‹ Le Mouvement Syndicaliste Dans Le Corps Des InstituteursChapitre 15 sur 17 · LOTO · texte numérisé non relu

LOTO

joignent à leur illégalité une inutilité complète, et qui fait dire à M. Hauriou, dans une note sous l'arrêt précité du 11 décembre 1908 : « Les chefs de l'avenir gouverneront avec les associations. » Gouvernerontils aisément avec les syndicats ?

Quant au deuxième objectif, il mènerait tout droit à la négation de la hiérarchie ; comme tel, il est condamnable tant que le régime actuel existera. C’est la défense contre les tiers des intérêts généraux du service, par une immixtion de l’association dans l'œuvre de l’administration et de la hiérarchie. Pour lé réaliser, il faudrait arriver à ce qui est le rêve des syndicats de fonctionnaires : l'autonomie absolue des services publics, la décentralisation par services, qui est incompatible avec le droit public actuel. C’est l'idéal de certains — plus ou moins réalisable — mais ce n’est qu'un idéal, et pour le moment ceux qui travaillent à sa réalisation sont en pleine illégalité.

De la sorte, le syndicat de fonctionnaires en luimême, par son esprit, Son but et le seul fait de son existence, est déjà illicite. Mais voici qu'il aggrave ce caractère, par certaines de ses tendances, d’une façon qui peut le rendre absolument insupportable au régime d'Etat. Les fonctionnaires syndicalistes réclament l'application intégrale du droit commun ouvrier. Or, le droit commun ouvrier ne consiste pas seulement dans le droit de se syndiquer, il comporte aussi, accidentellement, le droit de faire grève, et, communément, le droit de s'’affilier aux Bourses du travail et à la C. G. T., qui sont les organismes centraux du mouvement corporatif ouvrier.

NP

Nous avons vu que la loi nouvelle, muette, malgré le désir du gouvernement, sur la question de la grève, l'est également sur l’affiliation à la C. G. T. et l'entrée aux Bourses du travail.

Le simple fait, pour les fonctionnaires, de se syndiquer, peut n’avoir pour le corps social, dont le fonctionnaire est le serviteur, que le minimum d’inconvénients, quand le syndicat se borne à protester contre des actes d’arbitraire ou de favoritisme, à revendiquer une augmentation de traitements. Il y a alors, entre l’État et ses salariés, quelque chose comme une querelle domestique. Le public, dans son ensemble, n’en peut guère souffrir. Mais que si les groupements de fonctionnaires s’affilient aux groupements révolutionnaires et que si, surtout, pour des raisons dont le public n’a pas à apprécier la valeur, ils décident la grève, ils se rendent insupportables au corps social. Chargés d’un service public, ils ont accepté, par leur adhésion au règlement de la fonction, de remplir ce service qui est dans l'intérêt du public tout entier, et dont la discontinuité est inadmissible : la vie matérielle ou moraie de la nation ne peut pas dépendre de l'intérêt — on pourrait souvent dire de l’égoïsme — d’un groupe de fonctionnaires mécontents de leur sort. Admettre en droit la possibilité d’une grève de fonctionnaires, c’est admettre que les individus peuvent, à leur gré, bouleverser la vie sociale. N'est-ce pas la

négation pure et simple de cette vie sociale elle-

même ?

Les pouvoirs publics sont, au demeurant, si bien

d'avis que la grève des fonctionnaires est inadmis-

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