Ms. du Vatican, lat. i345, fol
6. II se comparait à la corneille, comme on l'a vu plus haut: « accipe quod ex aliorum armariis excrustavi.,. cum cornicula alienis pennis me omavi ». Epistola xxxvi, dans Hugo, op. cit,, t. II, p. 38o.
sent la survivance à des idées et à des expressions qui risquaient d'être submergées; celles-ci parviennent à affleurer encore de temps à autre. Quand on lit la série des glossateurs connus, Paucapalea, Roland, Etienne de Tournai, Simon de Bisiniano, Rufin, Gandulphe, Tancrède, Laborans, Jean de Faenza, Sicard de Crémone, Huguccio de Ferrare, et celle des œuvres anonymes, comme la Summa Lipsiensisj \3i Colofiieiisis^ la. Paris iensis^ etc., l'on est frappé du nombre des renseignements qu'ils fournissent sur cette histoire primitive de la systématisation sacramentaire. Quelques vestiges en ont été conservés dans les gloses marginales des anciennes éditions du Corpus luris, dont l'étude est des plus suggestives. Les notes marginales des manuscrits de Pierre Lombard trahissent souvent les mêmes préoccupations que celles des anciens glossateurs du Décret: sur la définition ou la description du sacrement, par exemple, Huguccio a des notes qui se retrouvent plus ou moins identiques chez les annotateurs anonymes du Liber Sententiarum * ; il en va de même avec les groupements des sacrements selon l'ordre de leur dignité 2. En attendant que des éditions viennent au jour, comme celles deThaner pour Anselme de Lucques, ou de Singer pour Rufin, il faut se contenter ici d'indiquer quelques-uns des chapitres les plus féconds.
La définition du sacrement, esquissée par les canonistes^, avant dépasser chez Abélard, achève de se compléter et de se répandre par les travaux de Hugues de Saint- Victor, de
1. Voir l'article cité sur Les notes marginales du « Liber Sententiarum ^,àdins\di Revue (T ffistoire ecclésiastique, t. XIV, igiS, p. 717 ; ajouter aux auteurs qu'on y mentionne Huguccio, ms. cite', fol. 35o'.
2. Voir, par exemple, le ms. de Bruxelles, Bibl. Royale, 427, fol. iSS*", et la Summa Monacensis,D\st. XCV, can. 6 (ms.de Munich, Hofund Staat Bibl., lat. 16084, fol. iS^"); voir Gillmann, op. cit., p. 12.
3. Elle est déjà chez Ëérenger {De Sacra Cœna, édit. Vischer, Berlin, 1834, p. 192 et 193); M. Fourrât, dans son excellent travail surla Théologie sacramentaire, Paris, 1910, p. 3i et suiv., n'a pas tenu assez compte, croyons-nous, de ces sources canoniques. Nous reviendrons sur cette définition et son origine dans notre étude sur les sacrements; l'on trouvera quelques indications dans notre article sur V Eucharistie au XII^ siècle en Occident, dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, t. V, p. 1267 et suiv.
la Summa sententiarum , de Pierre Lombard et des glossateurs canonistes ou théologiens, qui la reproduisent ou la discutent, à propos surtout de certains sacrements, comme l'eucharistie, le mariage, la pénitence. Une particularité intéressante réside dans le fait que beaucoup de canonistes voient le sacramentum dans l'objet matériel sanctifié par le rite; Hugues de Saint- Victor partage cette opinion; Huguccio ne constate même pas d'inconvénients à nommer l'évêque un sacramentum ^ .
L'histoire des doctrines sur le caractère sacramentel, si nettement exprimé par Innocent III, peut puiser à pleines mains des renseignements chez les premiers canonistes successeurs de Gratien : ce qui montre à l'évidence combien était téméraire l'affirmation ancienne qui ne voulait dater la naissance de cette doctrine que des décrets du grand Pape 2.
La différence entre les sacrements et les sacramentaux se précise aussi à la lecture des glossateurs canonistes. Le mot, employé pour la première fois par Pierre Lombard — mais non par son abréviateur Gandulphe — se retrouve sans cesse, chez Huguccio par exemple, bien avant le temps d'Alexandre de Halès. Un intérêt spécial s'attache ici aux développements sur la liturgie et la consécration des églises'^
L'affirmation nette et claire de la causalité des sacrements ne se développe pas encore au point d'aborder l'exa-
1. Ms. de Munich, lat, 10247, fol. ^9''; voir Gillmann, article cité, p. 3i, n. 3.
2. L'on peut lire à ce sujet un article richement documente', selon son habitude, de Fr. Gilhnann, professeur de droit canon à Wurzbourg, Der Sakrameiitale Charakter hei den Glossatoren, Rufiniis^ etc., dans la revue Der Kalholik, XC"anne'e, i9io,t.l, p. 3oo-3i4ett. II, p. 21 5. L'ouvrage de Brommer [Die. Lehre vom Sakramcntalen Charakter in der Scholastik bis Thomas voit Aqiiin inclusive^ dans les Forschungcu ziir christlichen Literatur-uridDogmengeschichte,\.W\\l^ 11, Paderborn, 1908) s'en lient surtout aux sources imprimées ; il rend néanmoins excellent service.
