‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 206 sur 228 · Singer, op. cit., p. cxx · texte numérisé non relu

Singer, op. cit., p. cxx

3. C'est ainsi que le désigne une ancienne copie de la bibliothèque de Moulins, ms. 22, fol. lOC'.

THÉOLOGIE ET DROIT CANON AU XI° ET AU XII'^ SIECLE. 36j

l'initiateur de cette classification usuelle chez les canonistes. L'expression dont se sert Etienne de Tournai : si vocabulorum novitatem non abhorres, comme pour donner un passeport à sa terminologie, dit également que cette classification était à ce moment de date fort récente. Mais lui-même, où l'a-t il trouvée?

L'a-t-il systématisée de toute pièce? L'a-t-il seulement énoncée dans une formule plus précise et plus complète ? L'aurait-il rencontrée toute faite chez un de ses modèles?

Il serait sans doute téméraire de rejeter d'une manière absolue la troisième de ces hypothèses. Dans l'état actuel de nos connaissances, l'on peut dire d'une façon générale que ce que nous savons des habitudes du xii'' siècle laisse toujours ouverte la possibilité d'une transcription littérale, et le terrain de l'inédit n'a pas encore été assez déblayé pour qu'on puisse dès maintenant refuser toute vraisemblance à une trouvaille éventuelle de ce genre. Mais, queRufinse soit trouvé devant un texte qu'il n'ait eu qu'à s'approprier, ou qu'il ait forgé tout seul l'énoncé de sa classification, ce que nous croyons pouvoir établir, c'est que Hugues de Saint-Victor est entré pour une large part dans l'élaboration de cette formule : singulière destinée de ce mystique qui, en théologie, en histoire, en droit canon, en pédagogie, en ascétisme, etc., se place parmi les esprits les plus ouverts et les plus féconds de son siècle, au point d'alimenter pendant plusieurs générations, à Paris et à Bologne, les écrits des dialecticiens, des canonistes et des théologiens.

Les nombreux objets groupés par Hugues sous le nom de Sacramenta se rangent à ses yeux en trois grandes catégories* : il y a les sacrements dans lesquels consiste principalement le salut, et qui le confèrent, par exemple le baptême et l'eucharistie ; puis, viennent des sacramenta qui ne sont pas nécessaires au salut, mais sont utiles à la sanctification, parce qu'ils permettent d'exercer la vertu et d'acquérir la grâce, par exemple l'eau bénite, la cendre, etc.; il y a enfin les sacramenta qui n'ont pour but que de préparer les éléments nécessaires, soit dans les personnes, soit dans les choses, pour la collation des autres sacrements; en résumé ceux de la première catégorie sont institués pour le salut, ceux de la seconde comme exercice, ceux de la troisième comme préparation. Voici le texte complet :

Tria gênera sacraraentorum in prima consideratione discernenda occurrunt : sunt enim quaedam sacramenta, in quibus principaliter salus constat et percipitur; sicut aqua baptismatis et perceptio corporis et sanguinis Ghristi. Alla sunt, quae etsi necessaria non sunt ad salutem... proficiunt tamen ad sanctificationem ; quia his virtus exer-

I. Ce n'est pas le moment d'examiner ici si la définition des sacrements ne convient que dans un sens analogique ù ces diverses classes ; cette question sera traitée ailleurs.

ceri el gratia amplior acquiri polest, ut aqua aspersionis et susceptio cineris et similia. Sunt rursum alia sacramenla quae ad hoc solum instituta esse videntur, ut per ipsa eaquae caeteris sacramentis sanctificandis et instituendis necessaria sunt, quodammodo praeparentur et sanctificentur, vel circa personas in sacris ordinibus peiTiciendis, vel in iis quae ad habitum sacrorum ordinum pertinent initiandis, et caetera huiusmodi. Prima ergo ad salutem, secunda ad exercitationem, tertia ad praeparationem constituta esse videntur ^

Plus loin, au moment de commencer en détail l'exposé des sacrements de la nouvelle loi, il reprend sa classification et ajoute aux anciennes désignations, des termes nouveaux :

Distinximus sacramenta alia esse salutis, alia administrationis, alia exercitationis. Prima ad remedium, secunda ad offîcium, tertia ad exercitium 2.

Il commence son exposé, conformément au principe historique qui le guide habituellement, par les praeparationis sacramenta, qu'il appelle indistinctement sacramenta administrationis sive praeparationis. C'est la classe des praeparatoria des canonistes : il y fait entrer, outre la consécration des églises, les ordres sacrés, ordines sacri, et ce qui les concerne : et quae circa ordines considerantur, qualia sunt indumenta sacra et vasa et caetera huiusmodi^; tout cela a été traité, dans un même ensemble, avec les ordres sacrés 'î. Ce sont les sacramenta administrationis, sive praeparationis , qu'il dit établis ad officium'^.

Une seconde catégorie, celle qui venait en premier lieu dans son énumération principale : Sacramenta salutis, in quibus salus principaliter constat et percipitur, in quibus salus constare probatur, sacramenta ad remedium, ad salutem constituta^, est détaillée avec le baptême, la confirmation, etc., dans les parties VI, VII, etc., du livre IH.

Enfin le groupe des sacramenta exercitationis, sacramenta ad exercitium, qui figure tantôt en seconde ligne dans son énumération s, tantôt en troisième'-', est décrit plus loin 10 ; il les appelle: sacramenta in quibus etsi principaliter salus non constet, tamen

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