PL. CXCII
3. Siinima theologica S. ''JVio??iae Jqiiinatis^ édit. Migne, F^ris^ 1867, t. I, p. 390-391.
qui sert de source à ces passages, le montre à Tévidence^; dans rhvpothèsè de la postériorité de Gandulphe, l'utilisation directe du De Sacramentis est exclue par la nature même des variantes qui rapprochent entre eux les deux Sentenciers et les écartent du texte de Hugues. Les éléments personnels au canoniste bolonais se réduisent à la citation du Lévitique dont la glose de Strabon, à la suite de Grégoire le Grand, fournissait l'application morale 2. De plus, dans le texte de Gralien qui précède, les variantes témoignent nettement d'une transcription directe par Gandulphe du début du canon Cleros'^ : or, les autres parties^ de
I. Un des plus vieux manuscrits, sûrement datés, de Pierre Lombard (Troyes, goo, ancien de Clairvaiix, transcrit en ii58) ne fournit pas de variantes qui infirment les conclusions base'es sur le texte de ces chapitres dans Tédition de Quaracchi,
1. C'est la phrase :utos turtuiis rctorqueatur ad assellas. Les traductions anciennes donnent le mé*'me mot que la Vulgate : pcnmdas. Nous n'avons pu trouver l'origine de cette substitution dans Gandulphe. Le commentaire de Troyes placs ici aussi la même constatation : Gandolfus solus (fol. 173^''). Le canoniste the'ologien s'inspire ici de Tinterpre'talion morale de Gre'goire le Grand [Homiliae in Ezechicl, lib. I, nom. VII, n. 105 PL. LXXVI, 84 B) qui avait passé dans la glose de Strabon (PL. CXIII, 809 C) et qui se retrouvait fréquemment dans les commentaires; voir, par exemple, au xii^ siècle, Raoul de Flaix (-{- 1157), Commentarii in Leviticum, lib. III, 6, dans la Maxima bibliotheca vcterum Patriun^ I-'yon, 1677, t. XVII, p. 72 B.
3. Gratien et Gandulphe concordent pour les variantes principales {propterea ; Domini sunt ; nuncupantur ; ostiarius, psalmista vel lector)^ contre Pierre Lombard [ideo; sunt Do?nini; niinciipati sunt; ostiarius, lector). Remarquons aussi les deux énumérationsduchap. i de Gandulphe : hostiariiy lectores^ etc., et liostiarias vel psalmista, lector, etc., la première au début, la seconde à la fin. Gandulphe s'écarte ici du Lombard, qui écrit hostiarius^ lector, etc., et de Gratien, qui reproduit Isidore sans unir par la particule vel les deux mots hostiariiis et psalmista [Etymolog.^ III, 12, n. 3). L'idée d'un emprunt immédiat au docteur de Séville semble suiTisamment écartée par l'utilisation continuelle du Décret dans toute l'œuvre du bolonais.
4. Le Décret a été utilisé directement par Gandulphe, entre autres dans le chapitre sur la reviviscence des péchés (ms. de Heiligenkreuz, fol. 56'^) ; voir Nouvelle Revue théologlque^ article cité. Gkindulphe nomme aussi Gratien dans un paragraphe sur \e raptus (ms. de Turin, A. 57, fol. 97^'). Walafrid Strabon est cité en divers endroits, sous le nom ordinaire de Strabus^ même dans le résumé de Bamberg (ms. B. IV, 29); d'autres fois, Gandulphe lui emprunte le nom des auteurs entrés dans cette compilation. Le commentaire de Troyes signale fréquemment les omissions du Lombard, qui puise dans la glose sans citer ses sources, par exemple, fol. lao""", i'iv\ 12P, 111^', 122^, i/jB^"^ etc.
l'œuvre du bolonais accusent aussi un emploi fréquent de ces deux sources. La courte glose : ici est in sortein dinni ministeriielecti, n'est pas de Gandulphe (chap. i) ; elle se retrouve au début du chapitre iv de Pierre Lombard.
Duquel des deux auteurs voit-on se dessiner ici la priorité? Le manque d'une suite bien logique dans le développement du Magister peut s'accommoder à la rigueur de deux hypothèses : par ses additions, il aurait troublé l'ordonnance limpide de son modèle; ou bien Gandulphe aurait rétabli chez son prédécesseur l'ordre et la clarté. Avouons qu'entre ces deux hypothèses, la seconde satisfait davantage ; car il était facile au Lombard de respecter la marche de son modèle en intercalant avant la tonsure son texte d'Isidore (Gratien). Cette hypothèse de la priorité du Lombard s'appuie sur une considération fournie par le texte : la ligature, si naturelle chez Gandulphe après la suppression de deux chapitres du Lombard : [Septem autem simt,., gradus,.. ut... habetw) in sacramentiun septiformis spiritus (chap. i), devient chez le Magiste?^ (chap. m) un vrai tour de force : il aurait ici coupé la phrase de son modèle, pour y introduire de nouveaux éléments et serait parvenu à respecter les mots : in sacramento [-um) septiformis spiritus, en les faisant entrer dans une phrase nouvelle. Chez Gandulphe, le changement de cas, s'il n'est pas dû à un copiste, n'a rien qui doive étonner ; et ainsi s'amorçait sans peine l'énumération qui suit. Enfin, si le texte de Gandulphe, à le supposer postérieur à Pierre Lombard, n'avait besoin pour se compléter d'aucun recours au De Sacramentis de Hugues de Saint- Victor, il n'en était pas de même de celui du Ma^ gis ter ; les mots : in semetipso exhibuit. . . et reliquit (chap. i ; De Sacram., chap. v, ad finem), la transcription du texte de Pierre (chap. iv; 2)6 cWraw., chap. i), etc., trahissent une utilisation personnelle de l'œuvre victorine. En cas de priorité, Gandulphe, copié par le Lombard, avait déjà sûrement utilisé les mêmes passages du De Sacramentis, car le parallélisme y est trop textuel. Il faudrait donc ajouter une nouvelle source à celles qu'a utilisées le Magister : cela compliquerait notablement la mosaïque que constitue son œuvre et, chose
fort curieuse, au lieu de prendre directement dans Hugues les passages qu'il a en commun avec Gandulphe, il les modifierait d'abord d'après son modèle bolonais, puis retournerait à la source victorine pour v puiser directement. Enfin, une variante, de nulle valeur pour le sens de la phrase, présente ici une réelle portée : ce sont les mots reçelatio sensuum, id EST, oculorum etaurium (chap. iv ; De Sacramentis^ chap. ii) — Gandulphe (chap. iv) n'a pas les mots en capitales — qui trahissent un écart entre le Magister et Gandulphe en faveur de l'utilisation première du texte de Hugues par le Lombard ; l'idée énoncée par cette addition est, en effet, de trop peu de conséquence pour qu'il faille s'arrêter à l'hypothèse d'un complément postérieur apporté par Pierre Lombard à l'expression plus courte de Gandulphe.
