Op. cit.^ p. 291 ; voir aussi p. i63, 345 et
262 LE MOUVEMENT THÉOLOGIQUE DU Xlh SIÈCLE.
nous ont conservé le travail de Grossetéte. C'est une traduction nouvelle, non pas originale, mais qui remanie celle de Burgundio en tenant compte de manuscrits grecs. Leland et Baie avaient donc raison. L'examen du texte et des notes marginales le fait voir à l'instant. En outre, une note placée en tête du ms. 20 et du ms. 34 (fol. 211^) indique clairement le genre du travail auquel s'est livré Grossetéte et son groupe d'hellénistes.
Après la liste des chapitres qui prend trois colonnes du folio I (ms. 20), se trouve l'indication suivante ' : Expl, Capitula lïbri îohannis Damasceni numéro centum et unum. Correxit autem Dommus R. Lincolniensis ep. çeterem translationein et inseruit etiam multa quae transtulit ex Greco exemplari quae in çeteri translatione non hahentur. Intitulatur autem liber iste S. Iohannis Damasceni ^ocati Masur editio diligens de orthodoxa fide. Inc. liber Joli, Dam. secundum translationem Domini 11. Lincolniensis episcopi.
La diffusion de cette traduction, surtout dans les milieux anglais, lui donne de l'intérêt; mais ce qui fait avant tout sa valeur, c'est sa fidélité à suivre le grec; l'auteur a eu soin de collationner un certain nombre de manuscrits et les notes marginales indiquent fréquemment le résultat de ses recherches et de ses comparaisons. Il en surgit de réels avantages pour la fixation du texte du Damascène^.
L'autre traduction que nous annoncions tantôt, n'est mentionnée par aucun auteur, semble-t-il; mais nous en possédons au moins deux manuscrits partiels, et dès le
I. Nous devons à l'amabilité du bibliothécaire E. H. Minns, une photographie de cette note. Elle hidique clairement qu'il s'agit d'un remaniement de la traduction deBurgundio; elle est reproduite par M. Rhodes James [A descriptive catalogue of tlie western manuscripts in the lihrary of Pembroke Collège,, Cambridge, igoS, p. 17) et par L.Baur [Die philosophischen Werkedes Robert Grossetcsie, Bischofs von Lincoln., Munster, 1912, p. i32, dans le volume IX, récemment paru, des Beilràge).
0.. Voir les études déjà citées du P. Hocedez, dans le Musée belge., t. XVII, 1913, p. 109 et suiv., et dans le Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes^ t. 111, 19 13, p. 188-198.
XII® siècle, nous la rencontrons utilisée par un auteur bavarois.
Malheureusement, le fragment qui nous en a été conservé, assez notable sans doute pour nous donner une idée de sa valeur, est fort restreint en comparaison de l'œuvre totale ; il ne représente pas beaucoup plus qu'un dixième de l'ensemble. Ce sont les chapitres i — viii du livre III, d'après la division actuelle du De fideorthodoœa. Ils portent comme titre : lohminis Damasceni de Incarnatione Verhi^ ou Tractatus lohannis Damasceni de Incarnatione Verhi. Les deux manuscrits autrichiens qui nous ont transmis ce texte appartiennent, l'un à l'abbaye bénédictine d'Admont (ms, 767), l'autre à l'abbaye cistercienne de Reun (ms. 35), en Styrie*. Chez l'un et l'autre, le contenu est varié et de plusieurs écritures. Mais la partie qui nous intéresse remonte, dans les deux manuscrits, au début du xiii*^ siècle ou à la fin du xii^. L'extrait du De fide orthodoxa est copié par l'un et l'autre sur un même archétype, dont ils ne s'écartent que fort rarement 2; les minimes divergences mutuelles, qui se rencontrent soit dans cette œuvre, soit dans celle de saint Maxime qui précède, nous autorisent à dire que ces deux manuscrits n'ont pas été copiés l'un sur l'autre. Celui de Reun a-t-il été revu après coup sur celui d'Admont? c'est possible, mais des lacunes dans la révision, et l'écriture tardive de plusieurs des corrections rendent ce point douteux.
L'exemplaire qui s'est trouvé aux mains d'Arno de Reichersberg présente un passage qui manque dans les deux
I. Admont 767, fol. 54^ — 7oi"; Reun 35, fol. Si^ — ôS*". Voir pour le manuscrit de Reun, Die Handschriften-P'erzeichnisse dcr Cistercienser Stifte, Vienne, 1891, t. I, p. 26-28 (dans les Xerda Bernardina, pars 11).
'X. Ils ont l'un et l'autre omis un même passage (Reun fol. OB'", et Admont fol. 56^) ; ce sont les mots : non seminans sed per spiritum sanctum creans, où a;icpij.aTtxôJç, dtXXà ÔTjfjLtoupytxwç, 8ià tou àytou 7:v£U[i.aT0$ (lib. m, chap. 11; PG. XCIV, 985 B). Les mots exponctuësou annote's comme fautifs dans le manuscrit de Reun, sont généralement corrigés dans celui d'Admont. Un examen plus étendu de ces manuscrits nous î^ fait modifier l'appréciation que certains indices nous avaient suggérée à première vue (voir J. Draeseke, Maximus Conf essor und loliannes Scotus Erigena^ Nachtrag, dans les Tlicologischc Studien und Kritikcn^ 191 1, p. 228-3.29).
manuscrils cités^; son texte, fort apparenté aux manuscrits de Reun et d'Admont, est plus complet et, autant qu'il est permis d'en juger, plus correct. Aucun de ces trois témoins ne donne l'indication des chapitres. Nous n'avons pas rencontré jusqu'ici d'autres traces d'utilisation. Gerhoch de Reichersberg (f i 169), qui ne connaît pas, semble-t-il, les œuvres du Damascène, tandis que son correspondant, Eberhard de Bamberg, les cite d'après le Lombard^^ entend parler cependant d'un livre de Sententiae — ce nom a été fréquemment donné au De fide ortliodoxa^ comme on le verra dans un instant — utilisé par Folmar de Triefenstein (*[* 1 181), et qui, à en juger par une ou deux citations, a des points de contact avec le Damascène 3; mais rien ne permet d'identifier la traduction^.
Cette traduction, jusqu'ici inconnue, croyons-nous, n'est pas celle de Grossetéte ; l'âge des manuscrits s'y oppose. Car, pour aussi large qu'on veuille faire l'écart des progrès calligraphiques entre l'Occident de l'Europe et les
I. Apologeticus contra Folmarum, édil. C. Weichert, Leipzig, 1888, p. i3i ; Arno s'écarte ici delà traduction de Burgundio (ms. de Bruxelles 898-98, fol. 17'' : non seminaliter, sed condiiwe per spiritum sanctum). Voir aussi p. i5o, i54, 162, etc.; Arno a eu sous les yeux un autre texte que celui de Reun-Admont et que celui de Burgundio, car p. i5o [op. cit.) il écrit : cum acranton (dey pdcvTw) i. e. incontaminata^ tandis que Reun porte cum immaculata (foî. 61^), et Burgundio : cum incontaminata (fol. i3i^).