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MÉTHODE

C’est eu voyant les marins observer régulièrement le soleil à midi, et se fier, pour le reste, au loch et à la boussole, que M. de Littrow pensa ramener la détermination de l’heure, à ce même instant, de manière qu’on pût obtenir chaque jour, avec la latitude, une longitude chronométrique plus certaine que l’estime.

« La méthode de M. de Littrow consiste à déterminer l’heure par un couple de hauteurs circumméridiennes du soleil, tout en conservant soigneusement l’observation du midi vrai pour la latitude. Les deux hauteurs peuvent être prises à volonté d’un même côté ou bien de part et d’autre du méridien. L'intervalle des deux mesures est arbitraire; il variera, suivant les circonstances, de b à 30 ou 40 minutes; et, comme le calcul ne prend lui-même que o minutes, il en résulte qu’en une demi-heure le navigateur peut exécuter toutes les observations, faire tous les calculs nécessaires pour obtenir à la fois sa longitude et sa latitude. Je dis à la fois, mais je dois me hâter d’ajouter que ces deux déterminations restent tout à fait indépendantes l’une de l'autre, afin qu’on ne confonde pas ce procédé nouveau avec une extension hardie de la méthode de Douvves... Loin de remplacer l’observation méridienne, qui est déjà d’un usage général et journalier, la méthode nouvelle lui vient en aide en permettant de déterminer à l’avance l’heure approchée de la culmination. On évite ainsi aux marins la fatigue qu’ils éprouvent à suivre péniblement le soleil au sextant, jusqu’au moment où il cesse de monter... En résumé, la méthode de M. de Littrow, telle que nous l’avons appliquée, fournit des résultats excellents quand l’astre observé culmine près du zénith; dans le cas contraire, sa précision baisse, mais il est facile de la relever au niveau d’exactitude nécessaire pour la pratique journalière, en

POUR DÉTERMINER L’HEURE ET LA LONGITUDE. 281 augmentant l’intervalle des observations circumméridiennes. Il n'y a d’exception que pour les régions du globe et les circonstances de mer où toutes les méthodes possibles se trouvent en défaut. »

M. Faye complète son exposé par remploi de la méthode à terre. « Les voyageurs, comme les marins, seraient heureux de pouvoir déterminer jour par jour leur longitude et leur latitude au moyen d’observations concentrées en une seule et même époque de la journée, celle de midi. Mais comme les hauteurs se mesurent <\ terre avec plus d’exactitude qu’en mer, il m’a paru nécessaire de tenir compte de certaines corrections que les marins sont en droit de négliger. La plus importante est la variation de la déclinaison du soleil, dont nous n’avons jusqu’ici tenu aucun compte. » M. Faye propose une correction facile il appliquer; il montre encore qu’il est facile d’annuler l’effet de l’erreur commise par l’emploi d’une latitude estimée. Lutin, si l’observation méridienne elle-même venait ù manquer par une cause quelconque, il faudrait appliquer il l’une des hauteurs mesurées antérieurement, la valeur de la réduction au méridien pour avoir la hauteur méridienne avec une exactitude suffisante, et, par suite, la latitude.

Un peu plus tard,M. Faye est revenu sur sa communication en vue des projets d’exploration géographique au Mexique. Pour les climats tropicaux, la méthode présente une difficulté qui mérite l’attention. Le Mexique a une position telle, qu’en été le soleil atteint, à midi, des hauteurs trop grandes pour qu'il soit possible d’employer le sextant avec l’horizon artificiel, pour mesurer ces hauteurs. A une hauteur de 80 degrés, il faudrait appliquer le sextant à l’angle de 160 degrés, ce qui n’est pas possible, et dès lors la méthode de M- de I.ittrow est inap-

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plicable dans ces conditions, tandis qu’en mer elle n’est jamais en défaut, puisqu'on n’y mesure que les simples hauteurs. I.e remède, dit M. Faye, à apporter, non à la méthode, mais à l’instrument, consisterait dans l’emploi des cercles entiers, tels que ceux de 3orda, d'Amici, de Keyser, de Porro ou de Pislor et Martins, ou môme en adoptant le petit théodolite auquel nos artistes savent donner aujourd’hui la légèreté et la simplicité désirables; mais on peut aussi conserver le sextant, que recommandent tant d’avantages, à la seule condition de remplacer l’horizon artificiel par un simple collimateur muni d’un bon niveau à bulle d’air.

Courants marins. — Température des régions polaires. — Cause principale de la différence des climats.

En naviguant vers le pôle de l’hémisphère boréal, les explorateurs espèrent aujourd’hui confirmer une découverte anciennement prévue, mais dont la réalité n’apuétre à peu près établie que dans ces derniers temps.

Une mer libre, occupant la zone polaire, n’était pas seulement le rôve des chercheurs à imagination vagabonde; on voyait tous les ans de nombreuses troupes d’oiseaux quitter les rives de la rivière de Mackenzie pourse dirigct au nord et se perdre dans la partie, septentrionale de l’horizon. N’élaient-ils pas appelés dans ces lointains parages, jusqu’ici inexplorés, par un climat favorable à leur séjour ?

Ua science elle-même vient de donner théoriquement à cette opinion une adhésion importante. M. Plana, enlevé dernièrement au monde savant, a envoyé à l’Académie un

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mémoire dans lequel il prouve mathématiquement que l’intensité moyenne de la chaleur solaire est croissante depuis le cercle polaiie jusqu’au pôle. Il établit encore, avec une très-grande probabilité, que la mer inondant le pôle boréal doit être libre déglacés pendant plusieurs mois de l’année.

