‹ Le Mouvement Syndicaliste Dans Le Corps Des InstituteursChapitre 7 sur 17 · HET NES · texte numérisé non relu

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direction de l'enseignement primaire, le réorganiser, éliminer peu à peu le Parlement et le gouvernement, conquérir enfin l’autonomie professionnelle du corps des instituteurs.

« Nous voulons, disait la Lettre ouverte à M. Clemenceau, substituer à l’enseignement abstrait, idéologique, encyclopédique de l'Etat un enseignement pratique, concret, qui réponde aux besoins réels des différentes populations : donner aux enfants l'amour du travail, car le travail jusqu'ici opprimé, spolié, méprisé, doit devenir l'idéal nouveau, le principe de toute vertu, le ciment dela cité moderne.»

Au Congrès de Lyon, en 1908, un pas de plus fut fait. La Fédération, prenant parti nettement dans la lutte des classes, proposa de créer des rapports permanents entre les ouvriers et les instituteurs, qui travailleräient ensemble à réformer les programmes d'enseignement. Les postiers, qui devaient se mettre en grève en 1909, s’agitaient alors, et l’esprit des associations de fonctionnaires devenait de plus en plus turbulent.

Le gouvernement s'émut de cette nouvelle hardiesse et interdit formellement le Congrès mixte. Les instituteurs s’inclinèrent et renvoyérent le Congrès à l’année suivante.

En 1910 seulement, le projet fut réalisé, cette fois sans opposition de la part du gouvernement; des délégués ouvriers assistèrent au Congrès d'Angers et débattirent avec les instituteurs les conclusions d’un rapport sur l'éducation civique et morale adaptée aux besoins de la classe ouvrière. L'union étroite

des syndiqués de l’enseignement primaire et des ù n

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syndiqués de l’industrie fut proclamée, avec le motif que les uns et les autres doivent participer à la même œuvre : l'éducation du prolétariat. A l'issue de ce Congrès fut voté l’ordre du jour suivant :

« Les assistants, après avoir entendu les camarades Léger, Nègre, Foy et Jouhaux, protestent avec énergie contre les mesures arbitraires prises à l'égard d'instituteurs syndiqués ;

» Constatent que le rapprochement devient de plus en plus nécessaire entre la classe ouvrière organisée et les instituteurs syndiqués, afin de pouvoir résister efficacement à la prétention émise par l'Etat de déformer les cerveaux de nos enfants ;

» Enregistrent avec plaisir le développement de l'idée syndicaliste chez les instituteurs, les engagent à persévérer dans cette voie et les assurent de l'appui effectif de la classe ouvrière dans la lutte nécessaire et féconde qu’ils poursuivent pour la réalisation de l'idéal de justice et de progrès. »

Malgré tout, la Fédération des syndicats d’instituteurs, dès 1908, avait vu sa situation devenir mauvaise, tant au point de vue moral qu’au point de vue financier. Une espèce de malaise y régnait, causé par des discordes. Depuis la situation n'a fait qu'empirer.

$ 5. — Fédération des Syndicats et Fédération des Amicales.

Et pourtant les instituteurs n’ont rien perdu de leur confiance dans la réussite de leurs projets. Le gouvernement arrêtant trop énergiquement l'essor

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des syndicats, les instituteurs syndicalistes ont pris le parti de syndicaliser les Amicales. Les syndicalistes doivent peu à peu mettre la main sur les postes importants des Amicales, et y introduire l'esprit syndicaliste.

Les membres de la Fédération des Amicales protestent d’ailleurs quand on parle de cette « syndicalisation des amicales (1) ».

La Fédération des Amicales est venue souvent, disent-ils, au secours de la Fédération des syndicats, mais toujours « parce qu’un abus de pouvoir l’exigeait ». Les deux fédérations gardent leur autonomie, et leurs doctrines sont opposées sur bien des points.

En fait, après être pendant longtemps restée stagnante et plutôt routinière, la Fédération des Amicales est, au cours des dix dernières années, devenue syndicaliste, mais de façon plus modérée que la Fédération des syndicats. Elle demande depuis longtemps un statut pour les fonctionnaires, elle a insisté sur ce point dans ses congrès, en particulier en 1909, aux Congrès de Paris et de Nancy.

Les deux Fédérations sont en rapports étroits. Et

même, pour qui les voit du dehors, comme représentatives de l'esprit de leurs membres, elles peuvent être considérées comme ne formant qu'une vaste association où se retrouvent côte à côte toutes les nuances du syndicalisme fonctionnariste. A gauche, sont les vrais syndicalistes, les plus ardents, les plus actifs aussi, les partisans de l’action directe,

() Voir l’article de M. Glay, Information ouvrière et sociale, 8 août 1998.

en collaboration étroite avec la C. G. T. pour la lutte des classes, qui essaient de toutes leurs forces d'entraîner la masse. La droite réprouve ces idées. Elle ne voit dans le syndicalisme qu'un moyen passager de lutter contre le favoritisme et les abus actuels. Pour elle, quand aura été supprimé le favoritisme, par l'octroi d’un statut aux fonctionnaires, le syndicalisme disparaîtra de lui-même. En attendant, elle considère l’affiliation à la C. G. T., « foyer de désordre et d’anarchie » (1), comme inutile et dangereuse. Au centre, que compose la masse, c'est l'opinion intermédiaire, réprouvant la grève des fonctionnaires et l’affiliation à la C. G. T., mais demandant l'entrée aux Bourses du travail, parce que les instituteurs ont besoin de connaître le peuple, dont ils instruisent les enfants. Les instituteurs imbus de ces idées réclament donc des garanties légales contre l'arbitraire de l’administration et les ingérences des politiciens, le droit commun de l’association professionnelle, et l'organisation de la collaboration des instituteurs à la réforme et au développement de l’enseignement primaire. La gauche, elle, va plus loin en ce qui concerne cette dernière revendication ; elle demande la véritable autonomie professionnelle.

Les années ont passé sans que le statut des fonctionnaires soit voté, et sans que, sur bien des points, leurs revendications aient recu satisfaction. Le mouvement corporatif des instituteurs est resté très

() Article de M. Chabozy, instituteur à Asnières, Petite République, 22 janvier 1911.

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