Voir le chap. iv, 2, p
232 LE MOUVEMENT THEOLOGIQUE DU Xll^ SIÈCLE.
capitidum. . . tractatus de sacramentis novae legis (fol. 1 47*^ ) ; un peu plus loin, se voit une note du même genre : et est tertlum capitulum Guandolphi de saci-amentis novae legis; plus loin encore : istud capitulum III est Guandolphi ibidem^ uhi addit quod lex naturalisa. . (fol. i47^)-
Dans le traité du baptême, le renvoi au chapitre xiii de Gandulphe se fait dès le début de la distinction m chez le commentateur de Troyes (fol. i47^") ; chez l'annotateur d'Erfurt, elle ne se produit qu'aux derniers mots du premier paragraphe (fol. si^""").
Le traité de l'eucharistie (Dist. viii-xiii) est divisé différemment chez les deux auteurs : tandis que le texte du commentateur de Troyes ouvre une nouvelle série de chapitres, celui de l'annotateur d'Erfurt continue l'ancienne division et cite les chapitres lxxii, lxxxviii, xcxi : Gandolphus Sententiarum lih. IV ^ cap. 72 (fol. 225""', Dist viii) ; Gandolphus lih, IV ^ cap. 88 (fol. 226^, Dist. ix, initio) ; istud est in glosa i . Cor, XI et in Gandolpho IV , cap, 91 . Le manuscrit de Troyes présente les citations suivantes : Guan^ dolphus li. IV Sententiarum y tractatus de Eucharistia et est totum continue usque ad.,, (fol. 1 53'"); plus loin viennent les chapitres xiv, xv, xviii,xxi, xxii, etc., du Z)e eucharistia de Gandulphe (fol. i54'', i54^", iSS"" ', etc.).
De la teneur de ces notes nous concluons que les Sentences de Gandulphe étaient communiquées aux deux auteurs dans des textes différents, et indépendamment d'une source commune qui leur aurait fourni les citations. Au xiii^ siècle, les Sentences du bolonais jouissaient donc encore d'une certaine dififusion, puisque nous les rencontrons entre les mains de deux auteurs indépendants^.
I. L'Angleterre est-elle la patrie du commentateur de Troyes, comme de l'annotateur d'Erfurt? Nous ne le pensons pas; mais jusqu'ici nous n'avons pu de'terminer ce point avec certitude. La description que donnent de l'ouvrage Quétif et Echard [op. et loc, citatis) est, par extraordinaire, peu exacte.
La même conclusion ne se dégage pas de l'examen de quelques autres manuscrits, où le texte du Liber Sententiarum est accompagné de beaucoup de gloses marginales. Prenons, pour commencer, un des plus récents de ces glossateurs, dont l'œuvre est contenue dans le codex A. VII. 9, de l'abbaye bénédictine de Salzbourg.
Le manuscrit, difficilement antérieur au xiv^ siècle, présente plus d'une particularité intéressante, telle, par exemple, l'annotation interlinéaire qui relève avec soin les variantes de lecture, même les plus insignifiantes. Mais sans nous arrêter pour le moment à ces caractéristiques sur lesquelles nous reviendrons ailleurs, les gloses marginales qui parlent de Gandulphe attireront seules notre attention : elles se rencontrent uniquement au IV® livre (fol. 186^ et suiv.) et sont toutes, à part une seule peut-être^, de la même main, à rencontre des autres notes, assez capricieusement réparties, qui proviennent d'écritures différentes. Parmi celles-ci, les unes sont contemporaines du texte, ou peu s'en faut; les autres s'échelonnent à travers les âges suivants jusqu'en plein XV® siècle . La main récente qui a écrit les remarques sur Gandulphe se retrouve à beaucoup d'endroits^; c'est la même qui a écrit la plupart des gloses du IV® livre, au point d'utiliser parfois presque tout l'espace blanc disponible (par exemple, fol. 98^, 186^, 201"^). Beaucoup de ces notes peuvent être personnelles à l'écrivain, simple copiste, professeur ou disciple, dont nous n'avons pas intérêt à nous occuper pour le moment; car il est sûr que celles qui se rapportent à Gandulphe ne sont pas dictées par une connaissance immédiate ài^^ Sententiae du bolonais. Le commentaire de Troyes a ici servi de modèle à la transcription : pas une note ne se présente dans le manuscrit de Salzbourg qui ne se rencontre déjà dans l'exemplaire de Clairvaux; par contre, celui-ci en
