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GuiLLAUivtE DE Malmesbury, Op. et loc. citatis

9. Delibe ratio... supra hyinnum trium puerorum, dans les S. Gerardi Episcopi... scripta et acta hactenus inedita^éd'ii. liATTiiYANY, Karlsburg

aller aussi loin que Pierre Damien, regarde avec indifférence, sinon avec défaveur, les diverses branches du « triçiiim », etc.

La France et la Normandie ne devaient pas faire exception non plus ; bien avant que le conflit se produise avec une acuité inouïe sous Abélard, nous en rencontrons déjà les signes avant-coureurs dans le commentaire sur saint Paul, attribué à Lanfranc, et surtout dans les pièces relatives à l'histoire bérengarienne^. Longtemps d'ailleurs, les écrivains de tout pays en ressentent le contre-coup dans le besoin qu'ils éprouvent de se justifier, chaque fois qu'ils s'arment de courage pour se décider à livrer au public quelquesunes de leurs réflexions 2, si bien que l'on serait autorisé à voir dans cette période, où, même en théologie, l'on veut parfois tout ramener à la querelle des Universaux, l'une des grandes phases du conflit sur le rôle de la raison et sur la légitimité de ce rôle, dans l'exposé dogmatique^. Dès le début, il s'en fallut de peu que tout accès lui fût fermé par quelques intransigeants. Nous ne nous attarderons pas à vouloir établir une ligne de démarcation bien nette à travers les divers groupes : entre les deux extrêmes, très tranchés dans leur

(Albo-Carolinae), 1790, 32, 53, 277, ^^78, a86, etc.; sur Gérard de Czanâd, moine vénitien, puis évêque en Hongrie (f 1048), voir Endres, Sludien ziir Geschichte des Friïhscholastik, dans le Pliilosophisches Jahrbuch, t. XXVI, 191 3, p. 349-369, el Morin, Un théologien ignoré du XI^ siècle^ dans \a Rei^ue Bénédictine, t. XXVII, 1910, p. 5i6 et suiv.

I. In omnes Paidi Epistolas commentarii (PL. CL, ioi-4o6); voir, par exemple^ i58 C, 907 B, 199 A, ^i3 B^ etc.; pour la querelle be'rengarienne, voir p. 55 et suiv.

a. Voir, par exemple, outre Rathier de Vérone, déjà mentionné dans le paragraphe précédent, Praeloquiorum libri sex, VI, i^\-i^ (PL. CXXXVI, 339-341)*, Epistoia m, a {ibid., 65o) ; Othlon de Ratisbonne, De tribus quœstiouibus (PL. CXLVI, Sq-ôi). Plus tard, Rupert de Deutz {In Matthacum^ vu; PL. CLXVIII, i453 B; voir aussi ibid., 1218 A) et Abélard {in/ra), pour citer deux noms antithétiques, devront user des mêmes procédés apologétiques.

3. Voir, outre Grabmank (op. cit., p. 2i5 et suiv.), Endres, Die Dialektiker und ihre Gegner im XI Jahrhundert, dans le Philosophisches Jahrbuch, t. XIX, 1906, p. 20-33, et Studien zur Geschichte des Frûhscholastik, même recueil, t. XXV, 191 2, p. 868-371, et t. XXVI, 1913, p. 84-93.

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attitude vis-à-vis de la dialectique, les nuances sont des plus variées et, si les diverses épithètes employées jusqu'ici, de mystiques, ascétiques, dialecticiens, etc., s'appliquent avec justesse à quelques-uns des champions, beaucoup d'autres écrivains de l'époque semblent défier tout essai de classification rigoureuse ^.

