‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 43 sur 228 · Eulogium ad Jlexandruni III, cRp. iv (PL. CXCtX, io53 C · texte numérisé non relu

Eulogium ad Jlexandruni III, cRp. iv (PL. CXCtX, io53 C

5. Voir RiviiiKE, La rédemption, Paris, 1906, p. 3ao et suiv. ; Espen- BERGER, Die Elcniente der Erbsùnde nacli Augustin und der Fiûhscholastik, dans les Forschungen zur chiutiichcn Lileratur und Dogmengeschichte, Mayence^ 1903, t. V, i, p. 72 et suiv.

exceptionnels. Pierre Lombard ^ semble l'ignorer. Ses idées sur la rédemption ou sur le péché originel n'introduisent guère que quelques nuances dans les conceptions de Hugues de Saint- Victor ou du Magister Sententiarum 2. ] Quant à sa méthode, incomparablement plus profonde que ; la manière dialecticienne, la lecture même superficielle de f quelques-unes de ses pages fait constater toute la distance qui la sépare de celle des Summistes et des Sentenciers qui le suivent immédiatement, au point de faire rejeter tout au moins comme douteuse une lettre introduite dans le dossier de sa correspondance^. Anselme semble s'être rendu compte lui-même de ce qui le différenciait de ses contemporains, car, sur son lit de mort, il pressent qu'après lui plus personne ne pourra amener à terme la solution du problème métaphysique qui l'agite ^. Il faut attendre le xiii® siècle pour assister à l'entrée du Philosophas Christi, comme le nomme Henri de Huntingdon ^, dans les écoles. Jusquelà, ses écrits arrachés en quelque sorte à la plume de l'auteur ou de ses secrétaires^, et lus avec avidité, comme le montrent les anciens catalogues^, répandent silencieusement la renommée du grand docteur et contribuent pour une large part à l'épanouissement intellectuel qui grandit durant

1. Baltzer, Die Sentenzen des Petriis Lombarilas, dans les Studien z. Gesch., t. VIII, III, Leipzig, 1902, p. 4 et 5.

2. Rivière, 0^. cit., p. 889 et suiv. , p. 346-35 1 ^ Espenberger,o^. cit., p. 84.

3. C'est la lettre cvii du livre IV (PL. CLIX, a55-'258); voir la remarque dans l'anicle cite sur la Théologie au XI I^ siècle.^ dans le Dictionnaire de Théologie catholique^ t. V, p. 2443-2'244-

4. Eadmer, Fita S. Anselmi., lib. II, 7, n. 72 (PL. CLVIII, ii5 B).

5. Par exemple, Cur Deus homo, préface (PL. CLVIII, 359-36i) et Epistolae, lib. IV, io3 (PL. CLIX, 25 aC) •, Hildebert du Mans, Epistolae, lib. II, 9 et II (PL. CLXXI, 216 et 218).

6. Historia Anglorum, lib. VII, 27, et Epistola de conteinptu mundi, n. i5, dans les Rer. Brit. Scriptores, t. LXXIV, p. 237 et 3 14 5 « philosophas et sanctissifnus » y est-il appelé.

7. Dès le milieu du xii*' siècle, on les trouve, en dehors de la France et de l'Angleterre, en Allemagne et en Autriche, par exemple à Salzbourg, à Prùfening, à Naumbourg, à Lippolsberg, à Hirschau, etc. (Beckeu, op. ciY.,cxv, 249 ; cxxix, io5-io6; lxxxviii^ 29; g, 21 ; p. 287, 271, 204, 219, etc.); à Saint-Florian, etc. (Czkrny, Die Bibliothek des Chorherinstiftcs, St-Florianz, Linz, 1874, p. 8).

tout le XII® siècle. Vers 19.40, le règne quasi officiel du théologien du Bec entre définitivement dans sa phase glorieuse : Alexandre de Halès, Bonaventure et saint Thomas^ seront surtout les propagateurs de sa gloire et consacreront désorîmais le contenu de ses monographies dogmatiques, en les faisant passer, non toujours sans quelque modification, dans le grand corps de la systématisation théologique.

