‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 137 sur 228 · Is. de Troyes 900, fol · texte numérisé non relu

Is. de Troyes 900, fol

11. Saint John of Daniascus., Londres, 1882, p. 70, dans la collection The Fathers for english readers, et Dictionary of Christian Biography , t. III, p. 412.

comme probable seulement l'utilisation de la traduction de Burgundio par Pierre Lombard, n'a pas de fondement.

Quant à la valeur du traducteur, l'on en est revenu du verdict de la Renaissance qui n'avait pour le style du juriste philologue queles épithètes de « barbare », de « sarmate », ou de « gothique ». Les appréciations de l'humaniste Jean Conon^, sévères et même injustes, ont été redressées par des juges plus équitables- : ils se plaisent à reconnaître dans le travail de Burgundio surNémésius une fidélité soutenue qui donne à son œuvre, comme témoin du texte original, la valeur d'un manuscrit. En attendant la possibilité d'un jugement d'ensemble sur la traduction, encore inédite quoi qu'en ait dit Mansi^, du De fide orthodoxa^ l'on peut dire que les extraits publiés jusqu'ici ne donnent pas trop mauvaise idée de l'écrivain pisan ; malheureusement sa fidélité à suivre l'original dégénère souvent en une servilité excessive, qui va jusqu'à maintenir les mots grecs au grand préjudice de la phrase latine. Un travail du P. Hocedez^, déjà paru, et un autre du P. Dausend, de Quaracchi, qui

1. Voir la lettre de J. Conon (ou Kunov) à son ami Beatus Rhenanus, en tête de son édition de i5i2 [Grego/ii Nysseni de Philosophia lihri Fin, Bâle, 1S12) et la notice de Quétif et Ecliard [Scriptores ordinis Praedicatoruin, Paris, 172 1, t. II, p. 28). Conon avait pris la traduction de Bur^^undio comme base de son travail et en avait donné un remaniement dans le style de la Renaissance (Baeumker, dans la Woclienschrift fur klassische Philologie, 1896, p. 1097).

2. BuRKHAKD, op. Cit., p. 3 ; J. DiiAESEKE. dftus la Wochctischrift fur klassische Philologie, igoS, p. 4o, et 1896, p. 1116; Domanski, Die Psychologie des Neniesius, p. xii, dans les Beilrùge, t. III, i. Nous ne savons pourquoi Domanski donne à Burgundio le prénom de Richard.

3. Mansi, qui s'écarle ici de Fabricius, s'est laissé tromper par l'identité des premières lignes du De fide orthodoxa chez Burgundio et chez Lefèvre d'EstapIes {Johannis Damasceni opera^ BTde, iSSg). Ce début est pris à saint Jean, 1, 18, à parties derniers mots, où les adjectifs ineffabilis et incomprehensibilis pouvaient facilement faire coïncider deux traductions (Fabricius- Mansi, Bibliotheca latina mediae et infiniae aetatis, Padoue, 1754, t. I, p. 3o5). La conjecture de Mansi sur la traduction de Burgundio, qui aurait servi de base à la révision de Lefèvre, nous paraît fondée.

4. Les trois premières traductions du « De orthodoxa fide »,dans le Musée belge, t. XVII, igiS, p. 109 et suiv., et La diffusion de la « Translatin Lincolniensis », dans le Bulletin d^ ancienne littérature et d'archéologie chre'tiennes, t. III, 191 3, p. 188-198.

ne lardera pas à paraître, pourront amplement renseigner le lecteur.

Ce qui intéresse davantage l'histoire du mouvement théologique au XII® siècle, c'est la manière dont le De fide orthodoA'a a été utilisé dans les Sentences, et par suite répandu dans la théologie occidentale.

Pierre Lombard en appelle au témoignage de Jean de Damas dans son premier et dans son troisième livre ; il le fait en tout vingt-sept fois ^. Ce chiffre de vingt-six citations est élevé, surtout si on le compare à celui qui représente la part des autres Pères grecs dans le dossier patristique des Sentences^. De ce point de vue, Chrysostome seul peut être rapproché du Damascène; encore, lui reste-t-il inférieur de huit ou neuf citations. Les autres auteurs grecs, Hermas, Athanase, Didyme, etc., ne sont représentés que par un ou deux textes, excepté Origène, qui en a onze. Jean de Damas est donc le plus favorisé, et ce n'est pas par la glose de Strabon que ces citations sont venues enrichir la documentation des Sentences; l'on n'en peut dire autant d'Origène ni de Chrvsostome.

Mais pour avantageux que soit ce nombre, il ne laisse pas d'être fort inférieur à celui des écrivains occidentaux. Quelques chifFresici sont suggestifs : sans parler d'Augustin, qui intervient plus de mille fois, nous rencontrons Hilaire quatre-vingts fois, Ambroise encore davantage, Grégoire et Jérôme une cinquantaine de fois. Fulgence, sous le nom de saint Augustin {De fide ad Petrum), Isidore de Séville, même Bède le Vénérable, qui figurent chacun trente fois ou un peu plus, dépassent en nombre les citations tirées de Jean Damascène. La connaissance de la patristique grecque, on le voit, a dû se développer en Occident depuis l'époque de Pierre Lombard.

Une autre constatation porte sur le choix des chapitres

I. Il faut réduire à vingt-six le nombre des citations différentes, car un texte du chapitre v revient deux fois; voir le cliap. m, appendice A, p. a4i.

a. Nous suivons ici les indications fournies par Baltzer dans l'ouvrage utilisé plus haut, p. 142, 146, etc.

utilisés par le Magister. Le lecteur a pu remarquer déjà que toutes les citations sont empruntées au commencement du traité de l'incarnation, par lequel s'ouvre le troisième livre du De fide or thodox a. Ce choix, restreint à ces sept chapitres (III, 2-8), est assurément étonnant; Baitzer en avait déjà fait la remarque^, et l'on se demande si le Lombard n'a pas eu connaissance des autres parties de l'ouvrage. Comment expliquer cette particularité? Est-ce l'importance des débats théologiques du xii® siècle qui aurait exclusivement fixé l'attention du compilateur sur les chapitres de Jean Damascène relatifs à ces problèmes? ou bien, est-ce la différence des points de vue dans l'exposé des théories grecques, qui aurait dépaysé le Magister^, an point de le faire renoncer aux ressources contenues dans ces pages ? Nous ne le croyons pas; car, à plusieurs reprises, c'est dans ses chapitres sur la Trinité que le Magister invoque des textes empruntés au De Incarnatione du Damascène ; le premier livre des Sentences , que nous appellerions volontiers le traité De Deo uno et trinOy fait intervenir jusqu'à huit fois le nom du docteur de Damas. Une fois même, le Magister l'introduit avec une formule d'éloge qui se réclame du nom d'Eugène III ^ : Damascenus inter doctores Graecorum magnus in lihro quem de Trinitate scripsit^ quem et Papa Eugenius transferri fecit.

C'est donc qu'il trouvait chez l'écrivain grec un secours précieux, qui devait l'engager à fortiori à utiliser les pre-

Page 1