais, tandis que cet élément métallique domine dans le météorite d’Imilac..., c’est au contraire l’élément pierreux qui domine dans le météorite de Taltal, où il figure pour les cinquante-quatre centièmes.

« 3° Le péridot se trouve aussi dans les deux météorites du désert d’Atacama; mais, dans l’olivine de Taltal, le protoxyde de fer joue un rôle beaucoup plus important que dans l’olivine d’imilac.

« 4° La pâte lilhoïde grenue de l’aérolithe de Taltal est intimement pénétrée par deux substances métalliques; l’une, attirable à l’aimant, parait composée de fer oxydulé, de fer métallique (peut-être carburéf, l’autre est un sulfure de fer...

« 5° Si la substance lilhoïde ne peut, dans son ensemble, être rapportée à un minéral connu, l’action des acides semble en séparer un trisilicate... Peut-être l’analyse mécanique et microscopique donnerait-elle quelques

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notions plus précises sur la nature de cette masse li- Ihoïde.

« 6° Enfin, l’ensemble de ces caractères chimiques, joint à la densité qui est considérable pour un aérolithe pierreux, ne permet de rapprocher le météorite de Taltal que d’un seul des météorites étudiés jusqu’ici : c’est la chladnite, trouvée en 1843, à Bishopsville (Caroline du Sud)... »

Le travail de M. Domeyko a suggéré à M. Faye la réflexion suivante :

L’analogie de composition qui existe entre les fers météoriques d’Imilac et la partie métallique de l’aérolilhc pierreux de Taltal, ne doit-elle pas faire croire que le minéral nommé schrerbersite existe à la fois dans les deux corps?

Le fer du Chili, analysé par M. Filld, a pour composition ; fer, 87, 80; nickel, 11, 88; phosphore, 0,30. Le fer mexicain est formé de fer nickélifère, 08,45; fer, 0,83; nickel, 0,45, et phosphore, 0,30. On voit alors une analogie complète entre les deux compositions.

Le 14 mai de celte année, on signalait de divers points de la France l’apparition de météores ignés. Dans le département de Tarn-et-Garonue, commune d’Orgueil, un aérolithe est tombé en faisant entendre une forte détonation. On en a recueilli plusieurs fragments, dont l’un avait la grosseur d’une orange; les autres parties ont été projetées dans toutes les directions. Une circonstance digne d’être remarquée, c’est qu’il s’est écoulé un très-long intervalle entre le moment où le météore a été vu et la détonation: il est question de trois, cinq et même dix minutes, après lesquelles trois détonations violentes ont été entendues. Le météore s’est montré à une grande distance; sa grosseur était celle d’une tête d’homme. 11 a été

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vu à Castillon (Gironde), à huit heures du soir. M. Bourrières écrivit à M. Daubrée l’observation qu’il en fit à Agen (Lot-et-Garonne). « Hier au soir, dit-il (à la date du 15 mai), à huit heures, un météore lumineux d’une trèsgrande puissance a passé au-dessus de la ville d’Agen, c’est-à-dire un peu au sud et ayant la direction de l’ouest à l’est: il a pris naissance un peu au-dessus de l’horizon, a parcouru un arc de 120 degrés environ, puis s’est éteint. Nous avons été éblouis par une vive lumière, et nous avons vu un globe de feu de 0 m ,25 à d’une cou-

leur blanche légèrement teintée de jaune, traversant le ciel, et ayant une marche que je comparerai à celle d’une fusée de moyenne vitesse, l'intensité de clarté allant en augmentant jusqu’au moment où, arrivé à l’extrémité, de sa course, il a produit une vive flamme blanche, légèrement bleuâtre, semblable à la lumière électrique. Ce globe de feu s’est divisé en trois globes plus petits, qui ont brillé qùelques instants, comme les étoiles lancées par une fusée, et tout a disparu. Cependant nous avons remarqué encore longtemps la petite traînée blanche, comme de petits nuages cotonneux, sur tout le parcours du météore... environ deux ou trois minutes après la disparition du météore, nous avons entendu un grondement de tonnerre assez violent qui a duré l’espace de trente secondes environ. Ce phénomène s'est produit par un temps et un ciel très-clairs.... la lune n’étant qu’au premier quartier, éclairait peu... »

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