1. C'est la citation qui vient plus loin sur les Sacramenta in génère.
2. A part la première note relative à Gandulphe cite'e plus loin, elles sont toutes de la même écriture.
contient notablement davantage, ce qui, en dehors de tout examen paléographique, exclut déjà l'hypothèse d'une transcription en sens inverse. D'autres passages, comme ceux qui traitent des opinions de Hugues de Saint-Victor, des interprétations bibliques, etc., se retrouvent non moins textuellement dans les deux manuscrits (fol. 220^, 228'^", etc.).
La note du début du IVMivre servira de modèle (fol. 186^) : Nota quod de Sacramentis in génère tractant Hugo^ libro 111° Sententiarum suarum inprincipio^ lihro primo de Sacramentis parte \ç)]per totum ; quidam alius liho 3° suarum Sententiarum, in principio; Gandefilus (sic) lihro quarto Senten^ tiarum in principio ; Magister hic in principio huius quarti. Hiomnes in sententiis fere per omnia concordant et in verhis ut plurimum. Cette note disposée en tableau schématique nous rappelle textuellement celle du commentateur de Troyes (fol. 145^)- Mais \q quidam alius, l'anonyme si fréquemment cité dans le codex de Troyes, ignotus ille, ne se rencontre plus ailleurs dans le manuscrit de Salzbourg ; l'annotateur a supprimé la mention de cette œuvre anonyme, même quand il transcrivait une notice de son modèle. De ce point de vue, la comparaison de la note du fol. i8^'""avec celle de Troyes (fol. 145^") est suggestive : Hugo lib. 1 de Sacramentis, p. 5, C, 3. Item Guand. lib, 4 Sent. C. 4- Idem etiam habetur sententiatiter lib, 4 Sententiarum Hug, (?. 2. Le commentateur de Troyes avait intercalé, entre la mention de l'œuvre de Gandulphe et celle de Hugues, la phrase suivante : Item ignotus lib. III Sent. C. II : isti très et in çerbis conveniunt (fol. i\^^").
Les citations de Gandulphe dans le manuscrit de Salzbourg ne dépassent pas la douzaine et se trouvent fort irrégulièrement dispersées; du fol. 191 au fol. 201, il n'y en a pas une seule ; même le texte classique de la Dist. xxii du IV* livre : quidam alii, ne mentionne pas Gandulphe.
Mais si l'annotateur du codex de Salzbourg a eu sous les yeux le commentaire anonyme, ce n'est pas l'exemplaire de Troyes qu'il a pu utiliser. Nous en avons la preuve dans la note du début citée plus haut : le manuscrit de Troyes a ici une omission ; les mots quidam alius font défaut. On
peut le constater encore au fol. 201^" qui porte : Guand. usque ihi : sic igiliir et caetera : le manuscrit de Troyes a ici un court espace en blanc (fol. iSg^"). Quant au codex d'Erfurt, inutile d'y recourir en l'occurrence : il ne mentionne pas Gandulphe en cet endroit.
S'il n'a pas connu directement l'œuvre de Gandulphe, l'annotateur de Salzbourg nous atteste au moins une certaine diffusion du commentaire anonyme de Clairvaux.
Quelques manuscrits de Cambridge, d'Oxford, de Rome, de Paris el de Florence, qu'il nous reste à parcourir, ne nous donnent plus rien d'inédit. Car, si les annotations qui courent le long du texte de Pierre Lombard ne sont pas d'une date aussi tardive que celles du codex de Salzbourg, elles accusent une non moins étroite dépendance vis-à-vis du commentaire de Troyes.
