‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 187 sur 228 · PL. CLXXVIII, 1339 A, et Epislola 11 [ibid., 34i B · texte numérisé non relu

PL. CLXXVIII, 1339 A, et Epislola 11 [ibid., 34i B

326 LE MOUVEMEiNT THÉOLOGIQUE DU XIF SIÈCLE.

pondants^. Dans la lettre citée plus haut, Gerhoch de Reichersberg a la même expression 2; l'interprétation qu'il en donne, à en juger par les paroles qui précèdent, a même quelque chose d'ouvert et de profond, qui contraste avec son horizon ordinairement plus fermé. Par suite, l'on est en droit de se demander si l'auteur s'est bien rendu compte de l'étendue des idées qu'il ouvrait à son correspondant. Arno, son frère, a plusieurs fois la même formule sous sa plume 3. Vers la même époque, elle se trouve encore dans la préface de la Siimma de Robert de Melun ou d'un remaniement amplifié de cette œuvre ^. Tous affirment le résultat heureux de ces essais de concordance. Il faut voir maintenant comment les canonistes ou les théologiens en étaient arrivés là, et quels échanges mutuels entre les deux sciences ont provoqués ces tentatives exégétiques.

Un des premiers noms à citer ici est celui de saint Isidore de Séville, car le procédé qu'il emploie, dans les cas de divergence entre deux canons, sera souvent rappelé parles canonistes qui lui succèdent. Le docteur de Séville restreint sa solution aux décisions des conciles : chaque fois qu'un décret se présente qui ne concorde pas avec ceux d'autres synodes, il faut s'en tenir à celui dont l'autorité est plus ancienne ou plus considérable ; ïllius teneatur séntentia cuius antiquior aut potior e.rstat aiictoritas^ .

1 . Epistola III et xxviii, dans Hugo, Sacrae Antiquitatis Monumenta^ Saint-Dië, lySi^ t. II, p. 33o et 365.

2. Lettre à Eberhard de Bamberg (ms. de Bruxelles, Bibliothèque Royale, n° 1840-48, fol. 56) : « ecce duo patres orthodoxi quasi duo cherubira vultibus contra se uniceversis videntur adversi, cum sintsohimdivisi, contuendo utium propiciatorium ^ propterquod eorum diversitas condu<ûtur in unuui ».

3. Jpologetlcus contra Folmarum (cdit. Wetchekt, Leipzig, 1888, p. 244 et passim). Le même auteur parle d'Augustin, d'Hilaire, d'Athanase, de Jérôme, de Jean Damascène, etc., à propos des dissonantiae (P- 79, 9^, 186, 24i, etc.).

4. Ms. de Bruges, 191 \ prologue : Demodocolligendisunimas et docendi, fol. 6^; voir II. Martin, O. P., Revue Thomiste, X.XXl, i()i3,p. 673).

5. Epistola IV, n. i3 (PL. LXXXIII, 901 D); Gratikn, Dist. L, can. 28 (à la fin).

Cette solution est reprise par Gratien dans sa Concordia^ et, avant lui, elle se rencontre dans la préface d'un exemplaire de VHibernensis^, dans celle de la Prisca canonum collectlo^, chez Alcuin^, chez Burchard de Worms^, chez Anselme de Lucques^, chez Yves de Chartres^, dans le Po- Ifcarpe^, sans parler de Raban Maur^, d'Alger de Liège ^^, de Deusdedit^i et d'Abélard^2

Faut-il voir dans cette solution un écho de la fameuse Loi des citations *^, portée sous Valentinien III, et qui donnait la prépondérance à la majorité des avis ou en cas de parité, au groupe qui pouvait se prévaloir de l'autorité de Papinien? Le fait n'a rien d'invraisemblable : Isidore avait quelque connaissance du droit romain*^.

En tout cas, il ne s'agit pas encore ici d'un essai systématique de concordance. C'est Hincmar de Reims, le grand canoniste de l'époque carolingienne, qui prendra l'initiative sur ce terrain. Sans doute, son traité est perdu dans sa teneur originale, mais il semble que des travaux récents permettent de le reconstituer en grande partie, grâce à un manuscrit aujourd'hui inconnu, utilisé jadis par Torrès

I. Dist. L, can. 28, Domino sancto; et Causa XXXIII, quaest. u, can. II, Hoc ipsutn.

a. Édition citée, p. i, n^ 6.

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