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PUÉPARÂTION THÉOLOGIQUE DU XIP SIÈCLE. 45
la théorie à quelques règles de chant ou de comput ecclésiastique; la bibliothèque sacerdotale se contentera des livres bibliques et liturgiques « les plus corrects possible », d'un recueil de canons, du pénitentiel, de quelques écrits des « Pères catholiques orthodoxes », surtout des quarante homélies de saint Grégoire; celles-ci du reste, répandues en deux éditions déjà du vivant de leur auteur, furent l'un des livres les plus lus et les plus vénérés de tout le moyen âge *.
Les législations particulières à chaque diocèse reproduisent fréquemment, en tout ou en partie, les mêmes recommandations pendant plusieurs siècles ; citons entre autres les canons de Hatton de Baie et de Gautier d'Orléans. La présence des mêmes règlements chez Réginon de Prûm, Atton de Verceil, Rathier de Vérone, etc. -^^ nous atteste en même temps qu'elle nous l'explique, l'influence exercée par la législation carolingienne sur le mouvement des esprits.
Rappelons encore ici, sans entrer dans leur détail, les nombreux capitulaires ecclésiastiques qui portent sur les institutions disciplinaires , cultuelles ou sacramentaires Avant d'être systématiquement exposées dans une synthèse doctrinale, ces institutions passent en quelque sorte dans la vie du peuple chrétien ou de ses ministres, et les phases de leur développement, vécues par des générations entières, laissent des traces reconnaissables jusque dans les théories qui les exposent^.
Si riches pour l'épanouissement des institutions ecclésiastiques et, par suite, de la tradition doctrinale qu'elles reflètent, les capitulaires carolingiens se manifestent dans tous ces domaines comme un des facteurs qui, joints à la
1. Voir G. Pfeilschifter, Die authentische Ausgabe dcr Evangelien- Homilien Gregors des Grossen, dans les f^erôffentlichungeny Munich, I, 4, 1900, p. 80 et suiv., lOD, etc.
2. Capitidare d'Hatton de Baie, cap. n-viii [Capitularia, édition cite'e, p. 363), et de Gautier d'Orléans, cap. xx-xxiii (PL. CXIX, 743- 745). Pour les autres noms, voir plus loin, p. 35, etc.
3. Voir plus haut l'indication de ces capitulaires; un bon exposé, bref mais fourni, sur les institutions sacramentaires, d'après ces mêmes capitulaires, est dû au P. Misson, S. J., Notes d^histoire des sacrements d'après les capitulaires de Charleniagne^ dans les Recherches de science religieuse, t. IH, 191 a, p. 245-254).
stabilité de l'enseignement de l'Eglise et aux tendances purement reproductrices de ces siècles, auront sur les écrits théologiques de toute la période médiévale une influence décisive. Ce résultat est d'autant plus frappant qu'au début du règne de Charlemagne,la théologie franque n'existe pas : c'est lui qui l'a appelée au monde de toutes pièces. A sa mort, elle représente presque toute la théologie occidentale^, et son œuvre l'a fait appeler par certains auteurs le « Moïse du moyen âge ^ ». L'insistance qui se révèle à chaque page de la législation religieuse carolingienne, pour inculquer le respect des écrits catholiques légués par les siècles antérieurs, et pour n'autoriser que les œuvres des <( Pères catholiques orthodoxes ^ », donnerait presque l'illusion qu'on entend la voix d'un pontife renouvelant le décret du pseudo-Gélase; ce qui serait de nature à surprendre, si l'on ne savait d'autre part l'étonnante étendue de ce génie organisateur, qui trouvait le moyen de classer dans ses préoccupations, à côté de l'administration domestique de ses domaines et du haut gouvernement militaire, civil, ou judiciaire, la réforme du chant d'église et des missels des paroisses, le texte de la règle bénédictine qu'il fait venir du Mont-Cassin, le secret de la confession, ou l'huile sainte du Jeudi-Saint pour les infirmes^. Il n'est pas jusqu'au texte de la Bible latine dont les théologiens du moyen âge ne lui soient redevables, puisque toute l'histoire de la Vulgate ^ se réduit en fin de compte « à l'histoire de l'altéra-
1. Hauck, op. cit., t. II, p. 125 et suiv. •, Bastgen, Alkuin und Karl (ter Grosse, dans le Historisches Jahrhuch, t. XXII, 191 1, p. Sia-SaS.
2. Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom ini Mittelalter, Stuttgart, 1904, t. III, p. 20 • Leclercq, dans le DicL ArchéoL. t. III, p. 726- 735, 807 et suiv.
3. Capiiularia, n. 3o, i, p. 81; n. n6, p. 234; n. 77 (Hatton), p. 365; n. 166, p. 332; n. 36, p. 107; n. 38, p. 108, etc; Raban, Epistola V (PL. CXII, i53o D et i553 B).