A Cambridge 1, le collège de Gonville et Caius possède divers manuscrits annotés des Sentences, dont l'un, le n° 2^6, du XIII® siècle ou du commencement du xiv^ siècle, contient quelques emprunts au commentaire anonyme :
Quod hic inquirit magister simili ordine Gandolfus inquirit et eamdem auctoritatem Ambrosii inducit^ sed alite?- déterminât quam magister, non enim consentit quod haptismiis conferatur unica perso na nominata, sed diœit quod sic haptizatus est rehaptizandus . Quamvis enim apostoli, ut dicit, ex certa ratione ad tempus in nomine Christi baptizaçerint , tamen declarato nomine Christi forma quam Dominus tradidit uhique servari débet (fol .216'*).
Ce texte qui se rapporte aux mots du Lombard : hic quaeritur an baptismus esset (IV, Dist. m), se retrouve dans le
I. Pour la description de ces manuscrits anglais, nous renvoyons le lecteur aux catalogues de M. Rhodes James et de Coxe. Une étude de'tailie'e de leurs dépendances mutuelles et de leur provenance pourrait présenter quelque intérêt pour l'histoire des échanges scolaires; elle est inutile à l'objet de ce travail, puisque le contenu des notes de ces manuscrits ne témoigne nullement d'une diffusion des écrits de Gandulphe,
236 LE MOUVEMENT THÉOLOGIQUE DU Xfl* SIÈCLE.
manuscrit de Salzbourg (fol. 198^'^), avecles mêmes variantes à peu près ; le commentaire de Troyes (fol. 1 48"^) porte : sentit (pour consentit) y ratione ex certa ut dicit (pour ut dicit ex certaratione)ydeçulgato[^o\XY declarato)^ debuit [pour débet). Une autre mention de Gandulphe, écrite d'une autre main, se rencontre un peu plus loin au haut d'un folio du livre IV, Dist. 11 (le manuscrit n'est pas paginé) : c'est la même note que cellede Troyes (fol. i47^') - Gand. IF', Sent.
Le manuscrit no 279 du même collège de Gonville etCaius contient, au début du IV^ livre (fol. 243^''), la même indication que le commentaire de Troyes sur les exposés des sacrements m genei^e : Nota quod de Sacramentis in génère tractant Hugo^ etc.. Mais il ne donne pas, comme le manuscrit de Salzbourg, les mots : quidam alius ; il se contente de dire, à l'instar du manuscrit de Troyes : libro III Senten^ tiarwn, comme si cet ouvrage appartenait également à Hugues de St- Victor, et il orthographie le nom de Gandulphe assez singulièrement : il en fait Gandophilus.
La même note se retrouve, avec la même orthographe, dans le ms. 16876 de la Bibliothèque Nationale de Paris (fol. lo^"*"), mais elle supprime toute la mention an quidam alius in II l^ Sententiarum. La main qui a écrit cette note a laissé fort peu de traces dans le livre IV et, au début, elle ne s'étend guère au delà du fol. 1 1 ; c'est une autre écriture qui s'est chargée du reste de l'annotation.
D'autres renvois aux Sentences de Gandulphe, dans le ms. 2|79 de Gonville et Gains Collège, ne témoignent pas davantage chez leur auteur d'une connaissance personnelle de l'œuvre du bolonais. Une indication interlinéaire (fol. i44^)) aux mots duo suntin quibus sacramentum consistit (Dist. I, 7), porte : G an, li. 4 Sen. Ca. 5. ; ce que dit aussi le manuscrit de Troyes (fol. i45^"). Quelques lignes plus haut, la glose : 9erba Gandolphi^ Sententiae Hugonis^ non çerba^ qui accompagne les mots du Lombard : propter eruditionem.