Passons au développement de chacun des sept ordres.
Cette partie du traité de Gandulphe ^ présente d'un bout à l'autre un texte qui concorde littéralement, ou à peu près, avec les phrases du Lombard 2; mais ce dernier fournit en outre des développements fort abondants qui ne se rencontrent pas dans Gandulphe 3. Le traité du bolonais est donc un résumé de celui du maître de Paris, ou celui-ci n'est qu'une nouvelle édition, revue et considérablement augmentée, de celui de Gandulphe. A quelle solution faut-il s'arrêter?
Les sources de ces chapitres nous sont connues : ce sont
I. Mss. de Heiligenkreuz, fol. 56^ — S;'"; Tarin. A. 5-7, fol. Si^'; A. ii5, fol. gS"-'.
a. Dist. XXIV (édit. Quaracchi, t. IV, p. 6o'>i-657).
3. Notons d'ailleurs que toute l'œuvre de Gandulphe se caractérise par un texte beaucoup moins abondant que celui du Magister. La conclusion qui surgira de cette e'tude se trouve donc fortement corroborée par l'examen comparatif des deux ouvrages : à part certains chapitres du premier livre, il est rare que le Lombard n'ait pas plus que Gandulphe, et cela dans des termes qui ne font pas de son travail une nouvelle édition augmentée*, voir par exemple les chapitres sur le mal, la création, etc. (ms. de Heiligenkreuz. fol. i5, etc.). fol. i8, etc.). Ici nous n'avons en vue que l'étude comparative du traité sur les ordres.
le Décret de Gratien, le De Sacramentis de Hugues, le De excellentia ecclesiasticorum ordinum d'Yves de Chartres^; les deux auteurs y ont même puisé, directement ou indirectement, avec une avidité qui ne leur a pas permis de nous donner plus de trois lignes de leur propre cru. A part quelques mots, ces lignes se retrouvent textuellement dans les deux œuvres 2.
Le contact personnel de Pierre Lombard avec chacun des trois modèles cités est hors de toute conteste : nous en avons la preuve dans les longs développements auxquels nous avons fait allusion plus haut et qui ne proviennent pas de Gandulphe. Citons ici en note, pour fournir quelques exemples, des emprunts^ au Décret^ à Yves de Chartres et à Hugues de Saint- Victor. Plus loin, nous interrogerons les variantes offertes par les passages communs.
Pour Gandulphe, la question doit se résoudre aussi par l'affirmative, si on la réduit à la connaissance de Gratien : le code canonique que le canoniste-théologien paraphrasait dans ses gloses lui était évidemment familier; une preuve nous en est fournie par notre étude qui précède sur la confirmation. L'on peut en dire autant du chapitre sur la reviviscence des péchés^, et de maint autre endroit, par exemple, la mention du nom de Gratien dans le paragra-
1. Voir l'article cité plus haut de la Rei^ue d'histoire ecclésiastique, t. X et XI, 1909-1910.
2. C'est la fin du chapitre sur les acolytes : huiiis officii formam... aqidlonis. Nous n'en avons trouve' le modèle dans aucune source imprime'e ou inédite. Le commentaire de Troyes (fol. 174^) signale ici un emprunt fait par le Lombard à Gandulphe. A la fin du chapitre sur les prêtres, les mots .et discipulisdcflit^ sont ajoutés par le bolonais (chap. xii).
3. Emprunts au Décret: chap. vu, sur les exorcistes, la fin sur l'ancienne loi; chap. x, sur les sous-diacres, une partie des fonctions*, chap. XI, sur les diacres, quelques généralités ; chap. xii, sur les prêtres, ëtymologie du nom, etc., etc. Emprunts personnels à Hugues et à Yves : chap. VI, l'exemple de Jésus-Christ, les qualités du lecteur; chap. x, sur les sous-diacres, la loi de la continence; chap. xi, sur les diacres, quelques rapprochements symboliques et une partie de l'exemple de Jésus-Christ, etc., etc. Souvent le Lombard abrège son modèle en supprimant des incises ou en passant des phrases entières.