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La dilTusion des œuvres de Gandulphe

Malgré ce résultat, qui fait de Gandulphe un abréviateur de Pierre Lombard et l'héritier de beaucoup de ses idées, il y a encore intérêt à interroger sur sa personne et sur son œuvre les rares témoins du moyen âge. Le grand renom dont il jouissait au xii^ siècle, le retentissement qui se produit d'abord autour de son œuvre canonique et plus tard, avec moins d'intensité toutefois, autour de son recueil théologique, la connaissance directe ou indirecte de ses écrits et de ses idées, qui se conserve pendant des siècles, sont autant de sujets intéressants, sur lesquels l'histoire des écoles théologiques médiévales n'a pas dit son dernier mot. Les pages suivantes ont pour but d'apporter les éclaircissements que peuvent fournir un certain nombre de manuscrits.

A voir le nom de Gandulphe de Bologne se répéter sans cesse sous la plume des anciens canonistes, ou les citations de ses œuvres se multiplier jusqu'au xvi^ siècle en marge

de Gralien, dans la Revue dldstoirc et de Uttèratai'n religieuses, t. Ill, 1898, p. 257-258, et les auteurs cile's préce'demmeiit.

du texte de Pierre Lombard, l'on serait porté à conclure à une diffusion de ses écrits aussi rapide que prolongée et étendue. Des principaux glossateurs du Décret de Gratien, il n'en est guère, à partir de i i^o environ, qui n'en appelle à son autorité. Les citations qu'ils fournissent atteignent parfois un chiffre fort élevé, comme dans la Summa super Decretum, qui le met en scène une centaine de fois ^ ; Huguccio, qui le fait intervenir moins souvent, dépasse encore une trentaine de citations 2; de son côté, la Glossa ordinariay pour citer un recueil classique, présente un peu plus de vingt gloses attribuées au maître bolonaise Encore qu'il faille peut-être réduire ce chiffre^ — car à Gandulphe peut s'appliquer l'adage qui veut qu'on ne prête qu'aux riches, et von Schulte semble avoir oublié que le sigle G pouvait également s'appliquer à d'autres qu'au maître bolonais^ — il

I. VON Schulte, Die Geschichte. der Qiiellen und Literatur des canonlschen Rechts^ t. I, Stuttgart, 1875, p. 182, n. 8. L'œuvre contenue dans le manuscrit 986 de la bibliothèque de l'Université' de Leipzig a été' décrite par von Schulte dans les Sitzungsbçrichte de Vienne, t. LXVIII, 1871, p. 27-54.

a. Nous nous sommes servi du manuscrit 6ia de la Bibliothèque de Cambrai (début du xiii* siècle), dont certaines parties malheureusement sont fort fautives, et de celui de Bamberg, P. II, 28.

3. La liste de ces gloses, portées en marge dans les anciennes éditions du Corpus Iiu'is et accompagnées du sigle G, a été donnée par von Schulte : Die Glosse zum Dekret Gratians von ihren Anjàngen bis auf die jilngsten yéusgaben, dans les DenkscJirifteii der k. Âkademie der Wissenschaften, Philos. -histor. Klasse, t. XXI, Vienne, 1872, p. 54-55.

4. Par exemple la glose qui accompagne le canon : Solet etiam qiiaeri {De consecr., IV, c. 3i), au sujet des adultes baptisés pendant leur sommeil, nous semble difficilement devoir revenir à Gandulphe : c'est la glose indiquée par von Schulte au n. a3 [op. cit.^ p. 54) et reproduite par Freisen {Geschichte des canonischen Rechts^ Tubingue, 1888, p. 269). Huguccio, qui ouvre une longue polémique contre les idées de Gandulphe sur l'intention du baptisé, ne dit pas un mot des « dormientes » (manuscrit de la bibliothèque de Cambrai, 612, fol. 869^").

5. Die Summa Decreti Lipsiensis [Sitzungsberichte de Vienne, t. LXVIII, 187 1, p. 43-45). La citation du ms. de Leipzig (Dist. LIV, can, 2) : « Magister tamen G. Coventrensis episcopus dixit », paraît bien devoir revenir, non pas à Gandulphe, mais à Gérard Pucelle, qui occupa le siège de Coventry depuis le mois de septembre ii83 jusqu'en janvier 1184, c'est-à-dire à l'époque môme où était composée cette Summa (von Schulte, recueil cité, p. 5i). Malheureusement nous ne possédons rien des œuvres de Gérard*, l'on voit toutefois qu'il jouissait d'un réel renom (mentions diverses dans le Chartularium de

reste toujours unlotal assez imposant pour justifier la parole élogieuseda manuscrit de Bamberg : 3Iagister GandulphuSy cuius magna est in ecclesia Dei auctoritas'^ .

L'écrit théologique intitulé Senteniiae^, n'a pas eu moins de vogue, semble-t-il, s'il faut en juger par le nombre des manuscrits qui le citent. A ceux qu'avait signalés Denifle, nous pouvons en ajouter deux d'Oxford, trois de Cambridge, un de Salzbourg, un de Paris, deux de Rome, un de Florence et un de Nuremberg. Cette liste est loin d'être épuisée, croyons-nous. Il faut y joindre quelques-unes des premières éditions de Pierre Lombard, et un dépouillement plus étendu des nombreux manuscrits du Magister Sententiarum ferait découvrir, assurément, d'autres vestiges des Sententiae de Gandulphe.

Mais sans attendre la fin de ces recherches, l'on peut déjà, à l'aide des éléments actuellement acquis, apprécier la diffusion des œuvres de Gandulphe au moyen âge. Nous ne rappelons que pour mémoire les gloses canoniques, qui ont déjà été partiellement publiées ou utilisées par von Schulte^, Singer^, Saliet^, Gillmann^, Freisen^, etc.; beaucoup sont encore inédites, comme celles que nous avons trouvées dans

Denifle-Chatelain, en 1 178, etc.; t. I, n. 10, 11 et 45, p. 9, 10 et i5).

1. Ms. D. II. 20, fol. 43^; vonSchulte, Zur Geschichle der Literatur ùber das Dekret Gratians^ dans les Siizungsberichte de Vienne, t. LXIII, 1870, p. 321.

2. Cette œuvreest contenue dans les manuscrits A. 57 et A. ii5 de la Bibliothèque Royale de Turin, et dans le manuscrit 242 de l'abbaye cistercienne de Heiligenkreuz, comme on l'a dit plus haut.

3. Die Glosse zum Dekret Gratiatis^ etc. dans les Denkscliriften der k. Akadeinie^ etc., p. 52-55.

4. Die Summa Decretorum des Magisler Rujinus, Paderborn, 1902, p. Liv, et Beitràge zur Wàrdigung der Dckretistenliteratur, dans VArchivfûr Katkolisches Kirchenrecht^ t. LXIX, 1893, p. 406 et 4i5.

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