‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 68 sur 228 · PL. CLXXVIII · texte numérisé non relu

PL. CLXXVIII

2. Pour tout ceci, nous renvoyons au solide exposé du P. Claeys- BoûiiAERT [La nSimima Sentent} arum » est-elle de Hugues de Saint-rictor, dans la Revue d'Histoire ecclésiastique^ t. X, 1909, p. 278-289 et 710- 719), qui s'attaciip à des diffe'rences plus profondes que de simples écarts de doctrine ou de matériaux* voir en outre de bonnes pages dans les travaux déjà cités de Robert (p. 221-224), Portalié (t. I, col. 53 et suiv.)., Anders [Die Summa Sententiarum, kein Werk des Hugo von St^ Vihtor, dans ûer Katholik^ t. LXXXLX^, 1909, II, p. 99-117); Grabmann [op. cit., p. 297-301).

3. PL. CLXXVI, i53-i74; Hauréau, op. cit., p. 74 ; Denifle, article déjà cité de VArchiv f. Gesch., t. III, 1887, p. 636-637 ; Gietl, op. cit..) p. XL et xLi,

4. Par exemple, ms. de la bibliothèque de l'Université de Gand, 56o (252), fol. 100^, et de la Bibliothèque Royale de Bruxelles, 679- 681, fol. 69^'; Admont, 683 (autre traité que celui de Gautier), etc. Erlangen, 238, fol. 47''-5i'' (voir aussi fol. 81^-89'') ; Paris, Bibl. Nation., lat. 3244; Troyes, 1264, fol. 224, etc.

LES « SENTEiNTIAE » DE PIERRE LOMBARD. 119

tentiae dmnitatis^ et contre laquelle Gautier de Saint- Victor n'avait pas assez de véhémences de langage pour déverser son indignation, met précisément à part les deux sacrements qui ne sont pas communs à tous les fidèles, à savoir le mariage et Tordre ; elle se rencontrait ainsi avec Abélard et la rédaction primitive de la Summa sente ntiarum, pour la question purement numérique des sacrements qu'elle mettait en évidence ^.

Le problème de Tauthenticité ne nous paraît pas définitivement résolu. Que la paternité victorine doive s'affirmer de cette œuvre comme du De Sacramentis , nous ne le pensons pas. Malgré les nombreux emprunts, souvent textuels, faits à Hugues, malgré la communauté de beaucoup d'idées ou de doctrines et la même note générale de conception orthodoxe, la composition de la Summa par le même auteur que le De Sacramentis^ supposerait chez Hugues un revirement psychologique, qui dépasse bien, il faut le dire, toutes les bornes de la vraisemblance; outre la différence du plan, du contenu, des matériaux, ce qui pourrait s'expliquer peut-être, il faudrait rendre compte des divergences de doctrines sur plusieurs points nullement secondaires, et de l'adoption d'idées abélardiennes survenue sans motif apparent après la confection du De Sacramentis. Il y a plus : une volte-face radicale dans les points de vue, dans la manière de concevoir et dans la façon de procéder, aussi bien à propos d'opinions théologiques que pour l'allure générale des réflexions ou des affirmations, suppose un changement de mentalité qui ne paraît plus vraisemblable à un moment où les travaux de Hugues avaient montré si nettement le relief de sa personnalité. Ces considérations gagnent en poids, si on songe à la courte carrière littéraire de Hugues, laquelle laisse peu de temps entre l'achèvement du De Sacramentis et la date de sa mort - ; car la Summa n'a pas

1. Sententiae divinitatis, édit. citée, p. 109; Epitomc theoiogiac cliristianac, cap. xxvii el suiv. (PL. CLXX VIII, 1788 etsuiv.)-, Summa sententiarum, V et VI, 1,2, 10 el i5 (PL. CLXXVI, 127, 187, i38, 139, i53).

2. Outre les bonnes remarques de Robert {op. cit., p. 212-220), voir ce qui a ëlé dit plus haut, p. iï5, n. 4.

précédé l'autre œuvre, comme le montre le prologue du De Sacramentis. Nous ne voulons pas entrer ici davantage dans cet examen des caractères internes, que des travaux récents ont pleinement exposés i. Quant aux indices de critique externe, si les catalogues des œuvres de Hugues disent peu de chose, il faut reconnaître que la liste des manuscrits non anonymes oriente vers une réponse favorable à l'authenticité. Est-elle tout à fait concluante? Nous ne le pensons pas; malgré les deux manuscrits de Munich i4i6o et 22o3i2, dont l'un est signalé à Priifening en iiSS^, malgré une mention d'Arno de Reichersberg *, la tradition manuscrite n'est pas assez ferme, croyons-nous, pour l'emporter sur les invraisemblances que nous signalions tantôt^. Parfois aussi le De Sacramentis est appelé Liber Sententiarum, comme dans le catalogue de Cluni vers le milieu du xii® siècle 6. Si le nom d'un Magister Otho n'a pour lui qu'un faible appui critique, tout conspire, semble-t-il, à faire voir l'auteur de la Siunma dans un des disciples du grand Victorin, d'une pensée moins personnelle que son maître et plus accessible à une influence du dehors; il ne faudrait toutefois pas en faire l'œuvre d'un débutant.

Mais, indépendamment de la question de l'identité d'auteur, qu'il nous suffise en ce moment de faire constater dans la Summa sententiarum le point de convergence du

T. Voir plus haut la note 2, p. 118, et Gkabmann, op. cit..^ p, 290-297, où l'on trouvera les compléments bibliographiques. Seeberg ne penche pas vers l'authenticité (0/?. cit.., t. III, 1918, p. 174? n. 1).

2. Grabmann, op. cit., p. 296. Un ms. de Paris, Bibl. Nat., lat. 2916, est signalé par Krebs [Deutsche Literaturzeitimg, t. XXXIII, 1912, p. 269).

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