Homo enwiy etc., correspond à la note de Troyes : deinde sententiae Hugonis et çerba aliorum duoriim (à savoir l'i^/iotus et Gandulphe). Enfin les mots : hucusque GandofiluSy qui se lisent au fol. j4S% ^ côté de la question : Si in nomine Patris tantum possit baptismus (Dist. m, 5), ne font que répéter ou appliquer la remarque qui se lit au commencement de cette même distinction dans le commentaire de Troyes : Guand... et est continue in Quand, usque ad V . capitulum ; or, avec la question posée, commence précisément le capitU" lum /^delaiii^ distinction. D'autres passages des Sentences du Lombard, qui sont accompagnés dans d'autres manuscrits de nombreuses citations de Gandulphe, ne contiennent plus ici aucune allusion au maître bolonais.
Un autre manuscrit de Cambridge, le n^ 1748 (I i- 2. i5) d'University Library, contient aussi une note sur Gandulphe, que nous retrouvons dans le commentaire de Troyes, mais qui n'est pas dans les deux manuscrits précédents : Simile est principiwn huius lih. tant in sententiis quam in çerbis principio 4 Sent. Gandolfi et 4 Sentent. Hugonis de S. Victore. C'est la note qui nous est présentée par le commentaire de Troyes au fol. 14^'^'; mais Vignotus ou le quidam alius n'a pas trouvé place chez l'annotateur de Cambridge ; le scribe du manuscrit de Troyes avait écrit : principio quarti sententiarum Guandolfi et tertii et quarti sententiarum Hugonis.
Un manuscrit du Vatican, lat. 688, fol. 824''', a le même texte que le ms. de Cambridge, University Library, 174^- Les autres notes qu'il contient ne sont pas originales non plus. Il en va de même avec quelques références du ms. du Vatican, Palat. lat. 333, fol. io4^, 104^^, 119^, 120% etcr
Deux manuscrits de New Collège, à Oxford, mss. 106 et 108, apparentés dans leurs annotations, présentent en
238 LE MOUVEMENT THÉOLOGIQUE DU XIl^ SfÈCLE.
marge de nombreux renvois à Gandulphe. Beaucoup de noies sur les sources du Lombard, sur les avis des docteurs, etc., se rencontrent de part et d'autre; un certain nombre d'entre elles se trouvent aussi dans d'autres manuscrits, comme dans le n** 2^9 de Gonville et Caius Collège, de Cambridge ; cette constatation peut être intéressante pour l'étude des mœurs scolastiques de ces siècles. L'écriture peu ferme de l'annotateur du manuscrit 106 tranche singulièrement avec celle de son confrère du n° 108; celle-ci, plus ancienne, présente à peu près les mêmes caractéristiques que celle du codex d'Erfurt; elle est bien antérieure aussi à l'annotation du codex de Salzbourg. Les allusions à l'enseignement de Gandulphe, pour être plus abondantes que dans les manuscrits précédents, ne contiennent cependant rien de nouveau. L'examen qu'il nous a été donné d'en faire ne nous y a rien fait découvrir qui ne fût déjà fourni par le commentaire de Troyes, aussi bien les notes sur Gandulphe^ que les autres remarques critiques. L'indication du début du IV® livre, dans le n° 106, a fait disparaître Vignotus ou le quidam alius de Salzbourg; par contre, la mention de cet anonyme se rencontre un peu plus loin aux mots : tripliciter causa (Dist. I, 4). Les annotations d'Erfurt ne sont pas la source de celles de New Collège ; car, dès le début, se lisent des remarques inconnues au codex d'Amplonius Ratinck. La même constatation peut se faire ailleurs, comme au chapitre De sacris ordinibus (Dist. xxiv). Les glossateurs des deux manuscrits de New Collège ont-ils eu sous les yeux un exemplaire du commentaire de Clairvaux? ou bien ontils copié un autre texte annoté de Pierre Lombard? Les deux hypothèses sont vraisemblables; toujours est-il qu'ils n'ont pas consulté directement les Sententiae de Gandulphe, pas plus que celui qui a fait quelques rares fois mention de Gandulphe dans un manuscrit de la Laurentienne à Florence 2.