Mais la première codification des sciences sacrées, celle dont nous étudions l'élaboration avec les préparatifs de l'œuvre de Pierre Lombard, n'en a guère été directement imprégnée. Il nous reste à examiner ce travail de mise en œuvre, opéré pendant les cinquante premières années du xii^ siècle : vrai point central où convergent, comme des fleuves tributaires vers leur confluent, tous les essais théologiques antérieurs. Rappelons, avant d'aborder cette dernière période, les grands stades parcourus.

Principalement reproductive et compilatrice, l'œuvre théologique de la renaissance carolingienne, jette un éclat momentané qui n'est en somme que le reflet du passé; de création originale, pas plus que de systématisation, il n'est encore question. Mais les facteurs de cette codification se préparent dans les écoles comme sur le terrain de la vie pratique. Charlemagne leur donne une impulsion qui laissera ses traces dans les tendances, les matériaux, les méthodes et les livres pendant des siècles. L'époque de barbarie qui suit voit se prolonger silencieusement le même travail préparatoire, tandis que les collections canoniques donnent le premier branle à une codification rationnelle. Au bout d'un siècle et demi à peu près, vers le second quart du xi*" siècle, les progrès des esprits permettent, avec des controverses plus affinées, des travaux intellectuels

I. Daniels, Ànseiinszitatc hei deni O.rfonler Franziskaner Roger von Marston , A^ns \2i Thenlogische Quartalschrift, t. XCIII, 191 1, p. 35; voir, par exemple, dans saint Bonavenlure le grand nombre des citations.

64 LE MOUVEMENT THI^OLOGIQIJE DU XIP SIÈCLE.

d'un essor plus personnel : Béreng^er et ses adversaires, les dialecticiens, les polémistes des Investitures nous donnent alors le spectacle d'une activité théologique déjà intense, et cela pendant que les recueils canonico-théologiques ouvrent la voie à la conciliation harmonieuse des « auctoritates » . Mais, en dehors des collections de matériaux qui s'accumulent souvent trop servilement et malgré les questions qui se groupent pour un futur programme, ou les principes qui s'élaborent pour la solution des problèmes, la théologie proprement dite ne nous offre encore que des monographies, où le génie de saint Anselme éclipse tout ce qu'on a vu jusque-là. Il ne lègue malheureusement pas aux Sentenciers qui le suivent, la profondeur et l'envergure, caractéristiques de sa pensée.

A qui veut mesurer le chemin parcouru par le travail ihéologique depuis quatre siècles, rien ne sera plus suggestif peut-être que la juxtaposition à côté d'Anselme, d'un autre docteur de la Grande-Bretagne, dont le nom brille à l'aube de la renaissance carolingienne et que l'inscription de Rocker Point, près de l'ancien théâtre de ses travaux à Jarrow-Wearmouth, signale comme une des gloires intellectuelles de son époque. Chez Bède le Vénérable l, car c'est de lui qu'il s'agit, pas d'envolées géniales, ni de contemplations métaphysiques, comme chez Anselme ; mais le travail obscur de la transcription, du résumé, du manuel. Désintéressé dans ses ouvrages, il ne cherche que l'avantage

I. Une des notices les plus fouillées sur l'œuvre compilatrice de Bède est fournie par le savant éditeur de VHisloria ecclesiastica Angloruni^ C. Plummer, de Corpus Christi Collège (Oxford, 1896); les pages de W. Stubbs dans le Dictionary of Christian Biography, de Smith et Wace, Londres, 1877, *• I» P- 3oo-3o4, re'sumées dans le Dictionary of Christian Biography in onc volume, de Wace et Piercy (Londres, 191 1, p. 127-129; une bonne note bibliographique de Gey fait suite), sont toujours à lire; substantielle notice dans Manitius, op. cit. ^ p. 70-87; Cabrol, L'Angleterre chrétienne avant les Normands^ Paris, 1909, p. 157.

d'autrui ^ et dans ce but, il copie et emprunte, sans souci de l'originalité, avec la seule préoccupation de ne pas se laisser attribuer ce qui ne vient pas de lui; il le dit au moins en douze passages de ses œuvres. Ce sont les caractéristiques que signale déjà une note d'un manuscrit d'Admont^ :

Sicut apis mella, sic Beda legit meliora. Incedit médius, nec humi iacet aut nimis altus.

