Développement des doctrines communes
Débiteur de la théologie sur le terrain des instruments de travail, le droit canon devait l'être bien davantage encore, à partir de Gratien et de Pierre Lombard, dans le domaine des matières théologiques. Les relations des deux disciplines deviennent si intimes, qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de les séparer désormais dans l'étude historique de certains traités dogmatiques. C'est surtout dans les problèmes relatifs aux sacrements que s'accuse cette
I. Commentaria in régulant S. Bencdicti^ chap. lix (PL. Cil, 906 B); Gkatiew, Causa XX, Quaest. i, can. 4, Quicumque.
a. Ms. de la bibliothèque de Cambrai, 612, fol. a58*".
identité des préoccupations ; mais ailleurs aussi elle apparaît. Pour ne pas allonger démesurément ces pages, nous nous bornerons ici à quelques indications générales^.
Cette attention donnée aux sacrements simultanément par les théologiens et les canonistes, ne se borne pas, comme on serait tenté de le croire, à la question de la validité. La discussion de ces problèmes fortement débattus pendant la lutte des investitures continue à alimenter l'activité des théologiens et des canonistes durant tout le xii® siècle ^. Mais le traité des sacrements, aussi bien le De Sacramentis in génère^ que chaque sacrement in specie, se retrouve dans des fragments qui se complètent et s'éclairent les uns les autres, chez les canonistes et chez les théologiens. De là vient que le théologien Pierre de Poitiers laisse des questions entières aux canonistes^, tandis que certains canonistes, qui se refusent à s'occuper de sujets comme la pénitence, les renvoient aux théologiens, ou les expédient en quelques mots : tels, Roland Bandinelli, Paucapalea, Rufin, Etienne de Tournai, etc. '^. Néanmoins, même les auteurs qui élaguent certaines questions de leur programme, ne renoncent pas à traiter un bon nombre des matières communes. C'est ainsi qu'un traité complet gardera indéfiniment sa place dans les deux sciences, celui du mariage, où la question des impedimenta aurait dû faire l'objet du seul enseignement canonique. Les longues pages que lui consacre Pierre Lombard expliquent le rôle
1. Nous comptons les détailler, chacune selon leur importance, dans un travail plus de'veloppé sur la matière et dont les présentes e'tudes sont en partie la préparation.
2. Le seul traité de l'ordre a déjà fourni ample matière auxchap.xv- XX de l'ouvrage souvent cité ici de M. Sallet (p. 290-361).