Epistola V (PL. CXLI, 196 et 201 Q
56 LE MOUVEMENT TIIÉOLOGIQUE DU XIP SIÈCLE.
que théologîque du xiii® siècle. Pour Bérenger, en tout cas, la légitimité de la dialectique en tout domaine ne fait pas l'ombre d'un doute; elle a pour appui un texte inspiré, celui de la Genèse qui affirme dans l'homme la ressemblance divine, évidemment fondée sur la raison; c*est donc se diviniser davantage, que de recourir toujours à cette règle dernière de toute vérité * ; l'examen des écrits qui suivent sa génération, montre l'ébranlement produit par son enseignement jusque bien loin danslexii^ siècle 2. Pareil principe devait entraîner loin ; l'on sait jusqu'où il a poussé Bérenger. Ces excès dialectiques qui provoquent la forte opposition dont nous avons parlé, risquent même à ce moment de compromettre pour jamais la place que la raison humaine peut légitimement revendiquer dans l'étude du dogme catholique.
Heureusement, un certain nombre des champions de la foi leur opposèrent l'usage éclairé des armes mêmes de l'adversaire; la génération de saint Anselme le constate avec une satisfaction marquée 2. Nous en arrivons ainsi à une deuxième caractéristique de la période qui nous sépare du xii^ siècle, à savoir, les progrès de plus en plus prononcés de la spéculation dogmatique orthodoxe et, par suite, la reconnaissance, un peu hésitante parfois, de ses titres de légitimité.
Ici, nous pouvons être bref : les faits de l'histoire littéraire théologique qui signalent la fin du xi'' siècle sont suffisamment connus, au moins dans leurs grandes lignes^. Si la dialectique s'y développe une place trop prépondérante par endroits pour qu'on puisse toujours s'en réjouir, au moins le fait-elle chez plusieurs de ses représentants avec de réels mérites. La polémique des Investitures, les succès des écoles françaises, surtout celles de la Loire et du Bec,
I. De Sacra Coena, édît. Vischer, Berlin, i83/j, p. 100-102, 104, io5, 2.22, etc. ; il s'y appuie sur saint Augustin.
1. Voir l'article sur V Eucharistie au XII^ siècle^ dans le Dict. Théol. Catli.^ t. V, p. 1239.