Op. cit., t. II, p. 141 et suiv
6. Denifle, Die Universitàteii des Mittelalters bis 1400, Berlin, i885, p. 40 et suiv., p. 182 et suiv.
LES « SENTENTIAE » DE PIERRE LOiMBARD. 91
monuments de la législation justinienne ; déjà avant ïrnerius, l'initiateur de cette culture juridique, l'Italie s'adonnait au droite Au xii'' siècle, nous trouvons à Bologne, avec renseignement du droit romain, celui du droit canon et de la théologie, en pleine vigueur; ces deux dernières sciences sont même représentées souvent par les mêmes docteurs 2, comme Roland et Omnebene : nouveau témoignasse, affirmé jusque par l'identité des maîtres, de ces multiples services mutuels que depuis trois siècles se rendent la codification canonique et la systématisation théologique.
Tous ces pays, nous l'avons dit, quelque avancés ou retardés qu'ils fussent dans leur développement scolaire, devaient fournir une collaboration partielle, au moins par quelque représentant, à l'œuvre des Sentences. Parmi les nationaux qui la représentent à Paris, l'Allemagne compte Hugues de Blankenburg — car ici, par exception, la sagacité du grand Mabillon ^, qui voulait en faire un Yprois, est en défaut, peut-on croire — fils d'un seigneur de Westphalie, et chanoine de l'abbaye de Saint- Victor à Paris; ses œuvres dogmatiques auront sur le mouvement théologique et sur Pierre Lombard en particulier, qui les copie, une influence définitive. L'Angleterre, elle aussi, a plusieurs maîtres qui contribuent aux divers mouvements d'idées du XII® siècle : Robert PuUeyn dont il sera question plus loin, et l'un des précurseurs du Lombard, Robert de Melun qui siège à ses côtés ou le corrige ^^ Jean de Salisbury;
I, Savigny, Geschichte der rômischen Rechts, Heidelberg, i834, chap. xviii, t. III, p. 83 et suiv. ; t. II, p. 477 et suiv. ; Fitting, Die Anf ange der Rechtsschide in Bologna, Berlin, 1888, p. 5o et suiv., 33 et suiv., etc. ; CoNRAT, op. cit., t. J, p. 62 et suiv. Surirnerius et son œuvre juridique, voir FiTTiNG, Die Summa Codicis, Berlin, 1894; Landsperg, dans la Zeitschrift Savigny ^rom. Abt. t. XVI, 1896, p. 335 et suiv. et t. XVII, 1896, p. I et suiv.
1. Denifle, article cité de l'Jrchiv f. Lilt. Gesch., t. I, i885, p. 434 et sniv., 621-624,
3. Fêtera Analecta, Paris, 1723, p. i33; Martène et Durand, Voyage littéraire de deux Bénédictins^ Paris, 1724, t. II, p. gS.
4. Robert de Melun est cité avec Pierre Lombard, comme adversaire de Gill)ert de la Porrée, à Reims, en 1148, par le rédacteur contemporain (Jean de Salisbury) de l'/r/.ç^o/m Ponlijicalis , n. 8 (MGH.
92 LE MOUVEMENT THÉOLOGfQUE DU XIP SIÈCLE.
déjà cité, épistolier, philosophe, théologien, qui a son mot a dire sur toutes les idées des maîtres. De l'ai i» e côté des Alpes, outre Pierre lui-même, italien comme le dit son surnom, c'est Gratien de Bologne, avec sa Concordia discordantium canonum, qui fournit au Magister Senlentiarum une très grande quantité de documents, peut-être des fragments de son plan et certainement un grand nombre d'idées avec les expressions qui les formulent. Même l'Église d'Orient est représentée dans cette codification des 5'entencesy car il n'est pas douteux, quoique pour le détail noL?s ayons à y revenir tantôt, que le théologien de Novare n'ait connu l'œuvre du Damascène, récemment traduite par Burgundio de Pise, et n'en ait utilisé, sinon le plan d'ensemble, au moins des parties relatives à la Trinité et à l'Incarnation ^.
Mais c'est la France qui coopère dans la plus large mesure à la composition du Liber Sententiarum; c'est chez elle seule qu'il s'élabore, dans les milieux scolaires qui constituent à ce moment le grand foyer des études théologiques ; c'est elle qui achève de former Pierre Lombard, d'abord à Reims, puis à Paris, où une double lettre de recommandation le fait accueillir par saint Bernard, et par l'abbé Gilduin de l'abbaye de Saint-Victor^; c'est elle qui lui fournit un maître dont les livres feront sa lecture assidue^ et laisseront dans sa pensée une trace si profonde que, pour être conforme à la vérité, l'on se trouve obligé de donner une place de choix à Pierre Abélard, avec Hugues de Saint- Victor et Gratien, parmi les principales influences qui ont commandé la direction de son esprit et inspiré son ouvrage. Les
SS. t. XX, p. 622); Jean de Cornouailles le mentionne avec Maurice de Sully, comme adversaire de Pierre Lombard en christologie {Eiilogium ad Alexandrum m ^ chap. y; PL. CXCIX, io55 A).
I. Dans le troisième volume de son Lehrbuch der Doginengeschichte (Leipzig, 1913, p. 191, n. 3), R. Seeberg qui a donné une e'tude fort soignée sur Pierre Lombard dans la Realencyklopàdie (t. XI, p. 63o- 642), penche en faveur de l'utilisation du Damascène par le Lombard pour le pian de ses Sentences-, nous y reviendrons plus loin, p. 253.