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actif. Pendant la guerre même, malgré la mobilisation d’un grand nombre de leurs membres, les groupements d’instituteurs, syndicats et amicales, n’ont cessé de fonctionner et de tenir annuellement leurs congrès, du moins quand l'autorisation leur en a été donnée. La Fédération des amicales, que
les pouvoirs publics voient d’un œil plus favorable
que la Fédération des syndicats, puisqu'elle est légalement reconnue, n’a pas cessé de se tenir en rapports avec l'Administration et de collaborer avec elle.
Dans le courant de 1918, par exemple, à propos d'un projet d'organisation de l’enseignement postscolaire, la Fédération, d'accord avec l’Administration, envoyait à ses groupements départementaux une circulaire les priant de fournir leurs avis et
observations sur la question (1).
En 1918 également, on signalait (2) une intéressante collaboration des groupements professionnels et de l'Administration. Des mouvements avaient été entièrement préparés par les inspecteurs d’Académie, de concert avec les Amicales et les conseillers départementaux.
Toutes ces tentatives tendent toujours au même but : la collaboration des pouvoirs publics et des fonctionnaires pour’tout ce qui concerne la fonction.
Le congrès de la Fédération des amicales (3), tenu en août 1918, a été tout particulièrement intéressant. L'esprit du congrès se trouve fort bien
(1) Informalion ouvrière et sociale, n° 44, 4 août 1918.
(2) Idem, n° 83, 22 décembre 1918. ”
(3) Voir le compte rendu du Congrès par M. Glay, Information ouvrière et sociale, n° 47, 15 août 1918.
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résumé dans un compte rendu de M. Glay, secrétaire adjoint de la Fédération : « On a, dit-il, le sentiment, en examinant les travaux des Amicales, que loin de contribuer au développement de l’anarchie sociale, ils fortifient, en l’épurant, l'autorité gouvernementale. »
Cette « épuration », c’est, sous un autre nom, la décentralisation par services. L'idée commune à tous les travaux du congrès est là, nous allons le voir par quelques exemples.
A l’ordre du jour du Congrès, comme à l’ordre du jour du Congrès des syndicats qui devait se tenir quelques jours plus tôt (et qui fut interdit, comme en 1917, non sans protestation de la part de la C. G. T., qui jugea cette mesure « incompatible avec le libre exercice des libertés syndicales ») figuraient la réorganisation de l’école primaire avec l'extension de la scolarité obligatoire pour les adolescents, et le relèvement des traitements du personnel.
Au sujet du rapport de la secrétaire fédérale, on y parla des résultats de l'action corporative pour l'année 1917-1918, des réformes accomplies, des projets amorcés au Parlement. « Tous ces résultats, le rapport le fait remarquer, sont dus à la pression exercée par les organisations ouvrières et par les autres associations de fonctionnaires ; les instituteurs doivent s'en souvenir le cas échéant, et user de la même solidarité vis-à-vis des camarades des autres professions. »
Le débat le plus intéressant du congrès fut relatif au droit syndical. La question était rendue très actuelle par la dissolution du Congrès des syndicats
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et les récentes résolutions des postiers. À l’unanimité, le Congrès vote l’ordre du jour suivant :
« Le Congrès,
» En présence de la diversité d'appréciation du régime de tolérance établi depuis 1905 pour les syndicats de fonctionnaires, interdisant aux instituteurs syndiqués ce qui est autorisé pour d’autres agents de l'Etat bénéficiaires du même régime pour la tenue des congrès ;
» Considérant que la Chambre des députés est saisie d’un projet de loi venant du Sénat et modifiant la loi de 1884 ;
» Que le rapporteur, M. Lauche, est favorable à l'amendement Deshayes étendant aux fonctionnaires le droit syndical ;
» Renouvelant les vœux émis à différentes reprises par les Amicales dans tous les congrès fédéraux;
» Donne mandat au bureau fédéral pour proposer à la Fédération des fonctionnaires un plan d’action économique, afin que le Parlement unifie pour les travailleurs manuels et intellectuels le régime légal des syndicats professionnels. »
Le Congrès avait à étudier ensuite différentes questions d'organisation professionnelle. Sur la question de l’enseignement post-scolaire, en particulier, les projets gouvernementaux paraissaient à la Fédération tout à fait insuffisants. On proposait une refonte totale de l’enseignement primaire, en invoquant l'intérêt qu'il y a pour le pays à avoir une classe de travailleurs solidement préparée à la reprise de la vie économique. À une grande majo-
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rité, le Congrès décida une enquête sur ce sujet auprès des organisations ouvrières et patronales.
Sur un autre point, l'éducation physique des enfants, on en est arrivé à une collaboration directe avec le ministère de la guerre.
Sur la question des traitements, les membres du Congrès étaient partagés. Fallait-il se contenter, au moins pendant la durée de la guerre, des améliorations apportées par les indemnités de vie chère, ou bien demander sans plus attendre l'élévation de traitement nécessaire pour assurer le recrutement du personnel ? Le rapporteur fut du second avis, pour des raisons qui, dit-il, sont d'ordre matériel, moral et national.
Matériellement, avec les conditions actuelles de la vie, en doublant les traitements de 1914, on n’arrive pas encore à un chiffre suffisant.
Moralement, étant donné le rôle social que doit jouer l’instituteur, les traitements sont insuffisants pour assurer sa dignité et son indépendance.
« L’'instituteur, dit le rapport, n’a pas la considération à laquelle il peut prétendre, parce que les masses le savent mal payé, besogneux. Les autres fonctionnaires le prennent parfois aussi pour un parent pauvre, et il en résulte chez certains d’entre nous une gêne, une défiance de soi qui paralysent nos efforts, sans compter qu'auprès des enfants notre prestige en est diminué. Pour vivre et faire vivre notre famille, nous sommes le plus souvent obligés d'ajouter à notre travail scolaire des besognes supplémentaires. Dans la plupart des communes, l'instituteur est secrétaire de mairie et, de ce fait,
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qu'il le veuille ou non, il devient l’homme de la municipalité, d’un groupe, d’une coterie, d’un comité où d'un parti politique. D'où, pour lui, une double : dépendance matérielle et morale. »
Au point de vue national enfin, le rôle de l'instituteur serait énorme dans la reconstitution du pays si durement frappé par la guerre. Le corps des instituteurs devrait être une élite, et on n'aurait cette élite qu’en lui assurant des traitements suffisants.
Certes, à la condition que « l’épuration » dont parle M. Glay n'aille pas jusqu’à l’anémie, il y a là un ensemble de vues fort intéressant.
$ 6. — L'extension de la loi de 1884 aux fonctionnaires. — Le vole de la Chambre du 21 février 1919. — Attitude des groupements d'instituteurs.
Dans le courant de 1918, un projet de loi tendant à étendre la capacité civile des syndicats professionnels et en même temps à étendre aux fonctionnaires, ou au moins à certains d’entre eux, le droit de se syndiquer, avait été discuté à la Commission du travail de la Chambre. Le rapporteur, M. Lauche (1), se montrait favorable à l'extension du droit syndical aux fonctionnaires.
« Le droit syndical aux fonctionnaires, disait le rapport, ne peut plus être contesté, puisqu'on leur a permis de se grouper dans la forme prévue par la loi de 1901. Et ce groupement ne donne pas à ces travailleurs la satisfaction qu'ils réclament. Il faut
(1) Journal officiel du 17 décembre 1918, annexe no 4945.