Manitius^ op. cit., p
4. Voir Krumbacher-Ehrhabd, Geschichte der Byzantinischen Literatiir, Munich, 1897, p. 206 et suiv. ; Pargoire, L Eglise Byzantine de 52"] à84yy Paris, 190^, p. 129, 245, etc.; Diekamp, Doctrina Patnun de Incarnatione Ferbi, Munster, 1907, p. lxvi et suiv.; Th. Scher- MANN, Die Geschichte der dogmatischen Florilegien, dans les Texte und Untersuchimgcn, t. XXVIU, i, Leipzig, 1904; Holl, Die Sacra Parailela des Johannes Daniascenus, dans la mcme collection, t. XV [, 1, Leipzig, 1897; Cavallera, Le trésor de la foi orthodoxe de Nicétas Acominatos Choniates, dans le Bulletin de litte'rature ecclésiastique .^ quatrième série, t. V, 1918, p. 124 et suiv
PRÉPARATION THÉOLOGfQUE DU XII^ SIÈCLE. l\
raire dès le vu® siècle et, sous des formes plus rudimenlaires, le moyen âge occidental devait longtemps circonscrire à cette tâche toute son activité.
C'est à ce mouvement des esprits qu'est dû en Orient, vers le milieu du viii* siècle, l'exposé systématique sorti de la plume de saint Jean Damascène ^ (-[- avant 754), « le saint Thomas de l'Orient » : vaste compilation qui codifie tout l'enseignement antérieur et qui, de l'aveu même de son auteur, s'interdit toute vue personnelle. L*examen de l'œuvre et l'étude de ses sources confirment de plus en plus l'exactitude de cette déclaration^. Une traduction latine, due vers ii5o au travail d'un Pisan, député à Constantinople, permet à Pierre Lombard d'en utiliser des parties, plutôt qu'il ne s'en inspire pour son plan 3; par contre les qualités qu'on lui reconnaît semblent avoir désormais découragé chez les Grecs toute idée de tentative similaire.
Le spectacle d'une fécondité moins immédiate, mais plus continue et notablement plus brillante, allait être donné par l'Occident. Car, si le premier stade de sa codification théologique ne devait se fermer que quatre siècles plus tard sur l'œuvre du Maître des Sentences, un intervalle de cent années sépare à peine de ce premier essai le chef-d'œuvre théologique de saint Thomas d'Aquin; et pas n'est besoin de se demander qui l'on grandit, du prince de la théologie occidentale ou de Jean Damascène, en associant dans la communauté du nom le docteur angélique, et le « saint Thomas de l'Orient ».
L'œuvre de Jean Damascène trouve son parallèle en Occident, sinon sa réplique comme on l'a dit trop souvent,
1. Bakdenhewer, op. cit., p. 5o3-5o9*, Krumbacher-Ehrhakd, op. cit., p. 68-71^ Ermoni, Saint Jean Damascène, dans la Pensée Chrétienne, Paris, 1904 ;Tixeront, op. cit.^ t. III, p. 458-462, 484-5i3.
2. 'Eû(o 8s l(j.bv [i.év, (î)ç ecprjv, oùoiv... 'Epc5 TOiy^pouv l[j.bv oùSév (Prologue de la ririYT] y^fj^asioç; PC XCIV, ôaS A 5 et Dialectica, cap. 11; iBiD.^ 533 A); voir l'analyse du traité de la Trinité donnée par J. de GuiBERT : Une source de saint Jean Damascène.^ dans les Recherches de Science religieuse, t. III, 1912, p. 356-368.
3. Voir plus loin ce qui concerne l'entrée du Damascène dans le monde littéraire occidental et sa part d'influence littéraire, plutôt réduite, sur Tocuvre de Pierre Lombard.
dans les Quatuor Lihrl Setitentiarum de Pierre Lombard, dont le succès — chose étrange — va jusqu'à bouleverser le titre et la division de son confrère oriental, au point de faire substituer plus d'une fois dans les manuscrits et les vieux catalogues, à T'Exccaiç àxptSv;*; t*^ç opBooi^ou tuiœtswc, l'inscription plus lombardienne de Quatuor Libri Sententiarum magistri lohannis Damasceni ^.
1. Les origines de cet essai de systématisation théologique nous font remonter, nous l'avons dit, jusqu'à l'époque des écoles carolingiennes ; à sa base, nous rencontrons, plus encore qu'ailleurs, l'œuvre civilisatrice de Charlemagne, si féconde pour les siècles postérieurs, malgré l'apparente stérilité qui la frappe dès la troisième ou la quatrième génération. Cela ne veut pas dire que la théologie du moyen âge sorte des écoles carolingiennes, armée de pied en cape, comme plus tard elle se répandra, du cloître de Notre-Dame jusqu'aux confins du monde chrétien, sous le revêtement du « codex » universitaire. Mais la préparation des éléments qui la constituent, et partiellement au moins de l'esprit qui l'anime, doit se chercher dans les écoles et dans les multiples réglementations, scolaires, liturgiques et pastorales, issues de l'activité législatrice du grand empereur ou de ses conseillers. C'est ici, entre autres, que le mouvement intellectuel et religieux du viii^ et du ix® siècle cesse d'être un appendice du passé; même en théologie, il prépare l'avenir ; car, aux deux facteurs qui deviendront prépondérants dans l'élaboration du manuel destiné à devenir classique, il assigne déjà un rôle définitif. Les écoles fourniront surtout le premier, à savoir la finesse dialectique ; le second, c'est-à-dire le respect des textes traditionnels, devra beaucoup aux autres institutions carolingiennes.
2. A cette première phase qui procure, avec les premiers matériaux, un schéma de programme et les prin-