4. Voir Hauck, op. cit., p. 126 et suiv. ; Misson, article cité, pas- .sim; KuRTH, Origines de la civilisation moderne, Bruxelles, 191 2, t. II, p. 257-264; Traube, Text geschichte der Régula S, Bcnedicti, dans les Jhhandlungen de Munich, t. XXI, 1898, p. 629.
5. S. Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 146; Denifle, Die Bibel-Cnrreclorien, dans VArchiv fur Lit. Gcsch., Fribourg, t. IV, 1888, p. 263 et suiv.
PRÉPATtVTION THÉOLOGIQUE DU XII^ SIÈCLE. 17
tion incessante d'un bon texte (Bible d'Alcuin), sous l'influence des mauvais textes », jusqu'au jour oii les « statioriarii» de l'Université de Paris livrent le texte « corrigée » qui servira de matière à la révision clémentine.
L'exécution d'une partie des ordonnances sur le respect dû aux anciens écrits se fit d'ailleurs quasi sous les yeux de l'empereur, et tel homéliaire se présenta h la publicité, frappé de l'estampille impériale ^ Avec ces recueils rédigés sur son ordre et destinés à l'office liturgique, comme celui de Paul Warnefrid, ou à la prédication, comme celui d'Alcuin -, l'on garantissait la survivance et la diffusion d'un certain nombre de textes patristiques : arsenal théologique, ou, si l'on veut, dossier palristique, dont la terminologie, les idées, les tendances, font sentir leur influence jusque bien loin dans les âges postérieurs. L'homéliaire de Paul Diacre, à en juger par ses nombreuses copies et par les remaniements dont il fut l'objet, eut un grand succès pendant des siècles, tandis que celui d'Alcuin, tout comme ceux d'Alain de Farfa et d'Agimond, qui le précèdent au viii® siècle, ne jouirent pas d'une grande difiPusion, s'il faut en croire le petit nombre des manuscrits conservés ^. La sélection opérée en même temps parmi les écrivains accentue encore, ou établit définitivement, la prépondérance de certains d'entre eux que les mérites de leur œuvre ou les sympathies des lecteurs avaient déjà placés en évidence. C'est alors que Bède le Vénérable, qui figure dans l'homéliaire de Paul Diacre avec au moins quarante-quatre pièces authentiques^, prend décidément le pas sur tous les autres écrivains de
1. CapUularia, n. 3o, p. 8i, (|ui impose Phoniiliaire de Paul Diacre; WiEGAND, Das HoyniUarium Karls des Grnssen, clans les Sliulieii z. Gesck.^ Leipzig, 1897, t. I, 11; Lecl:;kcq, recueil cité, t. III, p. 8i3.
2. MoRiN, U homéliaire d'Alcuin retrouvé^ dans la Revue Bénédictine ^ t. IX, 1892, p. 490 et suiv. • et F.es sources non identificcs de l'homéliaire de Paul Diacre^ même recueil, t. XV, 1898, p. 4oo-4o3 ; Baeu- MER, Histoire du Bréviaire^ trad. dom Biron, Paris, 1906, t. I, p. 410- 4i3; t. II, p. 452.
3. Baeumer, op, cit., t. I, p. 41O1 n. 3. La pre'face d'Alain a été publiée par A. Ratti, L'omeliario dctto ... di Alano di Varfa^ dans les Rendiconti del R. Istituto Lombardo di scienzc e di letlere, série II,
t. xxxni, 1900, p. 489,
4. WiEGAND, op. cit., p. 79, et Morin, recueil cité, t. XV, p. 4oa.
MOUVEMENT THÉOI.OGIQUE. 2
l'époque post-palristique ; noire siècle ne lai a d'ailleurs pas enlevé cet avanlage dans les homélies du bréviaire. Pour d'autres, l'auréole qui entoure leur nom augmente sans cesse en éclat, au point de les faire regarder aux x" et xi® siècles comme inspirés par l'Esprit Saint ; tels, Léon le Grand et Grégoire, qui fournissent respectivement trente-cinq et trente-deux homélies ^ En même temps s'accusent dans la théologie occidentale ces premiers groupements des Pères où figurent désormais quatre d'entre eux avec le titre de docteurs de l'Eglise 2.
A côté de ces œuvres ordonnées ou patronnées par Charlemagne, prend place l'efflorescence liturgique, allégorisante à l'excès chez Amalaire de Metz, à soucis plutôt historiques chez Walafrid Strabon; elle est activée par la réforme rituelle déjà commencée sous Pépin le Bref et puissamment promue par son fils.
Indéniable est la portée de ces travaux et d'autres moins importants, comme ceux de Florus de Lyon, d'Agobard, de Raban Maur, que rejoignent après deux siècles, ceux de Bernon de E.eichenau, de Bernold de Constance, d'Yves de Chartres, de Brunon de Segni, de Rupert de Deutz, d'Honoré d'Autun, etc. 3. C'est dans les exposés liturgiques, comme dans les homéliaires cités plus haut, que se rencontrent fréquemment les points d'attache de cette explication symbolique des rites sacrés, qui reviendra