‹ Le Mouvement Syndicaliste Dans Le Corps Des InstituteursChapitre 5 sur 17 · ET · texte numérisé non relu

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Le Syndicat de la Seine, la même année, eut moins de succès. Le préfet de la Seine lui interdit l'entrée de la Bourse du travail. Il y eut de violentes protestations. M. Clemenceau, alors président du Conseil, reçut une délégation d’instituteurs ; ceux-ci lui firent parvenir ensuite un long mémoire pour justifier les prétentions du syndicat ; M. Clemenceau répondit par une lettre dont il convient de citer quelques passages et d'analyser l’ensemble.

Elle rappelle tout d’abord aux instituteurs que le gouvernement vient de déposer un projet de loi sur les associations de fonctionnaires, de nature à donner toute satisfaction à leurs revendications d'ordre professionnel. Mais, comme les fonctionnaires déclarent le projet fait pour la catégorie des fonctionnaires, qui n'existe plus, à les entendre, et réclament d'être assimilés aux ouvriers des entreprises privées, elle qualifie cette assimilation de prétention « ni raisonnable, ni légitime »; enfin, elle résume de façon catégorique tout ce qui interdit au gouvernement de reconnaître les syndicats de fonctionnaires, et surtout de tolérer leurs prétentions à se voir appliquer le droit commun ouvrier dans son intégrité.

«€ Vous êtes, y est-il écrit, pourvus d’un emploi par décision officielle, et vous ne pouvez en être privés que dans certaines conditions fixées par la loi. Vous prenez place dans une société hiérarchisée où vous recevez, pour un nombre limité d'heures de travail, un traitement établi par la loi; où vous bénéficiez d'un avancement régulier, à l'abri des crises économiques; où le droit vous est donné de faire appel de toute mesure préjudiciable à un

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conseil composé pour partie de délégués élus par vous; où vous jouissez d'avantages divers tels qu’un traitement de congé pendant la maladie, la gratuité de l’enseignement secondaire pour vos enfants, des réductions sur les tarifs de chemins de fer; où vous n'avez ni à débattre le taux de votre rémunération, ni à vous prémunir contre la baisse des salaires, ni à vous assurer contre le chômage, ni à redouter un lendemain sans travail et sans retraite; où, pour conclure, vous apparaissez bien comme formant dans la société une catégorie spécialement avantagée avec des droits, et même, j'ose le dire, avec des devoirs particuliers.

» Au premier rang de ces obligations, il faut placer celle d'assurer la continuité du service public auquel vous êtes attachés. En acceptant une fonction de l'Etat, vous renoncez au droit d'abandonner votre travail par une entreprise concertée. Un contrat public, débattu au Parlement, vous lie à la nation elle-même. Le rompre par une action simultanée est autre chose qu'une grève : c’est une entrave mise à l'exercice de la souveraineté nationale dans le fonctionnement d’un ou plusieurs de ses organes. »

Les mêmes arguments servaient contre l’admission dans les Bourses du travail : les fonctionnaires, par la situation que l'Etat leur fait, échappent à la loi de l'offre et de la demande, puisqu'ils ne peuvent modifier par des transactions privées les conditions de leur travail ; les Bourses du travail n’ont donc aucun rôle à jouer pour eux.

De même, pour leur affiliation à la C. G. T.

Etant données les doctrines qu’elle défend : apologie

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du sabotage et de l’action directe, appel à la désertion, à la violence, à la grève générale, propagande antimilitariste et antipatriotique, la place d’un fonctionnaire de l'Etat, d'un éducateur de la jeunesse surtout, n’est pas dans ce milieu : « Si tel est le but que vous proposez à votre activité, dit M. Clemenceau, la loyauté vous commande de renoncer d’abord à prendre Yang dans l’ordre de choses dont vous poursuivez l’anéantissement. La France, en tous cas, ne saurait vous livrer ses enfants pour vous permettre d’expérimenter sur eux le « sabotage » des jeunes intelligences. »

Après trois mois de lutte, le syndicat dut s’incliner.

En Maine-et-Loire, en 1908, même bataille. Cette fois, le syndicat triompha, et entra à la Bourse du travail.

$4. — L'affiliation à la C.G. T.— Les projets de statut des fonctionnaires — La question de la grève.

Dès 1907, le Congrès de Nantes avait décidé que les syndicats d'instituteurs devaient adhérer à la Confédération générale du travail, et motivé son vote par les considérants suivants:

« 1° Que la C. G. T. est expression vivante et agissante de la solidarité prolétarienne et qu’elle est le trait d'union indispensable entre toutes les organisations syndicales ; 2° que les instituteurs, salariés de l'Etat, ont, comme tous les autres salariés, des revendications à présenter à leur employeur, l'Etatpatron, qu'ils ne sauraient confirmer la thèse gou-

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