La lutte fut chaude; mais, il faut le reconnaître, il était permis de regarder de mauvais œil cette intrusion de la dialectique dans le dépôt révélé, avec ses allures de conquérante ou de dominatrice. A côté de bien des minuties qui n'avaient rien des mérites d'une étude vraiment philosophique du dogme, se rencontraient des abus et des excès qui appelaient une prompte répression. A lire maintenant ces écrits, dans les textes figés qui nous les ont conservés, l'on s'étonne vraiment que l'esprit de nos pères ait été pris de trouble devant un syllogisme pompeusement échafaudé par un dialecticien en renom. Ces preux de la dialectique prétendaientils vraiment, avec leur nouvelle machine de guerre, saper quelques-uns des principaux dogmes chrétiens ? A l'aide d'un « atquiï) et d'un « ergo », qu'étayait parfois une phrase d'Aristote ou d'un de ses commentateurs, l'on jetait par-dessus bord la résurrection des corps, la naissance virginale du Sauveur, la résurrection, etc. 2. Il y a lieu de croire que ce rationalisme sceptique a laissé un sillon plus profond que ne le donnerait à croire l'obscure insignifiance de ses premiers représentants; car, en plein xii^ siècle, longtemps après Pierre Damien et Manegold, cités plus haut, Abélard et Jean de Cornouailles seront témoins des mêmes hésita-

1. Les essais tentés par Mandonnet [Polémique averroïstc de Sigcr de Brabant et de S. Thomas^ dans la Revue Thomiste, t. IV, 1896, p. 22) et à sa suite, par Endres (article cité plus haut), Robert [Les Ecoles et V enseignement de la théologie au Xll^ siècle^ Paris, 1909, p. 83) et Heurtevent (Z>K/««f/ de Troara, Paris, 1912, p. 34 et suiv.), apportent sans doute des classifications exactes dans leurs grandes lignes^ mais plusieurs des écrivains nous semblent dotés d'une psychologie trop nuancée pour rentrer parfaitement dans ces cadres.

2. Ces attaques sont puisées principalement dans les livres scolaires, comme celui de Marius Victorinus, sur la rhétorique; voir l'appendice E du chap. 11, p. 175-177.

lions ^, et à la veille du xiii'^ siècle, Alexandre Neckam donnera une réponse fort curieuse à ces dénégations sceptiques-.

Les événements d'ordre religieux dont la France, puis l'Italie étaient spécialement le théâtre à cette date, n'étaient pas de nature d'ailleurs à concilier les sympathies au mouvement dialecticien. Chacun se rappelle le rôle que Bérenger occupe dans l'histoire des hérésies sacramentaires^. Nous n'avons pas à le retracer ici, pas plus qu'à examiner ses points d'attache avec la question des Universaux ; que Bérenger soit parti du nominalisme, ou que la manière dont il parle de la présence réelle l'y fasse aboutir, peu importe pour le moment. Ce qui est sûr, c'est que sa façon de procéder ouvrait libre champ à une dialectique sans frein et justifiait pleinement les clairvoyantes appréhensions de Fulbert de Chartres '*. Le principe de Bérenger s'appuyait d'ailleurs sur une base qui ne laisse pas de surprendre chez un rationalisant et montre aussi combien peu déterminés dans leurs confins étaient, pour beaucoup d'esprits, le domaine de la raison et celui de la foi. J^'influence de Jean Scot Érigène qui commence à faire parler de lui après un long siècle de silence, la doctrine de l'illumination divine des intelligences plus ou moins bien interprétée, et pas mal d'idées ou d'expressions des anciens docteurs, partiellement ou totalement faussées par leur isolement du contexte ou l'éloignement de l'époque de leur origine, nous expliquent beaucoup de ces manques de limites précises; on peut les constater, même après Pierre Lombard, jusqu'à la grande épo-

1. Abélard, Introductio ad theologiam, lib. II, ii (PL. CLXXVIII, io63 A) ; Jean de Cornouailles [Ealogium ad Alexandrum j PL. CXCIX, iof)4 C).

2. De natiu'is rcnim, lib. Il, 178, dans les Rer. Brit. Script., t. XXXIV, Londres, i863, p. 297.

3. Sur Bérenger, voir l'étude de Schnitzek^ Bercngarvon Tours, Stuttgart, 1892, et l'article de Vernet, dans le Dict. TliêoL. cath., t. II, p. 722- 74i", bons renseignements sur les premières phases de la lutte, dans Heurtevent, Durand de Troarn, Paris, 19 12, p. i65 etsuiv.; Endres, Zur Gescliichte der Fruhscholastik, Berengar von Tours, dans le Philosopliisclies Jahrbuch, t. XXVI, 1913, p. 160-169

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