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Epistoladr apostolatu S. Martialis (PL. CXLI

38 LE MOUVEMENT TIIÉOLOGIQIjE DU XII"^ SIÈCLE.

et qui passera à la postérité avec le nom de grand éducateur de ses contemporains^. Autour de la chaire de son école qui exerce son attraction jusqu'en Angleterre et en Lotharingie, se groupent presque tous les écrivains qui prendront la plume dans la controverse bérengarienne; les autres viendront du Bec, dont Lanfranc commence à établir le prestige dès le lendemain de sa fondation par Herliiin. Mais l'éclat de la grande école bénédictine de Normandie ne devait pas survivre à la génération d'Anselme; Chartres, au contraire, était réservée à de plus glorieuses destinées, et Paris devait définitivement tout éclipser, à l'époque d'Abélard et de Pierre Lombard.

Avec l'époque de Lanfranc et des élèves de Fulbert, comme Bérenger, Adelman, Alger de Liège, etc., l'on entre déjà dans un nouveau stade du développement théologique : celui où la dialectique grandissante étend ses incursions bien au delà de son domaine primitif, pour appliquer au contenu de la révélation toutes les ressources de sa subtilité et de sa finesse. Ce mouvement, très naturel d'ailleurs et nécessaire, dans une certaine mesure, chez tout esprit qui veut chercher le pourquoi et le comment, n'était pas né tout à coup; depuis plus d'un siècle déjà il se dessinait vaguement, avec des hésitations dans l'effort et souvent même avec une gaucherie d'allure, qui ne provoquerait que la pitié, si au terme de ces premiers essais, l'on n'apercevait les beaux coups d'aile de saint Anselme'-. C'est ce qui jette quelque intérêt sur ces premiers voyages d'aventure dans la mer ténébreuse de la spéculation, encore que bien souvent les pages qui nous les conservent, ne s'élèvent guère au-des-sus des exercices élémentaires de la dialectique. Que de fois leurs auteurs paraissent emprisonnés dans le formalisme

1. Voir Endbes, article cite du Philosophisches Jahrbiich^ t. XXV, 1912, p. 368-371.

2. Nous nous permettons, pour celte partie, de renvoyer le lecteur à l'étude déjà citée des Studicn dédiés au Prof. Baeumker, p. 79-99.

d'expressions techniques peu comprises ou mal appliquées : tel, ce Jean de Vendières^, abbé de Gorze au x^ siècle, qui, à l'imitation d'Alcuin-, appelle à son aide les catégories d'Aristote exposées par Boèce, pour saisir dans un passage qu'il lit chez Augustin l'explication de la Trinité. Tel encore, Hériger, une des gloires de Lobbes, la « s^allis scientiae », qui voit dans la dialectique un don de Dieu et qui met en ligne ses dernières batteries, en les annonçant pompeusement : ut forti syllogismo concludam ^ ! A côté d'eux, pour n'en citer que quelques-uns, Willeram d'Ebersberg constatera avec regret l'envahissement grandissant de la dialectique, usurpant sur le texte sacré ^*. Les écoliers du cloître de Saint-Emmeran à Ratisbonne, ou de la « Domschule » de Mayence, interpréteront la Bible par la troisième science du « trwiiim », au grand désespoir du mélancolique Othlon de Ratisbonne^. Puis, c'est Wolfgang de Ratisbonne qui suit l'exemple d'Alcuin, en fermant la bouche à un hérétique par la théorie de Boèce sur l'accident 6; c'est Adalbéron de Laon, chez qui la versification latine ajoute encore ses énigmes aux subtilités de la spéculation dialectique ^, pour s'en prendre, comme elle le fera longtemps ensuite avec d'autres, aux relations des personnes divines dans la sainte Trinité ; tandis que chez les prédicateurs, Aristote interviendra jusque dans un sermon

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