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Le XI= siècle

A l'heure où le droit canonique entreprenait la codification de ses nombreux textes patristiques, pontificaux et conciliaires, sous la plume d'Anselme de Lucques, de Deusdedit, ou d'Yves de Chartres, les productions théologiques commencent à se faire plus nombreuses que par le passé ; l'ère du silence ou de la pure reproduction est close. C'est le moment où les vieilles institutions bénédictines brillent d'un dernier éclat, pour céder définitivement le terrain aux grandes écoles cathédrales. Cette période assez courte, qui

I. Voir Thaner, op. infra citât, et ce qui est dit plus loin de son avis, p. 335.

commence vers le deuxième quart du xi^ siècle et qui bénéficie largement du relèvement de la papauté vers io5o, nous mène jusqu'aux débuts du xii° siècle. Parmi les caractéristiques qui la signalent à Tattention, il en est trois que nous devons dégager de l'ensemble, car elles ne sont pas sans connexion avec l'histoire ultérieure de la littérature théologique. C'est d'abord l'opposition entre les partisans et les adversaires de la dialectique appliquée au dogme; puis, c'est le succès grandissant du raisonnement dans les questions dogmatiques; c'est enfin le caractère monographique de la plupart des écrits théologiques de cette époque.

L'exposé de cette période, qui est essentiellement une période de transition, ne demandera pas beaucoup de développements. Qu'il nous suffise, comme pour le paragraphe précédent, de résumer brièvement les grandes lignes : simple orientation qui permette de mieux suivre les manifestations de la vie intellectuelle du xii® siècle, tributaire, lui aussi, des générations antérieures. Quelques ouvrages signalés dans les notes, donneront au lecteur le moyen de contrôler nos affirmations ou d'étendre davantage le cercle de ses recherches^.

La première caractéristique dont la constatation s'impose, pour peu qu'on ait parcouru quelques écrits de l'époque, est l'antagonisme véhément qui se produit entre partisans et adversaires de la spéculation dans le dogme, ou mieux de la dialectique dans l'exposé dogmatique ; car il ne peut être encore question de spéculation proprement dite.

Pour faire admettre en fait la légitimité de son entrée sur le terrain des sciences sacrées, la dialectique eut à subir, au XI® siècle, une lutte plus longue et plus violente qu'auraient pu le faire présager les éloges de Raban Maur et d'Alcuin, qui répétaient Gassiodore ou Augustin 2. Les ser-

I. L'on trouvera d'utiles compléments dans l'ouvrage déjà cité de Grabmann ft. I, p. 179, 212-234). Qu'il nous soit permis de renvoyer le lecteur à notre étude, Dialcctiriue et dogme aux XI^ et Xll'^ siècles, citée plus haut, p. 12, n. i.

■X. De doctrlna christiana, II, 3i et suiv. (PL. XXXIV^ ^7 et suiv.). Voir plus loin, l'appendice B, 5, p. 69.

mons de l'époque, la correspondance des écolâtres ou des dignitaires ecclésiastiques, les commentaires des quelques rares exégètes, voire même les chroniques ou les notices d'histoire littéraire, trop brèves malheureusement, comme celles de Sigebert et du moine de Malmesbury, nous permettent de percevoir les échos, parfois bruyants, de ces controverses^. L'opposition ne se cantonne pas d'ailleurs en un seul pays : elle se rencontre en Italie, chez Pierre Damien^; en Alsace et en Bavière, chez Manegold de Lautenbach, qui répète souvent Pierre Damien'^, chez WiHeram d'Ebersberg^, chezOthlon de Saint-Emmeran^, chez un correspondant de Seifrid de Tégersée, qui méconnaît les services que peut rendre la philosophie '^ ; à Saint-Gall, où Ekkehart IV prélude par son poème ironique aux attaques de Damien et de Manegold^; en Angleterre, chez Wulfstan de Worcester^; en Hongrie, où Gérard de Czanâd^, sans

1. La première partie de l'étude citée plus haut, Dialectique et dogme, fournit les détails sur les manifestations de cet état d'esprit; voir, entre autres, ce que dit de Lanfranc^ le principal chroniqueur de cette époque, Sigebert de Gembloux, dans son De Scriptoribas ecclesiasticis , n, i34 (Bérenger) et i55 (Lanfranc; PL. CLX, 682); ou plus tard, Guillaume de Malmesbury, Gesta Pontificum Angloiiun^ lib. II, 74 et IV, 189, dans les Rer. Brit. Script.^ t. LU, p. i5o et 280-281.

2. Opusculum de divina omnipotentia^ cap. v, etc. (PL. CXLIV, 6o3 C D, etc.) •, voir aussi Endres, Studien zur Geschichte der Fruhscholastik^ Die Dialektik im XI Jahrhundert, et Aiiselm der Peripatctiker, dans le Historisches Jahrbuch, t. XXVI, 19 13, p. 84-93.

3. Opusculum contra Wolfelmum, cap. i, v, etc. (PL. CLV, i52, i55, etc.).

4. Expositio Williramni abbatis super Cantica canticorum, prologus (édit. Skemûller, JVillirams deutsche Paraphrase des Hohenliedes, dans les Quellen und Forschungen zur Sprach- und Kulturgeschichte der Germanischen Volker^ t. XXVIII, Strasbourg, 1878, p. i et 2).

5. Dialogus de tribus cjuœstionibus, prologus et cap. xxii (PL. CXLVI, 60-62 et 89), etc.

6. Epistola VI, dans Pez, Thésaurus tiovissimus anecdotorum^ Augsbourg, 1729, t. VI [Codex diplomatico-historico-epistolaris), pars i, p. 241-24^^.

7. Confutatio rhetorice infacie ecclcsie et sanctorum. Item, Confutatio dialectice (édit. Dûmmlek, dans la Zeitschrift fïw deutsches Âltcrthum^ 1869, N. F. t. II, p. 1-78; voir p. 64-65, vers 62-76, etc.).

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