Mais sans entrer dans des considérations savantes, tâchons de donner une idée précise d’un phénomène si curieux et qui paraît étrange.

On sait que les vents alizés soufflent de l’est dans les régions équatoriales; ils poussent en Amérique l’atmosphère d’Afrique, et leurs contre-courants sont dirigés des États-Unis en Europe.

Les eaux des mers éprouvent un effet semblable; et l’on a constaté l’existence des courants marins par des preuves incontestables. Le thermomètre a indiqué qu’au-dessous des eaux chaudes, la température allait en décroissant jusqu’à une limite qui atteignait presque le degré de la glace fondante. Des bois charriés par le Mississipi sont amenés au banc de Terre-Neuve. Les peuples du nord de l’Europe, en Écosse, en Norwége ont depuis longtemps remarqué sur leurs côtes des végétaux étrangers à leur pays. On rapporte même qu’au XV' siècle, un bâtiment hollandais avait sombré en restant entre deux eaux, à cause de la légèreté de sa cargaison; et que du détroit de Gibraltar, il dévia vers l’ouest emporté par le courant inférieur.

I. 'existence des courants marins étant constatée, il s’agit d’en connaître les directions et l’étendue. Le lieutenant américain Maury s’est distingué dans ces recherches; c’est lui qui a trouvé l’immense courant appelé Gulf stream, fleuve immense et intarissable d’eau chaude, circulant avec une très-grande rapidité au fond de l’Atlantique. C’est encore aux expéditions successives envoyées à la recherche

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de sir John Franklin, que l’on doit les précieuses découvertes concernant les régions boréales. Celui qui va au nord-est du détroit de Behring arrive, dans les détroits de Lancastre et de Barrovv, ayant longé les îles de Banks et de Melville. Il traverse ensuite le détroit de Davis, après s’être mélangé aux eaux de la baie de Baffin.

Les courants principaux, bordés d’eaux froides, ne sont pas les seuls: Il y en a d’autres secondaires assez faciles à distinguer puisqu’ils forment de largesbandesdétachéessur la masse des eaux et dévient les navires qui les rencontrent.

Les courants qui quittent la zone tropicale, emportent avec eux la chaleur propre à ces climats chauds; ils doivent donc céder aux mers qu’ils sillonnent et à l’atmosphère plus froide des pays avancés vers le nord, le calorique qu’ils ont enlevé, jusqu’àleur retour àlasource d’oùilssont partis.

Suivons les trajets de ces courants en commençant par le Gufl stream que Maurv a défini ainsi : « 11 est un Meuve au sein même de l’Océan; dans les plus grandes sécheresses, jamais il ne tarit; dans les plus grandes crues, jamais il ne déborde ses rives ni son lit : il est plus majestueux que le fleuve des Amazones, plus rapide que le Mississipi, » Ce fleuve a son origine non loin du cap de Bonne-Espérance et vient, en se dirigeant vers l’ouest, longer les côtes de l’Amérique du Sud. A la sortie du golfe du Mexique, il continue vers le nord, et arrivé au banc de Terre-Neuve, il tourne vers l’est et se divise en deux parties aux îles Britanniques.L’une d’ellessuit les côtes del’lrlande, de i’Écosse et de la Norwége pour aller s’engloutir dans la mer Glaciale. L’autre ramification vient vers l’ouest de la France, dans le golfe de Gascogne-et continue sa route jusqu’au point d’où il est parti. Le circuit du Gulf stream est environ de 7300 lieues. Sa largeur, de 13 lieues eu sortant du golfe mexicain, va en augmentant jusqu’à

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plusieurs cenlaines de lieues; sa profondeur est au moins de 300 mètres, sa température est encore à 26 degrés audessus de zéro lorsque l’atmosphère n’accuse que zéro, plus loin que le 40 e parallèle.

Le deuxième grand courant que nous avons à signaler est celui du grand océan Pacifique. Comme le courant précédent, il se forme sous les tropiques, dans le golfe du Bengale. Après avoir longé la presqu’île de Malacca, il vient se diviser en deux branches aux îles de la Sonde. L’une, après avoir atteint les Philippines, revient vers l’est, vers les îles Aléontiennes pour continuer sa roule dans le détroit de Behring et disparaître dans l’océan Arctique. L’autre branche sillonne les côtes de la Nouvelle-Hollande, marche aussi à l’est et rencontre la Nouvelle-Zélande.

Mais pour que l’équilibre des mers puisse être maintenu, pour que le système des compensations puisse trouver ici son application, il faut que des contre-courants sous-marins soient dirigés en sens contraire des premiers, pour ramener dans les régions tropicales les eaux froides des régions polaires. C’est effectivement ce qui a lieu : le détroit de Davis donne issue aux masses de glace qui arrivent jusqu’à Terre-Neuve, où elles se fondent, car c’est là le point de rencontre des deux courants contraires d’eau chaude et d’eau froide. Le courant venu du pôle se partage aussi en cet endroit en deux parties; l’une continue sa route audessous du courant d’eau chaude, et l’autre reste à la surface pour venir longer les côtes américaines.

il existe encore un courant qui mérite d’étre signalé c est celui qui vient de l'océan Atlantique par le détroit de Gibraltar pour alimenter la Méditerranée et la mer Rouge. Comme pour les courants précédents, celui-ci a un contrecourant qui reporte dans l’Océan le sel déposé par l’évaporation des eaux de la Méditerranée.

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