Un note sur Gandulphe, écrite au plus tôt par une main
I. Il n'est pas inutile de faire remarquer qu'il adopte une orthographe peu italienne : nous lisons chez lui Gwanclolfus . 1. Plut. XXIV dexter. Cod. i, fol. i, etc.
du xv^ siècle, dans le ms. II, 5 de la Bibliothèque de la Ville, à Nuremberg-, est identique avec les notes d'Oxford, New Collège, io6 : Istud est Gandolf. uhi addit quod lex naturalis . . . est ratio quae... dicit (fol. i84).
Les textes imprimés au xvi^ siècle ne nous retiendront pas davantage : les rares notes qu'ils fournissent sur Gandulphe n'apportent aucune contribution indépendante des manuscrits de Troyes ou d'Erfurt. Mais la note, insérée dans le texte par diverses éditions^, au livre IV, Dist. xxii, 3, à propos du Sacramentuni et res dans la pénitence, et qui se retrouve dans les manuscrits cités du Vatican 2, est prise non pas à l'annotateur de Troyes qui ne dit rien à ce sujet (fol. 173^^), mais à celui d'Erfurt qui écrit ici : prima opinio et fuit Gandolfi^ Sententiarum lib. IV ^ tractatus de paeni'tentiacap. ultimo (fol. 254 ^ )• C'est ce qui a occasionné l'interpolation dans le texte d'Aleaume (PL. CXCII, 898) : Quidam dicunt ut Gandulphus . Certaines de ces éditions se contentent d'écrire dans la marge : Gandulphus ; d'autres y ajoutent l'indication du chapitre : « Gandulphus libro 4^ Sent, circa finem sui tractatus de paenitentia ».
Notre investigation aboutit donc à réduire considérablement la diffusion de l'œuvre de Gandulphe. Si le maître bolonais est fréquemment cité dans les notes marginales des manuscrits, il ne le doit pas au contact immédiat qu'auraient pris les annotateurs avec ses Sententiae. Au moins est-ce là la conclusion qui se dégage des manuscrits annotés, actuellement connus. Ce résultat peut paraître étonnant si l'on songe à la première diffusion des Sententiae de Gandulphe, qui, au début du xiii*^ siècle^, fournissent déjà ma-
1. Par exemple, les ëditions de Baie i5i6 (f. i83^), de Lyon lÔaS (p. 782), d'Anvers 1767 (J. Aleaume) dans Migne (PL. CXCII, 898), Louvaln i556 (p. 4^7), Louvain iSSa (p. 4^7), Louvain i557 (p. 4^7)^ Paris 1557 (p. 343).
2. Vat. Lat. 688, fol. 871»^'; Palat. lat. 333, fol. 119^", etc.
3. Flores Ganduîfi. Ms. de la Bibliothèque Royale de Bamberg, B. IV, 29, fol. 126'.
lière à un abréviateur et qui comptaient au moins cinq exemplaires dans l'ancien fonds de Turin ; le catalogue de Pasini en faisait lui-même la remarque*. Des trois manuscrits actuellement connus, pas un ne donne la numérotation des chapitres mentionnée dans le codex d'Amplonius ou dans le commentaire de Clairvaux : ce qui accuse une multiplication de copies déjà abondante dans la première moitié du XIII® siècle.
Les manuscrits annotés de Pierre Lombard que nous avons utilisés dans cette étude, se répartissent en deux groupes : le premier est constitué jusqu'ici par le codex d'Erfurt ; le second comprend déjà près d'une vingtaine de textes, inédits ou imprimés, qui tous remontent à un même archétype : le commentaire anonyme de Clairvaux (Troyes, 1206), dont il a dû exister plusieurs copies. C'est à lui qu'il faut attribuer tous ces textes annotés qui, à première vue, feraient croire à une large diffusion de l'œuvre de Gandulphe. Mais, à un certain moment, divers de ces textes, comme les deux manuscrits du Vatican qu'on vient de citer, et quelques éditions, ont subi, directement ou indirectement, l'influence du codex d'Erfurt dans la note relative à la pénitence. Un jour peut-être, de nouveaux hasards permettront de lever tout à fait le voile qui a si longtemps recouvert l'énigmatique figure du théologien canoniste de Bologne.
