Hic et Non, Prologus (PL. CLXXVIII
été énoncées, mais quelques-unes sont d'une originalité et d'une justesse qui exige pour ce prologue une place à part dans une histoire de la critique, comme l'a déjà fait remarquer M. Saltet^.
Après avoir constaté que la lumière du Saint Esprit, qui a guidé ces écrivains, nous fait défaut dans la lecture de leurs œuvres, il en vient à indiquer une première cause de difficulté : l'emploi des mots dans un sens étranger à l'ordinaire {inusitatus locutionis modus)-, ou l'emploi du même mot dans des significations différentes [ac plerumque earumdem çocinn significatio dwersd) : conséquence d'une règle de goût qui veut la variété dans l'expression, selon le précepte de Cicéron, ou exigence de l'auditoire qui demande, surtout s'il s'agit de l'instruire, une adaptation à son propre langage plutôt que le maintien de la propriété des termes ; ce principe est appuyé sur Priscien et sur saint Augustin (i 339-1 340 C). C'est toujours, du reste, remarque Abélard, une entreprise téméraire que de vouloir juger du fond de la pensée d'autrui, que Dieu seul peut connaître (i34o C).
Un autre motif qui fait croire à l'existence de contradictions chez les Pères est l'inauthenticité des œuvres en question, ou l'état corrompu du texte qui nous les livre (attendi conçenit ne . . . falsa tituli inscriptione^ vel scripturae ipsius corruptione, fallamw\, i34o D — i34i); les apocryphes voyagent sous le pavillon des saints auteurs, qui couvre la marchandise; les livres sacrés eux-mêmes sont exposés à des erreurs de copistes. Abélard termine en s'inspirant de la réflexion bien connue d'Augustin, qu'Anselme de Laon apportait uniquement comme moyen de conciliation*^.
La remarque suivante porte sur les passages qui ont été