Eruditio didascalica, lib. IV, 2 (PL. CLXXVI, 779 C
2. « Synodicorum exemplarium... diversitatem inconsonam, deslruentem magis quam aedihcantem prospiciens », dit le prologue de la Collectio Hibernensis d'après quelques manuscrits (édit. V\ asserschleben, i885, p. I, n. i); même expression dans une préface de la Prisca collectio publiée par Mm^ Spicilegium romanum^ t. VI, p. 8975 Burchard, épître dédicatoire (PL. XL, 537 A).
3. Voir les textes dans Vering, Zur gcschichte der Pacnitential-Bil" cher [Jrchiv fur katholisches Kirchcnreclit^ t. XXX, 1873, p. 217, n. i, et p. 218).
4. De excommunicatis vitandis (MGH. Libclli de Lite, t. II, p. 139).
5. Op. cit., dans Mai, Nova Patruni Bibliotheca, t. VJI, pars ni, p. i, 10. Unecollectioii intitulée Canoniun prisca collectio, et signalée par Mai qui en publie les titres {Spicilcgiuni romanum. t. Vï, 397 ; ms. du Vatican, lat. 1349), 3 le prologue, cité tantôt, de V Hibernensis. Un remaniement de la Panorniia d'Yves, conservé dans la collection en dix livres, e'met une plainte semblable; voir la préface dans Theinrb {op. cit., p. 167, n. 8 de la page 166).
s'inspireront beaucoup de ses idées, et, même après Gratien, Etienne de Tournai transcrira dans son prologue un passage d'Yves ^ Les pages de cette préface sont fréquemment recopiées sous le titre : De consonantia canonum^ comme si elles constituaient un traité à part. Alger de Liège, Abélard et d'autres ont sous la plume les mêmes aveux 2. Il n'est pas jusqu'au titre même de l'œuvre de Gratien qui ne porte la marque de cette situation, dont souffre le droit canon comme la théologie ; la juxtaposition des mots qu'il emploie est, par elle-même, assez parlante : Discordantium canonum concordia^ dit-il ; ce n'est qu'après un certain nombre d'années que le nom de Decretum a supplanté ce premier titre de cette partie du Corpus luris^.
Les commentateurs du Décret, comme Roland, Rufin, Etienne de Tournai, la Summa Lipsiensis, la Summa Parisiensis, Huguccio de Ferrare, etc., ont plus d'une fois insisté sur la portée de cette Concordia'^, En théologie, Pierre Lombard a, lui aussi, de nombreux passages, où il juxtapose les « autorités m et « détermine », c'est-à-dire donne sa solution, dans un sens qui aboutit habituellement à la concordance : c'est un des grands principes qui commandent tout son exposé. Ses commentateurs en font autant. L'auteur des sentences du manuscrit de Sidon ne dissimule pas la fatigue qu'il éprouve à établir le fait de ces conciliations^.
1. Die Summa des Stephanus Tornacensis, édit. vonSchulte, Giessen, 1891, p. 4.
2. Voir plus loin les textes ou les références. Sur le prologue d'Yves et ses transcriptiçns. l'on peut consulter Fournier, article cité de la Bibliothèque, de l'Ecole des Chartes, t. LVIII, 1897, p. 3i5 et suiv.
3. Voir VON ScHULTE, Die Geschichte der Quelle n. etc., p. 48, n. 8, qui n'admet pas l'avisde Sarti-Fattorini {op. cit., p. 343). Sur le vrai titre, Concordia, et non Concordantia^ voir la note de Heyer, dans la Zeitschrift der Saingny-Sti/tung fur Rechtsgeschichte^ t. XXXIII, Kanonistische Abteilung, t. II, 191 2, p. 336-342, déjà citée plus haut.
4. Voir, parmi les œuvres imprimées, Paucapalea {Die Summa., édit. vonSchulte, Giessen. 1890, Introductio, p. 3) ; Roland Bandinelli {Die Summa., édit. Thaner, Innspruck, 1874, Praefatio, p. 4); Rufin {Die Summa Decreforum., édit. Singer, Paderborn, 1902, Praefatio, p. 5); Etienne de Tournai {Die Summa, édit. \on Schulte, Giessen, 1891, Praefalio, p. 5); voir d'autres références, plus haut, p. 122, n. 3.
5. Ms. du Vatican, lat. i345. Voir le texte dans P. Fournier, article cité de la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. LVIII, 1897, p. 664, n. 3.
324 LE MOUVEiMENï THÉOLOGIQLE DU XI^ SIÈCLE.
Parmi les canonistes postérieurs à Gralien, qui insistent sur l'harmonisation des « autorités », il faut mentionner un certain Pierre de Blois, neveu de l'archidiacre de Bath, qui utilise les travaux des glossateurs pour composer après i i8o son Opusculum de distinctionihus in canonum interprétatione adhïbendis y si\>e spéculum iuris canonici'^. La préface, dédiée à l'archevêque de Reims, Henri, semble-t-il, s'exprime sans détour au sujet des conflits des canons; les métaphores employées dénotent même une certaine emphase ; elles ne manquent pas non plus dans la suite de l'ouvrage. L'auteur a constaté, dit-il, « carias inter canones rehelliomun insidias », et il a fait tous ses efforts, « ut inter illam canonum repugnantiam... pacis foedera reformarem ». Plus loin, son langage n'est pas moins expressif : « ut igitur graves et fere inexorahiles canonum discordias ad tranquillitatem pacis, mediante distinctionum remedio, redigamus- ». Tout l'ouvrage est consacré à l'harmonisation des textes d'après un certain nombre de principes qu'il expose au début et dont nous parions plus loin ; l'auteur reste fidèle aux métaphores guerrières du début : « j^ebellio conquiescit » ; entre les canons divergents, ou les dicta sanctorum patrum, il met tout son art à faire intervenir des traités de paix : « Contrarietas... fœderatur » .
Si des théologiens ou des canonistes, voués au travail de la codification, nous passons aux nombreux écrivains de l'époque qui s'occupent d'une question de théologie, nous constaterons partout l'aveu de la même difficulté. Sans remonter jusqu'à la période carolingienne, nous le trouvons nettement énoncé par Hériger de Lobbes dans son écrit sur l'eucharistie, jusqu'ici habituellement attribué à Gerbert (Silvestre II) 3, puis chez divers polémistes engagés dans la controverse bérengarienne, comme Guitmond d'Aversa, Alger de Liège, Grégoire de Bergame, Guillaume de Saint-
1, Édit. Th. Aug. Reimarus, Berlin, 1837; sur la personne de l'auteur, sur la date de la composition du livre, etc., voir la préface de l'éditeur, p. xxxiii-xlviii, l, etc.; von Schulte, op. cit.^ p. ao8.