I. Dejide Trinitatis^ cap. ii et m (PL. CLVIII, 265 et
fait aux a ratlones necessariae », dont l'origine et le nom se trouvent dans les livres scolaires utilisés alors, montre comment il répond aux préoccupations intellectuelles du moment 1 et les chroniqueurs des âges suivants ont soin de nous le dire jusqu'en plein xiv*" siècle 2, Les mérites de son enseignement qui lui donnent une place unique entre saint Augustin et saint Thomas, et que les frontispices des grandes éditions de son œuvre ont consacrée ^, marquent une nouvelle étape dans les progrès des études sacrées. Il unit la raison et la foi, le raisonnement et la tradition ; car, si son œuvre a peu de citations patristiques, elle manifeste à chaque page combien sa pensée s'est nourrie de la pure moelle de la tradition. C'est ainsi qu'il couronne d'une gloire qui ne connaîtra plus l'oubli et qui rarement sera dépassée, si même atteinte, la longue période des belles écoles bénédictines.
Enfin — et c'est ici que nous touchons du doigt la dernière caractéristique dont il nous reste à dire un mot — son œuvre, comme celle de tous ses contemporains, ne comprend que des monographies, avec quelques traits d'union qui montrent leur connexion ; mais elles n'offrent pas encore, malgré leur incomparable supériorité, l'ensemble systématique dont l'élaboration est en germe depuis trois ou quatre siècles. Anselme est l'homme des monographies, at-ondit: théodicée, Trinité, libre arbitre et grâce, chute originelle, incarnation et rédemption, il nous fournit sur tous ces sujets de magnifiques traités détachés *, dont plusieurs
1. Par exemple, la préface et les finales des deux livres du Cur Deus liomo (PL. CLVIII, 36i-3G2, 400 A et 248); Monologium^ pre'face, cap. xxxvnietLxiv {Ph.ibid., i43 A, 191 C, aioC)^ voiraussi sa propre appre'ciation du Monologium. et du Proslogium [De fide Trinitatis ^ cap. IV ; iBiD., 27a C D). Pour les rapports avec les livres scolaires de dialectique, voir les Studien zur Gescldclite der Philosophie^ p. 90-92.
2, Ranulphe Higden, Polychronicon^ lib. Vil, i5 et Henri de Knighton, Chronicon, lib. II, 8, dans les Rerum Brit» Script., t. XLI, 7, p. 443 et t. XCII, I, p. IÏ9.
'î. Voir le frontispice en tête de la Theologia S. Anselmi du cardinal d'Aguirre (3 vol., Rome, 1688).
4. Anselme toutefois a pris soin d'indiquer la cohésion de sa pensée dans ses divers traités; voir le De veritate, prologue (PL. CLVIII,
PRÉPARATION TIIÊOLOGIQUE DU XIl« SIÈCLE. 61
s'élèvent comme des monuments respectés par les siècles.
Ce caractère de monographie s'affirme dans la plupart
des œuvres parcourues jusqu'ici — nous l'avons vu , sans qu'il
soit besoin de le répéter longuement ici — on le retrouve
dans les traités que fait surgir la controverse de Bérenger,
comme dans les écrits dogmatiques d'Yves de Chartres,
dans les discussions de Roscelin ^ sur la Trinité, tout
comme dans les pamphlets théologiques des Investitures
sur les sacrements ou sur le pouvoir pontifical. La systé-
. matisation dogmatique n'est pas encore arrivée à se pro-
\ duire au grand jour, mais les éléments qui entreront dans
' l'édifice sont déjà à pied d'œuvre ; la pensée théologique
; ne tardera pas à les manier. L'on discute et l'on cherche
partout : « quaeri solet » est le mot qui se rencontre à toutes
les pages des écrits du xii° siècle.
L'exemple du grand théologien-philosophe ne reste donc pas stérile : chose curieuse, c'est dans cette impulsion donnée au mouvement intellectuel que se manifeste quasi exclusivement le rôle immédiat de celui qu'on a nommé le Pèi'e de la S colas tique 2. Ni ses traités, ni ses doctrines, ni sa manière ne semblent pénétrer tout de suite dans les écoles. Rares sont ceux qui le citent, à part Abélard 3, qui le nomme trois fois, ou plus tard Jean de Cornouailles^ et quelques autres. Honoré d'Autun ou Herman de Tournai pillent quelques-unes de ses pages ^; mais ce sont là des cas
467-/468); ibid.y cap. i et x(ibid., 468 C et 479 A); De conceptu vir- ^e«a//, prologue (iBiD., 43iC)-, Proslogiam (ibid., 228), etc.
1. Voir B. Adlhoch, Roscelin und S. Anselni, dans le Philosophisches Jahrhucliy t. XX, 1907, p. 443 et suiv.
2. C'est le litre que consacrent les leçons du bre'viaire, fin des leçons du second nocturne, au 21 avril; mais pour fixer la porte'e du titre, il faudrait pre'ciser ce qu'on entend par scolastique; voir entre autres les divergences de vues entre Grabmann, Draeseke et De Wulf (De WuLF, op. ciV.,p. i85, n. i,).
3. Theologia christiana, lib. IV; Epistola xv et xvi (PL. CLXXVIII, 1287 B, 357 B, 362 A).