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vernementale qui dresse une barrière entre le prolétariat administratif et le salariat de l’industrie ; 3 qu’en adhérant à la C. G. T. ils accomplissent leur devoir de solidarité ouvrière et restent libres de leur méthode et de leur tactique ; 4 que les syndicats ouvriers ont en toute occasion appuyé et encouragé les revendications des salariés de l'Etat. »
L'adhésion à la C. G. T. ne fut, du reste, rendue effective qu'en 1910, sans opposition de la part du gouvernement. Une seule allusion y fut faite à la Chambre, en mai 1907 (1), pär M. Briand, Ministre de l'instruction publique. Il tira argument de cette affiliation pour répondre aux interpellations au sujet de la révocation de l’instituteur Nègre, sur laquelle nous aurons à revenir dans un instant.
Au total, le point sur lequel portèrent toules les batailles entre la Fédération des syndicats et le gouvernement, à partir de 1907, fut la question du statut des fonctionnaires. Il est du reste remarquable que, sur cette question, tous les syndicats ont toujours été en désaccord, plus ou moins violent, avec le gouvernement.
Le 11 mars 1907, le ministère Clemenceau avait déposé à la Chambre un projet de loi sur le statut des fonctionnaires, qui fut très mal accueilli par les instituteurs. Voici en quels termes le jugeait M. Laurin (2): «C’est tout simplement un défi au bon sens et au droit. Toutes les craintes de la bourgeoisie contre l’action autonome et révolutionnaire des employés de l'Etat s’y trouvent symbolisées : la
(1) Journal officiel, Documents parlementaires, 1907, 2, p. 904 sq. (2) Mouvement socialiste, 1907, I, p. 309.
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défense de se syndiquer, d'entrer dans les Bourses du travail, de faire grève. En regard de ces proscriptions, aucun véritable avantage, à peine la consécration légale d’un état de choses que l'usage avait fini par établir. »
Le statut, dit M. Laurin, est un «recul considérable ».
Peu de jours après le dépôt du projet, et comme réponse, le « Comité central pour la défense du droit syndical des salariés de l'Etat » faisait afficher une « Lettre ouverte à M. Clemenceau, président du Conseil ». On y lisait en particulier des phrases de ce genre : « Monsieur le président du Conseil, votre contrat (1) n’est qu'une spoliation systématique, puisqu'ilimplique notre déchéance économique et morale, notre asservissement. Dans l'antiquité, l’esclave était rivé, pour ainsi dire, à la meule du maître. Aujourd’hui, sous prétexte que l'Etat s’est fait industriel, vous prétendez nous river à la machinerie de l'Etat. La puissance patronale se double ici de la puissance politique et coercitive. L’arbitraire de l'Etat s'ajoute au privilège du patron. »
Et plus loin : «Il s’agit de notre travail, de la chose qui, « après l'amour, souffre le moins l'autorité ». Pour nous, le travail est chose sacrée, nous refusons de le prostituer à la raison d'Etat. »
Cette lettre ouverte amena des poursuites et des révocations, en particulier celle de Nègre, malgré les objections du Comité qui affirmait avoir usé de son droit strict en faisant afficher une protestation
(1) Le contrat public, débattu par le Parlement, qui lie les fonctionnaires à la nation, et dont M. Clemenceau avait parlé dans sa lettre aux instituteurs précitée.
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parfaitement légitime et nullement injurieuse pour le gouvernement.
Les congrès de 1908 et de 1909, tenus par la Fédération, confirmèrent les idées exprimées par la Lettre ouverte ; ils repoussèrent complètement tout projet de statut et demandèrent pour les salariés de l'Etat l'application du droit commun de la loi de 1884.
Au congrès de 1909 également, les membres de la Fédération des Amicales, abandonnant sur ce point les idées du manifeste de 1905, posèrent, avec précaution d'ailleurs, le principe du droit de grève. «Considérant que le droit de grève ne doit être envisagé que comme une étape nécessaire, mais provisoire, de l'évolution économique et sociale des travailleurs et que tous les bons citoyens doivent appeler de leurs vœux l’avènement, au premier jour, du principe pacificateur etfécond de l'arbitrage obligatoire. » Ce paragraphe n'avait du reste pas été volé sans hésitation. L'assemblée craignait qu’on pût y voir un blâme pour la grève des postiers, toute récente ; ce sentiment montre bien que la Fédération n’était pas en principe hostile au droit de grève, quant à son application actuelle. L’arbitrage obligatoire était encore un idéal assez lointain, et la grève, en attendant, apparaissait comme un remède normal aux maux dont souffrent les salariés de l'Etat. |
Tous les membres de la Fédération des amicales, il faut le reconnaître, n'étaient pas de cet avis (1).
(1) M. Nègre lui-même n’a-t-il pas dit autrefois : « Une grève d’instituteurs est néfaste en soi, en ce qu’elle n’atteint pas l’Etatpatron et en ce qu’elle se retourne directement contre le prolétariat dans la personne de ses enfants. »
En 1910, M. Courrèges, secrétaire de la Fédération et partisan d’un syndicalisme modéré, écrivait (1) à propos de la grève des fonctionnaires : « Je ne suis pas pour la grève des fonctionnaires, voici pourquoi. Les services publics sont les organes essentiels de la nation. Supposez avec moi que les percepteurs ne perçoivent plus l'impôt, queles instituteurs ne fassent plus la classe, que les gardiens de la sécurité publique abandonnent leur service, qu'enfin une partie ou la totalité des services publics ne fonctionnent plus. Qu'arrivera-t-il? La nation est frappée au cœur. Qui souffrira le plus de cette situation ? Les humbles, les petits. Les fonctionnaires qui ont des garanties que n’ont pas les ouvriers doivent renoncer d'eux-mêmes à ces moyens. »
En fait, quelle que soit l'opinion qui domine actuellement parmi les instituteurs, ils ne se sont jamais mis en grève. Est-ce seulement parce que l'occasion propice leur a manqué ?
La Fédération des syndicats d’instituteurs, une fois en lutte ouverte avec les pouvoirs publics, s’organisa sérieusement. À côté d’un réel souci de perfectionnement professionnel, elle proclamait son intention de faire sur les détenteurs du pouvoir une pression constante, afin qu'ils abandonnent leurs prérogatives, et son désir de coordonner ses efforts avec ceux de tous les autres salariés de l'Etat, en vue d’une action plus efficace.
S0n but suprême, c’est celui de tous les syndicats de fonctionnaires : elle veut prendre en mains la
(1) Petite République, 21 décembre 1910.