Martène, op. cit., p. 818 et
2. II existe, de fait, des manuscrits qui contiennent des citations de Jean Damascène avec celles d'autres Pères (comme ceux de la bibliothèque Mazarine, 63o; de la bibliothèque de l'Arseiial, gSj, etc., etc.). Mais à moins d'avoir des pièces parfaitement dale'es, l'identile' des citations laisserait toujours place à l'hypothèse d'une transcription postérieure, fiiitesurletextemèraedu Lombard, comme le montre l'exemplaire de la bibliothèque de Bâle, O. II, 24 (derniers folios du manuscrit non pagine', eu 1910); le copiste y a donné comme citations du Damascène quelques phrases du Magister Scntentiaruni. De plus, un recueil d'extraits n'eût pas exclu les autres livres du De ftde orthodoxa.
3. Voir FouRNiER, Deux controverses sur les origines du Décret de Gratien^ dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. III, 1898, p. 256-259. Il faut placer la date des Sentences vers ii5o, ce qui laisse peu de jeu pour légitimer l'hypothèse d'un recueil d'extraits intermédiaire; voir plus haut, p. i28-i3o.
actuel de nos connaissances, quelques points d'appui qui en font plus qu'une simple conjecture.
Le premier nous est fourni par l'affirmation formelle du Lombard que nous venons de reproduire. Il donne comme titre à l'œuvre du Damascène : Liber quem de Trinitale scripsit. Ce titre, on le sait, ne convient nullement au De fide orthodoxa, qui vise à donner en un corps systématique toute la doctrine chrétienne. Ce n'est pas la lecture des premiers chapitres qui a pu le dicter au Magister; car il aurait vraisemblablement fait des emprunts à une mine aussi riche et, à supposer qu'il eût sauté au-dessus de la moitié du volume pour arriver au De Incarnatione en passant par la création, les anges, le premier homme, le mal, etc., il ne pouvait maintenir le titre De Trinitate, que ne justifie, à notre connaissance, aucun manuscrit du traducteur pisan. Les premiers chapitres sur l'incarnation, utilisés par le Lombard, permettent à la rigueur qu'on leur donne cette inscription, car il y est question des rapports du Fils avec les deux autres personnes divines ; tandis que la suite du troisième livre, non utilisée par le Magister (HT, getsuiv.), devient exclusivement christologique ; l'on peut même dire que la moitié de tout l'ouvrage à peu près regarde la christologie^. A première vue, les premiers vestiges manuscrits s'ajoutent à ces considérations pour nous faire admettre que le Lombard n'a eu que ces chapitres sous les yeux. Dans deux manuscrits du xii® siècle ou du commencement du XIII®, nous trouvons quelques pages qui ne contiennent que les huit premiers chapitres du troisième livre du De fide orthodoxa. Ce sont les mss. xxxv de la bibliothèque de l'abbaye cistercienne de Reun 2, en Styrie, et 767 de l'abbaye d'Admont. Le titre diffère , il est vrai : c'est le Tractatus lohannis Damasceni de Incarnatione Verhi; mais le contenu se borne aux huit chapitres, dont sept ont été mis à profit par les Sentences. La finale de la transcription porte Amen, et le dernier folio du traité se clôt précisément par la
1. Dans l'ancienne division en cent chapitres, les n9^ 45-8i et 91 sont consacres à celte matière (PG. XCIV, 785-788).
2. Voir plus loin l'élude de cette traduction, p. 262 et suiv.
dernière citation qu'ait copiée le Lombard. Mais cet indice est sans valeur, car la comparaison qu'il nous a été donné de faire avec des passages d'autres manuscrits, qui contiennent sûrement le travail de Burgundio, montre que les pages de Reun et d'Admont sont l'œuvre d'un autre traducteur. Nous aurons l'occasion d'y revenir tantôt.
Il y a lieu de voir si, en dehors des citations indiquées plus haut, une utilisation de JeanDamascène ne s'accuse pas dans le plan général des Sentences. Depuis longtemps déjà, on l'a affirmé et la chose se répète constamment encore dans les ouvrages les plus appréciés i; l'on a même voulu faire bénéficier la Somme de saint Thomas de cette influence damascénienne^. Une étude comparative détaillée sur l'économie des traités du Magister et du docteur de Damas nous mènerait trop loin; nous ne devons l'aborder ici que dans la mesure où la croyance commune infirmerait notre explication précédente. Or, pour peu que l'on compare le plan général des Sentences avec l'ordre suivi par les traités d'Abélard, le De Saci^amentis de Hugues de Saint- Victor et la Summa sententiarum y l'on taxera de superflu tout recours au De fide orthodoxa. Ajoutons que la suite du De Incar^ natione (III, 9 etsuiv.), qui relie à la personne du Christ les développements sur les vertus, les qualités naturelles, les passions, etc. — c'est peut-être le point de contact le plus frappant à première vue — n'a pas eu besoin de se trouver sous les yeux du Lombard pour lui inspirer la même contexture. Ses modèles y suffisaient pleinement ; il n'avait qu'à les combiner entre eux, comme il l'a fait si souvent ailleurs. La Summa sententiarum ^ avait déjà amorcé la même série de questions, et le chapitre sur le timor, pour n'en citer qu'un dans les Sentences'^, n'a rien qui se ressente de Jean Damascène. Un exemple du même genre
I. Bardenhewer, Patrologie, Fribourg, 1910, p. 5o5 ; Krumbacher- Ehrhard, Ge.schicliteder Byzantinischen Literatur, Munich, 1897^ p. 70.
1. Voir M. DuFFo, Saint Jean Damascène, source de saint Thomas, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1906, p. ia6 et suiv,