‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 49 sur 228 · Ms. de la bibliothèque de Troyes, 4^5 A, fol · texte numérisé non relu

Ms. de la bibliothèque de Troyes, 4^5 A, fol

4. Voir dans Grabmann une étude détaillée de ces pièces {op. cit., p. i5i-i68).

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métho. déjà perfectionnée par Abélard et Hugues de Saint- Vi or, aura son droit de cité pleinement reconnu.

Chose élraage, si tous les pays de l'Occident, voire même l'Orient devaient contribuer par leurs représentants à la composition du Liber Sententiarwn^ c'était dans les milieux scolair<^s de la France seule qu'allait s'élaborer cette œuvre de compilation.

Ce n'est pas en Allemagne en effet que se préparait le tevrain pour ce travail. L'infériorité de ses écoles i, qui avait fait oublier, même à Saint-Gall, l'ancienne suprématie intellectuelle de Fulda et de Reichenau, laisse définitivement le pas à la France et à l'Italie ; le niveau est resté stationnaire et s'accuse tel jusque dans le choix des livres. C'est au delà du Rhin que les maîtres doivent chercher leur formation s'ils veulent avoir quelque renom ; de Bavière, de Saxe, de Brème, de Bohême, d'Autriche, de Pologne, l'on s'en ira, pour s'instruire, à Liège, à Reims, à Paris 2; tels, Othon de Freising, Adalbert de Mayence, Brunond'Altena et de Berg, Frédéric de Baumgartenberg et beaucoup d'autres, qui peuvent répéter ce que disait Gebhard de Wurzbourg (évêque en 1122) : « In Franciam^ causa studii weram ))^. En outre, l'opposition des écrivains allemands en vue ne prédestinait pas l'Allemagne à prendre part au mouvement français de systématisation. Certaines

I. H.vucK, op. cit. , p. 449-454*, WATTENBACH,Z)<?«/.çcA/««f/.ç GescJuchtsquellen, Berlin, 1894, t. II, p. 7-10.

1. V oir par exemple ce que dit Rupert de Deutz [In regulain S. Benefiicti^ lib. I*, PL. CLXX, 482 A) sur cet exode des écoliers vers les centres français et l'enthousiasme qu'ils y conçoivent \ Watten- BACH, op. cit., p. 8-1 1; Hauck, Ojo. c/^,, p. 456; Hofimeister, Studien iiher Otlo von Freising, dans iVeues Archiv, t. XXXVII, 191 1, p. 128; BuDiNSKY (Z)i> CJniversitàt Paris und die Frcnulen an derselben, Berlin, 1876) consacre quelques pages au xn® siècle (voir p. 1-28 et le catalogue final, passim).

3. Udalrici Codex, n. 233, dans Jaffé, Bibliothcca reruni gernianicarum, Berlin, 1869, t. V, p. 406; Rodolphe de Saint-Trond, lettre publiée par Koth, d?kn?,\e IS^eues Archiv^ t. XVII, 1892, p. 617-618.

pages de Rupert, le moine célèbre de Saint-Laurent de Liège, puis de Siegburg et de Deutz, que ses contemporains vont jusqu'à regarder comme inspiré par l'Esprit Saint ^ — et Rupert est loin de les contredire - — sont très suggestives à cet égard. Les attaques dont il est l'objet de la part des jeunes « scolares » revenus de Paris ou de Laon, les réponses souvent nuancées d'humeur qu'il leur oppose, les affirmations quelque peu simplistes qui les accompagnent 3, et, par-dessus tout, son voyage de France raconté par luimême avec une forfanterie naïve et entrepris « à dos d'âne et avec un seul serviteur », pour croiser le fer avec Anselme de Laon et Guillaume de Champeaux sur la question de la toute-puissance divine *, nous donnent une curieuse idée de cette opposition ; celle-ci devait se prolonger d'ailleurs chez plusieurs de ses compatriotes, comme chez Gerhoch et son groupe de Reichersberg, et s'en prendre peu après à l'œuvre même de Pierre Lombard. Un autre auteur de l'époque, le vulgarisateur Honoré d'Autun, qui écrit, dans l'Allemagne du sud, pour autant que les indications topographiques ou linguistiques contenues dans ses œuvres, et la diffusion de leurs manuscrits permettent de l'affirmer, témoigne des mêmes défiances vis-à-vis de la dialectique, au moins en théorie ^. Il n'y a pas lieu toutefois de faire des écrivains germaniques un vaste groupe de platonisants opposés aux aristotéliciens dialectiques de France '^.

I . Honoré d'Autun, De liumnànhus ecclesiae, lib. IV , 1 6 (PL. CLXXII, 282); Rupert, Jnnulus sive Dialogus, prologue à Cuiion de Ratisbonne, dont Rupert mentionne l'appre'ciation (PL. CLXX, SSg). Sur Rupert, voir Hauck, op. cil.^ t. IV, p. 4ïi-4^4 ; Gauchie, article Rupert de Deutz, dans la Biographie nationale de Belgique, t. XX, p. 426-458.

'1. De gloria et honore Filii hotninis, in Matthaeum^ lib. XII (PL. CLXVIII, i587-i588 A, 1592-1593, i6o3-i6o4).

