‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 107 sur 228 · PL. CLXXVI, 41-171. Voir plus haut · texte numérisé non relu

PL. CLXXVI, 41-171. Voir plus haut

3. De Sacramentis, I, pars xi, x et xi (PL. CLXXVI, 317-362).

4. PL. CLXXVI, 639-1010. Les subdivisions dans cette œuvre présentent un ordre très tourmenté.

5. Y oir hB.QviEH, Joannis Da?nasceni Opéra, Venise, 1748, 1. 1. p. 119. Nous parlons au chapitre suivant des rapports entre l'œuvre de Jean de Damas et celle du Lombard.

groupés en un seul exposé, comme dans les sommes abélardieunes. Cette rencontre dans les divergences est trop frappante, pensons-nous, pour qu'on puisse la dire fortuite, et aucune source commune n'intervient pour expliquer la coïncidence.

11 est vrai que le De fide orthodoxa de Jean Damascène place aussi l'incarnation après la chute ; mais la traduction de cette œuvre par Burgundio de Pise est incontestablement postérieure à Hugues de Saint- Victor, et le petit nombre des passages utilisés par Pierre Lombard et Gandulphe rendent peu vraisemblable une influence directe sur leur plan. Même la division en quatre livres a été transportée des Sert-' tentiae au De fide orthodoxa^ et il n'est pas rare de voir l'œuvre de Jean Damascène intitulée Libri Sententiarum à l'instar du recueil du Lombard. Les derniers chapitres (lib. IV, 5-27; PG. XCIV, II 10- 12 19) s'écartent fort de tout ce que nous présentent les recueils systématiques du xii^ siècle.

Nous ne croyons pas non plus que les écarts de détail qui séparent les deux auteurs dans leurs subdivisions, s'opposent à cette conclusion. Passons-en rapidement quelquesuns en revue pour achever de caractériser les ressemblances et leurs limites.

Le début de Pierre Lombard, sur les res et signa (I, Dist. i), fait défaut chez Gandulphe ; le Magister, qui l'avait introduit comme un principe d'ordre devant diriger toute sa marche, ne se fait pas faute d'ailleurs de l'abandonner souvent et finit par l'oublier totalement; de là, peut-être, les longs développements qui se trouvent en tête du premier livre pour justifier cette division factice.

Les transitions ne sont pas les mêmes : parfois plus amples chez Gandulphe, elles sont ordinairement supprimées ou abrégées. Le Lombard annonce aussi beaucoup plus souvent les subdivisions de ses développements.

La suite même des chapitres pour une même matière offre un bon nombre de divergences, sans donner à Gandulphe

186 LE MOUVEMENT THÉOLOGÏQUE DU XIF SIÈCLE.

J'avantage d'une ordonnance plus logique, tant s'en faut ; la connaissance du Créateur, par exemple, qui vient chez Pierre Lombard aussitôt après les preuves scripturaires de la Trinité, fait suite, chez Gandulphe, à de longues colonnes où se rencontrent des allusions à l'enseignement de Gilbert delà Porrée (fol. 4^" et fol. 5'^'); les autres chapitres présentent aussi des différences. Il en est à peu près de même, bien qu'à un degré inférieur, des matières relatives à l'incarnation : l'adoration dé l'humanité du Christ, rejetée après la rédemption chez Gandulphe (fol. S^"^ ), était placée par Pierre Lombard beaucoup plus haut, au chapitre de la naissance virginale (III, Dist. ix). Il en va de même avec la question, quod Christus non sit Dei çel hominis adoptionis filius (fol. ^'j'^" , et III, Dist. x, 4 et 5). La rédemption n'est pas traitée par Gandulphe en une suite bien rigoureuse de chapitres (fol. 4^^' , et SS'^^), non plus que les questions relatives à l'adoptianisme (fol. 47^^' — fol* 53^" et III, Dist. VI, lo). Notons encore la place donnée par Gandulphe à la question, quod Christus in lumhis Abrahae décima-^ tusnonfuerit'\{ç\. 54"^", et III, Dist. m, 3). Le deuxième livre et le quatrième nous offriraient des exemples du même genre. Gandulphe n'a pas le chapitre sur les ordinations des hérétiques, et son traité sur le mariage est loin de se trouver parallèle dans les subdivisions à celui de Pierre Lombard; il développe aussi l'empêchement du raptus, ce que ne fait pas le Magister. L'extrême-onction, citée pourtant dans la nomenclature du début (fol. Qi^i^^), n'a pas de développement spécial ; il en est de même dans les Flores de Bamberg (fol. i33'' et i39^).