Humble et laborieux, au point d'être à lui-même son propre scribe, contrairement à l'habitude des grands centres monastiques, c'est à peine s'il sort de son monastère : on le voit, hors de Jarrovv^-Wearmouth, à Lindisfarne et à York. Tout son temps est voué au labeur ingrat, mais fécond, d'un enseignement élémentaire, par la parole, par la plume et, comme le dit Alcuin, par l'exemple. Mais ses livres, d'où devait surgir la civilisation carolingienne, sont désirés par ses contemporains etpar les générations qui le suivent immédiatement, comme le montre le cas de Cuthbert et de Lull, avec non moins d'ardeur que les hautes dissertations d'Anselme.

Les différences qui marquent la fructueuse carrière de ces deux hommes, et qui ne sont que le reflet de leur âge, se retrouvent jusque dans les préoccupations de leur dernière heure : Bède, qui travaille pour éduquer une génération débutante, n'a qu'une crainte quand la maladie lui annonce sa fin prochaine ^ : celle de ne pouvoir terminer une traduction commencée de saint Jean en vieil anglo-saxon. Il

1. Voir, entre autres, parmi les œuvres de Bède, Historia ecclesiastica uingloruni, lib. V, 24 (édit. Plummer, p. SSy-ifio) ; Allegorica expositio in Nehemiam, cap. xxxvii- In Lucae evangelium, Epistola adhorlatoria, Epistola responsoria; Expositio in I Petri^ cap. v* Exposiiio in Acta Apostoloruni^ Ad Accam epistola; In Cantica canticoriim, lib. VII ^ In Marci evangelium, Epistola ad Accam^ etc. etc. (PL. XCI, 924 B*, 1223 B -, XCII, i34 A-, 3o4 A et D ; 940 AB-, XCIIl, 68, etc. etc.).

2. Ms. 392; WiCHNER, Zivei Bûche rve rzeichnisse , dans le Zentralblatt fur Bibliotlickswesen^ Beihefle, t. I, iv, 1889, p. 33.

3. CuTHBBRT (plus tard abbé de Jarrow-Wearmouth), De obitu Baedae ; voir le texte dans Plummer, Fenerabilis Bacclae Opéra historica, Oxford, 1896, t. I, p. cLxiii; voir aussi p. lxxv et suiv., xvi, xx, XXII, etc.

profite d'un répit que lui laisse son mal, pour dicter les derniers vers de l'évangéliste et il meurt tout joyeux, Val^ leluia de l'Ascension sur les lèvres. S'inspirant de cette même Bible, qui alimente ses méditations et son génie, Anselme mourant désire aussi un sursis pour trouver le temps de résoudre un problème qu'il méditait depuis longtemps : celui des origines de l'âme, que Bède n'avait même pas effleuré*. Jusqu'au dernier moment, cette fière pensée, qui cherchait Dieu jadis dans les sommets des Alpes ^, ne se plaisait qu'à scruter les cimes. Mais l'éternité s'ouvrit à son âme dans la pleine lumière, avant qu'elle eût pu rencontrer ici-bas la solution souhaitée. En quittant cette terre, tous deux pouvaient se rendre le témoignage d'avoir bien mérité des sciences sacrées : vrais pionniers de l'élaboration théologique, que dans leur sphère et selon les besoins de leur époque, ils ont chacun si puissamment promue et dirigée!

APPENDICES

APPENDICE A A propos des sens du mot a Theologia ».

Contentons-nous de citer ici, à côté d'une page de Nev^^man qui résume bien la matière (Historical Sketches, Londres, 1873, p. 475-476), quelques-uns des essais de classification des sciences du xi^ et du xn® siècle, comme celui de Gerbert dans sa dispute avec Othric (Richer, Historiarum Ub ri quatuor, I, 60; MGH. SS. t. III, p. 620), ou VEruditio didascalica de Hugues de Saint- Victor (lib. II, 3, etc. ; PL. CLXXVI, 752, etc.), ou le De dwisione philosophiae de Dominique Gundissalvi {De scientia dwina, p. 35-42, publié et étudié par L. Baur, dans les Beitràge, t. VI, n-ni. Munster, 1903). L'on consultera aussi avec profit Mariétan {Le problème de la classification des sciences d'Aristote à saint Tho-

I. Voir Eadmer, Fita S. Jnselnii, lib. II, 7, n. 72 (PL. CLVIII, ii5 B).

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