‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 127 sur 228 · Op. cit., t. III, p. 198 (III, dist. ix · texte numérisé non relu

Op. cit., t. III, p. 198 (III, dist. ix

que Pierre Lombard avait placés au début de son chapitre. La relation inverse doit s'exclure : le Magister'^ n'a pu emprunter ces significations à Gandulphe en les développant, puisqu'il cite des auteurs qui parlent de la dulia, non mentionnée par Gandulphe, et qu'il indique une subdivision qui n'est pas celle du canoniste bolonais. C'est de l'enseignement de Gilbert de la Porrée^ que parle ici le Lombard.

Ainsi, la dépendance de Gandulphe vis-à-vis du Lombard demeure établie; ainsi aussi, s'exclut l'hypothèse d'une source commune constituée par un recueil à'Excerpta, qui aurait pillé le De fide orthodoxa et ravitaillé les Sentences des deux Summistes. Le docteur de Damas, introduit en Occident par le juriste pisan, a aussitôt pris place dans les Lihri Sententianun de Pierre Lombard ; celui-ci l'a utilisé de première main pour les premiers chapitres du troisième livre actuel. Gandulphe n'a pas eu sous les yeux le De fide orthodoxa dans la composition de ses Sententiae ; c'est Pierre Lombard qui lui a fourni une dizaine de textes. L'ardeur traductrice de Burgundio, si prisée par ses concitoyens qui lui consacrèrent une épitaphe glorieuse 3, nous rend un double service dans la question chronologique : elle intervient dans la fixation de la date du Liber Sentent tiarum^ et nous fournit, en même temps, une donnée sûre

I. he Magisler dit : « Acloratio quae dulia est, cuius duas species vel modos esse dicunt » .

'2. Cette même subdivision du culte de dulie se retrouve dans la liste des erreurs de Gilbert, que Geoflfroi de Clairvaux signale à l'e'vêque d'Albano : « Diiliam enim adoratio est, quae etiam creaturae exhibetur, quae duas habet species, unam quae hominibus indilferenter, altéra quae soli humanitati Christi exhibetur h {Epistola ad Albinum, de condamnatione erroruin Gilberti Porretani^ n. 9, dans l'édition des œuvres de saint Bernard, par Mabillon, Paris, 1690, t. II, p. i322 F). Le texte du Liber Glossarum Psalierii^ que GeofFroi, ancien e'Iève de Gilbert, attaque ici, n'a pas e'té retrouvé dans l'exemplaire consulté par Petau [De Incarnatione^ XV, 3, n. 5; Dogmata Theologica, édit. Fournials, Paris, 1867, t. VJI, p. 186). Le commentaire de Pierre Lombard sur les psaumes reproduit textuellement la phrase de Gilbert incriminée par GeofFroi (Ps. xcviii, 5 ; PL. CXCI, 896 Bj.

3. On peut la voir dans Savigny, qui l'a transcrite lui-même [Geschichte des rômischen Redits in M. A.^ Heidelberg, i85o, t. IV, p. Bq] et suiv.). Voir plus loin ce qui est dit de Burgundio, p. 2'î5.

4. Voir P. FouRNiEH, Deux controverses sur les origina du Décret

pour placer l'activité littéraire du Summiste Gandulphe à la suite et en fonction de celle de Pierre Lombard.

Par suite, l'originalité — venia sit çerbo — de la compilation lombardienne n'est plus compromise par l'œuvre similaire de Gandulphe. Les idées codifiées ^Sivle Liber Sententiarum et entrées grâce à lui dans le courant de la circulation scolaire, jusqu'à inspirer un jour quelques-unes de nos formules conciliaires, doivent vraiment au Magiste?' leur mise en œuvre systématique et leur expression définitive. Cette gloire ne doit pas être restituée au canoniste de Bologne, et Gandulphe n'a pas été dépossédé pendant des siècles de sa place légitime dans l'histoire de la théologie, grâce à un plagiat qui serait resté trop longtemps insoupçonné,

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