3. Nous ne pouvons mieux faire, pour ne pas multiplier les citations, que de renvoyer le lecteur à une étude très documente'e du professeur Gillmann, déjA citée : Die Sicbcnzahl der Sakramente bci den Glossatoren des Gratianischen Dekrets (extrait de la même revue, Der Katholikj 1909, septembre, Mayence, 41 PP.)*
men du mode d'efficacité. Par contre, les classifications des sacrements el des sacramentaux et l'affirmation du nombre septénaire fournissent à l'historien du dogme et de la théologie des matériaux de plus en plus amples; un extrait de Sicard de Crémone, qui attire encore au xv*' siècle les éloges d'un copiste, dira par lui-même tout l'intérêt qui s'attache à cette étude; on peut le trouver dans un manuscrit du Vatican'. Sicard, qui écrit entre 1180 et 1190, énumère ici des groupements dont quelques-uns mêlent ensemble les sacrements et les sacramentaux. Ces classifications des sacrements et des sacramentaux en quatre catégories manifestent une fois de plus les rapports des deux sciences. S'il y a lieu de croire qu'à la base de ces groupements, qui rappellent jusqu'à la terminologie du Victorin, se trouvent les principes exposés par Hugues de Saint- Victor, c'est chez les canonistes qu'on en constate les premières formules complètes et les premiers développements ; puis un théologien fait siennes les unes et les autres, Simon de Tournai, dans le dernierquart duxii" siècle^, et plus d'un siècle plus tard, on les rencontre encore dans les notes marginales qui servent de commentaire au texte de Pierre Lombard^. Quant au nombre septénaire, l'affirmation nette et claire s'en rencontre chez un certain nombre des premiers glossateurs du
I. Ms. de la Bibliothèque du Vatican, Palat. lat. 362 : « Incipit tractatus breviset utilis de quatuor speciebus sacramentorum que sunt praeparatoria, salutaria. veneratoria et ministratoria, que pulchre déclarât Sycardus Crémone (fol. 164^"). In nomine Doniini, amen : Ad instar quatuor in tabernaculo columnarum, quidam aiunt quatuor esse species sacramentorum. Sunt enim sacramenta praeparatoria... salutaria... veneratoria, ministratoria... Alii ad instarseptemdonorum, seplem ponunt maneries sacramentorum. Sunt enim principalia sacramenta baptismus,... confirmatio,... eucharistia,... paenitentia,... extrema unctio,... ordo,... coniugium i (loi. i65'"'). Le même texte est donne' parGiilmann, d'après deux manuscrits de Bamberg et de Munich (0/^. cit., p. 20-21).
\t. Les textes des canonistes et de Simon, ainsi que les emprunts à Hugues sont indiques dans notre étude : La « species qiiadriformis sacramentorum » des canonistes du XI 1^ siècle et Hugues de Saint- Victor, dans la Revue des sciences philosophiques et Ihéologiques, t. VI, 1911, p. 527-537, que nous reproduisons dans l'appendice E. 11, p. 359.
3. Article cite:. Les Notes marginales du Liber Sententiarum, dans la Hevue d'Histoire ecclésiastique, t. XIV, 191 3, p. 53o-53i.
344 LE MOUVEMEiNT THÉOLOGIQUE DU XII'^ SIECLE.
Decretwn; citons parmi les premiers en date, Etienne de Tournai^ et la Summa Coloniensis'^; les divisions en saciamenta Jiecessitatis et çoluntatis sont communes aux canonistes (Summa super Decretum^^ Jean de Faenza, Summa Colonîensis^), Sicard de Crémone, et aux théologiens (Sententiae dwinitatiSy le Tractatus de Sacramentis du Magister Simon ^, Robert Paululus, etc.).
Tout cela regarde les doctrines du De Sacramentis in génère. Les parties relatives à chaque sacrement présentent un champ non moins étendu. Citons les questions qui concernent la confirmation, la notion de sacrement dans le mariage, son essence, ses fruits, la réitération de l'extrêmeonction, qui est fréquemment débattue, son institution, etc.
L'eucharistie, la présence réelle, la transsubstantiation fournit matière à de longs et instructifs développements dogmatiques, dont quelques vestiges subsistent encore dans les gloses marginales du Corpus luîHs; par exemple, celles sur l'interprétation de la profession de foi de Bérenger, sur la permanence des espèces*^, etc.
La pénitence fait encore, de temps à autre, même chez Huguccio, l'objet d'un traité spécial. Les développements que prend le De Paenitentia chez Gratien, et l'importance des problèmes qu'il y examine, donnent à ses commentateurs une haute valeur dans l'histoire des doctrines^. Un des résultats qui s'en dégagent est la solution de la difficulté déjà ancienne au sujet de la soi-disant hésitation de Gratien sur la nécessité de la confession. Si l'on éclaire le traité par
1. Voir l'article déjà cité de Gillmann, passim, et la note de Heyer, Ein frulikanotiistischcs Zeugniss fur die Zicbenzahl der Sakramentc ^ dans la Thcologische Reuue^ t. XI, 191 2, p. 189-19 1.