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de préférence à d'autres qui forcent la note ou se contentent d'énoncer le fait sans l'expliquera
Le premier écrivain chez qui nous la lisons est, à notre connaissance, Anselme de Laon^', dans sa lettre à Héribrand de Liège. Il devance donc en ce point Abélard; mais celui-ci contribue surtout, croyons-nous, à la vulgariser. Il l'emploie dès 1121, dans la fameuse lettre aux moines de Saint-Denis '. L'avait-il déjà rencontrée chez son ancien maître? Nous le croirions volontiers; car, s'il la cite ici, c'est pour rejeter aussitôt l'application qu'on en pourrait faire au cas présent. Quoi qu'il en soit, c'est surtout dans le prologue du Sic et Non qu'il convient de la lire; car ici Abélard la fait manifestement sienne et tous les principes exégétiques qu'il y émet, les clefs de solution qu'il fournit, comme nous dirions de nos jours, donnent à la formule l'appui critique le plus solide que nous présente le moyen âge ; plusieurs des remarques qu'il y énonce sont fort judicieusement conçues; elles préludent de loin à la science de la sémantique et font à cette préface une place à part dans l'histoire de l'exégèse historique. Si plus d'une fois l'application en fut faite trop hâtivement pour ne pas demeurer superficielle, les principes émis avaient réellement de quoi faire disparaître \ adversitas des opinions, pour ne plus laisser constater que leur diversitas : ce qui n'est plus une oppo-
1. Dans sa fameuse préface qui fait époque en droit canon, Yves de Chartres a souvent les mots : non adversari, non se impugnare, non a se distarc, non dissentire ; mais si les principes qu'il émet contiennent une explication fort judicieuse des antinomies, il n'a, croyons-nous, créé aucune formule qui les exprime {Prologus, en tête du Decretum; PL. CLXI, 17 G, 48 D, etc.). Dans la préface de son Liber de juisericordla et iustitia, Alger de Liège présente, comme expression, un progrès sur Yves et prépare peut-être la formule qui fait l'objet de cette note : ut nullam contrarietatis discordiam parai'et aliqua eo/'um diuersitas (PL. CLXXX, 858 A); varie loquuntur, sed non contrarie. (De Sacranientis Corporis et Sanguinis dominici, lib. I, 17 ; PL. ibid., 790). Quant à Pierre Lombard, il se défend de voir des contradictions entre les expressions des Pères, mais ne crée aucune formule spéciale, pas plus qu'il n'est l'auteur d'aucune méthode ferme dans sa deterrninatio auctoritatum : sed ne tanti auctores (Origène et Grégoire le Grand) sibi contradicere in re tanta videantur, illa verba Gregorii bénigne interpreteinur (Sententiae, I, Dist. ix, 12). Gautier de Mortagne ne fait pas plus que le Lombard : il constate les divergences verbales, mais se refuse à voir des oppositions dans l'idée : dissentire in verbis, non in sensu repugnare videntur (Epistola iv, ad Albcricuni rnagistrum, dans d'Achery, Spicilegium, Paris, 1723, t. III, p. 523). Une sage remarque de Durand de Troarn au xi*^ siècle, qui veut le souci du contexte dans l'interprétation de la Bible, mérite aussi d'être rappelée ici {De corpore et sanguine Ckristi, pars V, p. 11 et i3; PL. GXLIX, 1392 A et 1394 JBG ; voir aussi Heurtevknt, Durand de Troarn, Paris, 1912, p. 237-238).