APPENDICES
APPENDICE A Citations du « De fide orthodoxa » chez Pierre Lombard.
Le Liber Sententiarum de Pierre Lombard cite le De fide orthodoxa, aux endroits suivants. Nous renvoyons, pour le texte de
I. « Plures enim similes nobis praesto sunt. » Cod. lat. cxxxx, p. 39.
Pierre Lombard, à l'édition de saint Bonaventure [S. Bonaventurae opéra oninia, Quaracchi, t. I et III, 1882-1887).
1 Lib. I, Dist. XIX, 3, De fide orth., III, 6 (PG. XCIV, lOOa A) : Confitemur... Spi-
rilus Sanclus (t. I, 336*).
2 Lib. I, Dist. XIX, 9, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1001 G) : Communia... di-
cunlur hypostases (t. I, 339*).
3 Lib. I, Dist. XIX, 9, De fide orth., III, 4 (PG. XCIV, 997 A) : Substantia... et huius-
modi (t. I, 339').
'4 Lib. 1, Dist. XXV, 3, De flde orth., III, 5 (PG. XCIV, 1000 B) : In deilate... id est personas(t. I, UiU*).
5 Lib. I, Dist. XXVII, 3, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1001 D) ; Non différant...
hypostases déterminant (t. I, U6b).
6 Lib. I, Dist. XXXII, 3, De fide orth., III, 7 (PG. XCIV, 1008 C) : Esse quidem...
hypostasi secedenlem (t. I, 465*).
7 Lib. I, Dist. XXVII, 3, De flde orth., III, 5 (PG. XCIV, 1000 B) : Differentiam..
paternali hypostasi (t. I, 465*).
8 Lib. I, Dist. XXXIII, 1, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1001 D) : Characteri-
stica... non naturam (t. I, 568*).
9 Lib. III, Dist. II, 1, De flde orth., III, U (PG. XCIV, 997 A) : Sciendum... reprae-
sentativum (t. 111, 35).
10 Lib. III, Dist. II, 1, De flde orth., III, 3 (PG. XCIV, 992 A-993 A) : Cum unam...
homo perfectus (t. III, 35).
11 Lib. III, Dist. Il, 1, De flde orth., 111, 6 (PG. XCIV, 1005 A) : Omnia quae... ho-
rum idiomata (t. III, 35*).
12 Lib. III, Dist. II, 1, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1005 B) : Totus enim... in-
curabile est (t. 111, 35*).
13 Lib. III, Dist. II, 2, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1605 B) : Unitum est... Ver-
bum Dei (t. III, 35*).
14 Lib. III, Dist. III, 1, De fide orth., III, 2 (PG. XCIV, 985 B) : Post consensum...
et intellectiva (t. III, 58*).
15 Lib. III, Dist. 111, 4, De fide orth., III, 7 (PG. XCIV, 1012 B) : Incarnatum... di-
vinitate (t. III, 60*).
16 Lib. III, Dist. m, 4, De fide orth., III, 7 (PG. XCIV, 1009 A) : In omnibus.., actu
incarnaiionis (t. III, 60*).
17 Lib. III, Dist. V, 1, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1005 B) : In humanatione...
vel subslanliam (t. III, 119*).
18 Lib. III, Dist. V, 1, De flde orth., III, 6 (PG. XCIV, 1008 B) : Eadem est... id est
personae (t. III, 119*).
19 Lib. m, Dist. VI, 3, De flde orth., III, 4 (PG. XCIV, 997 B) : In Domino... com-
positam (t. III, 144*).
20 Lib. III, Dist. VI, 3, De flde orth., III, 7 (PG. XCIV, 1009 A) : Incarnatus... reli-
quis hominibus (t. III, 144*-145).
