Espenberger, op. cit., p
affirmée^. Seeberg, un des théologiens protestants les mieux au courant de la théologie médiévale, n'est pas rallié à la thèse de l'antériorité de Pierre Lombard^. Le problème vaut la peine qu'on l'examine de près.
Enoncée dans les termes inscrits entête de ce chapitre, la question des rapports littéraires entre Gandulphe et Pierre Lombard ne pourrait que difficilement se résoudre par une réponse affirmative. C'est, il est vrai, la solution que fournissent les catalogues des manuscrits de Turin ^ et de Heiligenkreuz'^. Mais en réalité, l'œuvre de Gandulphe présente bien des pages indépendantes du Lombard ; par contre, il s'y trouve des séries entières de chapitres qui trahissent une dépendance intime entre les deux auteurs.
Comme exemples, nous étudierons deux traités du quatrième livre de Gandulphe. Le premier, celui de la confirmation, n'a nullement son parallèle chez le Magister Sententiarum ; chaque auteur suit ici une marche sensiblement différente. Le second au contraire, celui des ordres ecclé-
1. Le commentaire critique des Sentences que nous avons déjà utilisé ailleurs (manuscrit de Troyes, 1206), est ici fort explicite (voir infra). Les notes marginales dans les manuscrits des Sentences de Pierre Lombard portent fréquemment les mêmes indications : citons les manuscrits d'Oxford, New Collège, 106 et 108; de Cambridge, Gonville and Caius Collège, 276 et 279^ d'Erfurt (Amplon.), 108; de Salzbourg, St Peterstift, A. VII, 9; de Cambridge, University Library, 1748 (II, 2, i5). Ajoutons quelques manuscrits de la Bibliothèque Vaticane à Rome, de la Bibliothèque Nationale à Paris, de la Bibliothèque de la Ville à Nuremberg, etc. dont on trouvera la nomenclature plus loin à propos de la diifusion des œuvres de Gandulphe de Bologne. Les mots : ut Gandulphus (II, Dist. xxiv, 3), insérés dans le texte deMigne (PL. CXCII, 898), ne sont appuyés par aucun des nombreux manuscrits du xii^ ou du xiii^ siècle que nous avons pu consulter,
2. Lehrbuch der Dogmengeschichte^ t. III, iQiS^ p. 189; voir aussi le Theologisches JAleratur-Blatt^ t. XXXIII, 191 2, p. i3o.
3. Iiweniario dei codici superstiti, Turin, 1904, n. 229, p. 465, et n. 236, p. 466. Ce sont les mss, lat. cxxxvi (d. iv, 35) et clxi (d. m. Si) du catalogue de Pasinus^ Rivantella, Berta, Codices manuscripti Bibliothecae Taurinensis Athenaei, 'Turin, 1749. Ajoutons-y les manuscrits cxxxv, clxxi, cxcv, disparus dans l'incendie de 1904 et signalés comme le Compendium des Sentences du Lombard {ibid., p. 3ç), 5o et 53).
4. Xenia Bernardina, t. II, i : Die. Handschriftenverzeic finisse^ Vienne, 1891, p. 182 ; Heiligenkreuz, n. 24^ • manuscrit anonyme, indiqué sous le titre d^Excerpta.
siastiques, coïncide quasi textuellement d'un bout à l'autre avec le traité similaire du Lombard. Cette double étude nous indiquera quelle réponse il faut apporter à la question qui sert de titre à ce paragraphe. Elle permettra de fixer le rapport chronologique des deux œuvres et elle éclairera en même temps quelques-uns des procédés de composition en usage dans la théologie naissante du xii*" siècle.
Les chapitres sur la confirmation prennent un peu plus d'un demi-folio in-quarto dans les Sentences de Gandulphe^ ; chez Pierre Lombard, ils constituent la distinction VII du livre IV^. Prenons d'abord le traité de Gandulphe; il fait suite au baptême et est introduit par une courte transition dans le style de la plupart des Summistes^ : Post haptismi sacramentum ^ de sacramento cojifirmationis consequenter agendum videtur.
Onze paragraphes le constituent, dont nous donnons la liste immédiatement^. Nous nous autorisons de l'exemplaire
1. Nous citons le texte d'après le plus ancien manuscrit, celui de Heiligenkreuz, qui date du xiii^^ siècle; en cas de besoin, nous indiquons aussi les leçons des deux manuscrits de Turin, La confirmation occupe, dans le ms, de Heiligenkreuz, une partie du folio 49"^ et 49^ ; dans ceux de Turin, A. 57, le folio 71^' — 7^^^'; dans A. 11 5, le folio 80^' — 8i>".
2. Pour le texte du Lombard, nous recourons à l'e'dition de Quaracchi : S. Bonavenlurae opéra omnia, t. IV, 1889. Les chapitres sur la confirmation y prennent les pages i6a et i63.
3. La même introduction se remarque au chapitre des ordres ecclésiastiques : nunc de ecclesiasticis ordinibus agendum i^idetur, fol. 56^; à celui de la pénitence ; de penitencia congrue post predicta agendum videlur^ fol. 52*", etc. L'on peut lui comparer les transitions usuelles de la Summa sententiarum, de la Summa dwinitatis : Nunc de sa crame nto baptismi,., videndum est (ms. de Munich, lat. 18918, fol. 96^') ; nunc de sacramento conjirmationis videndum est hoc ordine (fol. 99^'"); nunc de sacramento sacramentorum i^idendum est (fol. loo'"')-, du Liber sententiarum de Pierre Lombard, etc.
4. Dans le manuscrit de Heiligenkreuz, le second paragraphe ne semble pas, à première vue, être annoncé, comme les autres, par une question qui en indique la matière; l'on y trouve un espace blanc que le rubricisle a négligé de remplir. Mais le titre de ce paragraphe a été placé par erreur au commencement du paragraphe précédent ; Per
MOUVEMENT THÉOLOGIQL'E. 13
utilisé par le commentaire critique de Troyes, non encore identifié, pour assigner à chaque question un numéro d'ordre ; à chaque sacrement, semble-t-il, la série recommençait à nouveau. Les manuscrits de Heiligenkreuz et de Turin n'ont pas ces indications numériques :
1. Post baptisrai sacramentum de sacramenlo conftrinationis consequenter agendum videtur. Quod omnes fidèles suscipere tenentur.
2. Per sacramentum confirmationis gratia nobis infunditur, qua prudentiores et fortiores contra invisibiles hostes efficimiir.
3. An dignius sit sacramentum confirmationis sacramento baptismatis ?
4. Quod sacramentum confirmationis nonnisi ab episcopis perfici potest.
5. Quod puer per sacerdotem in baptismo in vertice, per pontificem vero in fronte, chrismate signari débet.
6. Quod ieiuni adulti et a ieiunantibus sacramentum debent suscipere confirmationis.
7. Quod non nisi ieiuni nisi infirmis et periclitantibus sacramentum confirmationis con ferre debent episcopi.