Ces divergences, dont on pourrait aisément allonger la liste, n'en laissent pas moins subsister l'identité de l'idée maîtresse dans le plan des deux recueils et, en tout état de cause, elles donnent un intérêt à l'étude de Gandulphe, même dans l'hypothèse de la postériorité chronologique.

D'ailleurs, l'identité des grandes lignes ne manque pas de se trouver confirmée en bien des endroits par les subdivisions de détail, si bien qu'à la liste des divergences particulières qu'on vient de dresser, l'on pourrait opposer celle des ressemblances. Quelques brèves indications suffiront ici, car elles parlent d'elles-mêmes : souvent l'identité de l'expression vient s'ajouter au parallélisme de l'ordonnance.

Les cinq premières questions de Gandulphe, sur la création en général et l'angélologie, suivent le même ordre que Pierre Lombard; mais celui-ci intercale un certain nombre d'autres considérations (fol. 27'", et II, Dist. i, 1-2; 11, i, 2, 3, 4» Q' Notons encore les développements sur le Christ au tombeau, qui jouent un rôle si important dans la christologie du XII® siècle (fol. 09'', fol. 60^', et III, Dist. xxi et xxii).

D'autres exemples se retrouvent dans les chapitres sur le baptême et son ministre, surla rebaptisation, etc. (fol. 70^'', et IV, Dist. VI et suiv.). Le traité des ordres ecclésiastiques offre un parallélisme constant (fol. 85^, et IV, Dist. xxiv), qui sera développé dans le paragraphe suivant. C'est ici que nous trouvons un texte que ne présente aucun des traités analogues, hors ceux de Pierre Lombard et de Gandulphe *. Le manuscrit 1206 de Troyes, qui nous donne une espèce de commentaire critique, surtout pour le quatrième livre, avait remarqué aussi la coïncidence et attribue à Gandulphe la paternité de la phrase (fol. 174"^')-

Le début du quatrième livre mérite, en raison même de son importance, une étude plus approfondie que nous ne tarderons pas à donner; c'est là que nous trouvons le traité, ou plutôt l'esquisse d'un traité, sur les sacrements en général'. Qu'il nous suffise de faire remarquer le même ordre

I. C'est la dernière phrase du chapitre sur les Acolythi (A. 1 15, fol. 93v", et IV, Dist. xxiv, 8).

a. Turin, A. 67, fol.'64v", et A. ii5, fol. 72'". Tout un paragraphe fait défaut dans A. 57, par suite du passage à un nouveau cahier.

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dans les questions et ici, plus encore peut-être que dans les passages précédents, l'identité d'expression ; à noter spécialement le passage sur les éléments constitutifs des sacrements : ?'es et çerba — au lieu de dictai j^es et facta — et sur les causes de leur institution; les contemporains, autres que Gandulphe et Pierre Lombard, s'expriment ici en termes différents. Faisons remarquer seulement que dans le manuscrit 279 de Gonville et Gaius Collège (Cambridge), on rencontre une note qui énonce la même constatation : « çerha Gandulphi, sentencia Hugonis^ non çerba ^ ». Souvent des annotations marginales comme dans les manuscrits de la Bibliothèque Yaticane ou de la Bibliothèque Nationale, font ressortir cette particularité de Pierre Lombard^.

Après le plan d'ensemble et l'ordonnance de beaucoup de subdivisions, la ressemblance des matériaux attire tout de suite l'attention ; non pas qu'elle suffise à elle seule pour faire affirmer la dépendance réciproque. Une rencontre fortuite dans le choix des textes que l'on glanait à plaisir dans les Flores , les Excerpta, les compilations multiples, pourrait en certains cas expliquer le phénomène. Mais ici la ressemblance s'accuse avec des traits trop précis pour permettre cette hypothèse.

Ouvrons chacun des livres II, III et IV : au début, nous trouverons les mêmes textes de la Bible ou des Pères, et les mêmes concepts.

Dans Pierre Lombard, c'est par une citation de Bède que s'ouvre le chapitre de la création (II, Dist. 1,1), mais sans que sa provenance soit indiquée, du moins dans les citations imprimées, car les anciens manuscrits portaient en marge le nom de Bède; Gandulphe commence de la même façon, en citant sa source (A. 5^, fol. 27''").

Les mots Cum [Ubi) çenit ergo plenitudo temporis, etc.

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