21 Lib. III, Dist. VI, 3, De flde orth., III, 3 (PG. XCIV, 993 C) : Unam hypostasim...
refulget miraculis (t. 111, 145).
22 Lib. III, Dist. VII, 1, De fide orth., IIÏ, 3 (PG. XCIV, 992 A) : Non est autem...
vel personam (t. III, 166).
23 Lib. III, Dist. VII, 2, De fide orth., III, 3 (PG. XCIV, 988 B, 989 A) : Inconverse...
naturis conûtemur (t. III, 167).
24 Lib. III, Dist. VII, 2, De fide orth., III, 2 (PG. XCIV, 988 A) : Non hominem...
hominem factum (t. III, 168).
25 Lib. III, Dist. VIII, 2, De fide orth., III, 7 (PG. XCIV, 1009 C) : Duas Christi...
legem conceptionis (t. III, 184*-185).
26 Lib. III, Dist. IX, 1, De fide orth., 111, 8 (PG. XCIV, 1013 BC, 1016 A) : Duae sunt...
camis eius (t. III, 198).
27 Lib. III, Dist. XXII, 3, De fide orth., III, 7 (PG. XCIV, 1012 BC) : Totus Chri-
stus... alius autem hypostaseos (t. III, 449).
APPENDICE B
Le début du traité des Sacrements chez Gandulphe et le Commentaire des psaumes de Pierre Lombard.
Les premières lignes du livre IV de Gandulphe, qui traitent des sacrements en général, s'écartent assez notablement du début de Pierre Lombard sur le même sujet. Il ne s'y rencontre que quelques expressions communes aux deux œuvres : le reste, chez Gandulphe, est totalement différent. Ajoutons tout de suite qu'aussitôt après cette entrée en matière, les deux textes recommencent à marcher d'accord.
D'où Gandulphe a-t-il pris son introduction*?
A première vue, on la croirait empruntée pour une bonne partie à saint Augustin, dont l'autorité est par deux fois expressément invoquée ; et de fait, le commentaire sur les psaumes de Tévêque d'Hippone fournissait toutes les idées, sinon le texte même^. D'autres expressions rappellent le commentaire de Pierre de Poitiers, comme Samaritanus ciistos noster^, ou in bonis naturalibus vulnerato, gratuitis exspoliato ^. Les Sententiae divinitatis parlent aussi, comme Gandulphe, des sacramenta qui sont des bona consolationis, mais en des termes plus développés et en y ajoutant les bona transitoria et les bona consummatoria, dont le canoniste de Bologne ne dit mot^.
Mais ce n'est pas de là, croyons-nous, que Gandulphe a tiré son introduction. L'œuvre exégétique ou théologique de Pierre Lombard lui suffisait pleinement.
Les mots : in bonis naturalibus vulnerato , gratuitis exspoliato , se retrouvent à un autre endroit des Sentences 6, en connexion avec la même parabole du bon Samaritain; mais dans sa compilation résumée, au livre II, Gandulphe ne les a pas reproduits ''.
1. Voici le texte de Gandulphe : « Huniano generi in bonis naturalibus vulnerato, gratuitis exspoliato, Ghristus qui fuit Samaritanus id est custos noster, sacramentorum alligamenta in praesenti necessaria adhibuit. In futuro autem, iuxta quod Augustinus ait, perfecta sanitas erit, ubi corruptibile hoc induet incorruptionem. Modo alligat ut medicus fracturas ; alligamenta vero Dei, iuxta eumdem, sunt temporalia sacramenta, quibus intérim consolationem habemus ; que tune detrahentur cum perfecta caritas erit. Unde quid sit sacraraentum, et que... » (Ms. de Heiligenkreuz, 242, fol. 44r; Turin, A. 67, fol. 64'" A. ii5, fol. 72r").
2. Enarrationes in psalmos, Ps. cvlvi, n. 5-8 (PL. XXXVII, 1901- 1904).
3. Sententiarum libri quinque, lib. IV, prologus (PL. GCXI, 1137 A).