3. In regulam S . Benedicti, lib, 1 (PL. CLXX, 480 C, 482); De gloria et honore Filii hominis , in Matthaeum^ lib. III, ViletXII(PL. CLXVIII, i365 C, 1453 Cet iSgi B, i6o3C); De volunfate Dei, cap. iv et v (PL. CLXX, 439-440) '■) Conimentaria in Evangelium S. Johannis, lib. II (PL. CLXIX, 483).

4. In regulam S. Benedicti^ lib. I (PL. CLXX, 482 Cet suiv.) ; De volunlate Dei, cap. i, etc. (PL. CLXX, 4.37 et suiv.).

5. Expos itio in Cantica canticorum^l, 1-2 et IV, to-i5(PL. CLXXII, 36i Det 422 B C).

6. C'est ce que fait Rocholl, dans l'article Rupert de Deutz de la Real-

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Un coup d'œll sur les catalogues des bibliothèques germaniques au xii° siècle, laisse la même impression ^ : hormis à Saint-Michel de Bamberg, qui a beaucoup d'auteurs profanes, à Saint-Pierre de Salzbourg, à Prufening et à Ebersberg, qui ont de la théologie moderne, le mouvement qui se produit en France reste sans écho jusqu'au moment où dans le Sud, le fils du margrave d'Autriche et l'oncle de Frédéric I Barberousse, Othon de Freising, devenu étudiant à Paris, vers iii4, puis cistercien, et enfin évêque de Freising sur risar, se fera remarquer par ses sympathies pour les dialecticiens et introduira en Allemagne la connaissance des méthodes et des idées des maîtres de Paris 2. Il y a lieu de remarquer aussi qu'à partir de ce moment, les manuscrits de l'école d'Abélard se rencontrent relativement nombreux au sud de l'Allemagne, en Autriche et au nord de l'Italie.

En Angleterre, le niveau des études théologiques ne se trouvait pas beaucoup plus élevé, malgré l'éclat attaché par Anselme et avant lui par Lanfranc, au siège de Cantorbéry ; cette situation contraste singulièrement avec le développement que prend l'historiographie anglaise dès le lendemain de la conquête normande^. C'est de France et de Lotharingie que lui viennent surtout des modèles et des maîtres, comme Abbon de Fleury au x® siècle, Léofric d'Exeter, Hugues de Reading et d'autres au xii' siècle ; c'est au delà de la Manche que ses fils iront chercher la culture théologique, les uns, étudiants ignorés qui provoqueront des rixes dans

encyklopàdie, t. XVII, p. il\%-i^'i^ et dans la Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. XXIV, 1908, p. 1-14, ces appréciations sont réduites à une juste mesure par Hauck {pp. cit., p. l\ib, n. 2, et 417, n. 4).

1. Becker, op. cil.., n. lxxx, xcv et cxv, p. 19a, 209 et 233; Kôni- GER, dans Der Katholik, année LXXXVIII, 1908, n, p. 5i. Sur la date du catalogue de Bamberg, rédigé sous W^olfram I (11 12-11 23), plutôt que sous Wolfram II (1172-1201), voir Hauck, op. cit.., p. 449i n. 2.

2. Voir l'étude fortement documentée de Hofmeister sur Othon de Freising, Studicn iiher Otto von Freising, dans le Neues Archiv^ t. XXXVII, 1911-1912, p. 99-161, 633-768. Pour les niss. d'Abélard et de son école, voir plus loin, p. 100.

3. MoLiNiER. Les sources de l'Histoire de France., Paris, 1902, t. II, p. 224-225.

les rues de Reims ou de Paris *, les autres, illustres comme Robert Pulleyn, Jean de Salisbury, Robert de Melun, Thomas Becket^, etc., inaugurant ainsi ce long et profond mouvement voyageur, si fécond pour l'organisation d'Oxford et de Cambridge, qui se dessinera vers Paris pendant tout le moyen âge et qui sera attesté dans tous les genres littéraires, sous une forme didactique, ironique ou populaire, jusque dans les poésies goliardiques de Walter Mapes^ ou les écrits encyclopédiques d'Alexandre Neckam'^.

Un rôle plus brillant au xi® et au xii*" siècle est réservé à la Lotharingie qui, elle aussi, envoie ses fils aux grande.-; écoles françaises et sert, de plus, d'intermédiaire intellectuel entre la France et l'Allemagne : elle passe à l'est, comme dit Wattenbach, par sa grande école de Liège surtout, ce qu'elle prend à l'ouest^. Dans la controverse bérengarienne l'école de Liège, on l'a vu, joue un beau rôle et le nom d'un de ses théologiens les plus célèbres, Alger, le secrétaire du schismatique Olbert, qui entre à Cluni vers 1 120, reviendra plus d'une fois encore dans la suite de ces pages à propos de l'élaboration du Livre des Sentences,

Au-dessus de la Lotharingie, brille l'Italie avec quelques centres scolaires situés surtout vers le nord, comme Pavie, Ravenne, Milan, etc. ; parmi eux Bologne tient le premier rang, un moment même avec un éclat qui n'est pas de beaucoup inférieur à celui de Paris ^. La renaissance du droit romain n'y avait pas été étrangère, même s'il ne faut pas entendre par là, comme on l'a cru longtemps et répété encore de nos jours, une éclosion soudaine de cet enseignement, due à la découverte fortuite des principaux

1. AwsELME DE Havelberg (attribution à bon droit discutée), Fita Adalberti II Mnguntini, dans Jaffé, Bibliolheca reriim germanicarimiy Berlin, 1866, t. III, p. 578, 675, 682, etc.

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