La renaissance carolingienne
Dans cette longue élaboration de la théologie du xii® siècle, la première phase date de la renaissance intellectuelle du viii® siècle, l'œuvre la plus originale de Charlemagne et qui valut au grand empereur, dès le lendemain de sa mort, les éloges les plus convaincus^.
Quand on parle de l'instruction théologique fournie par les écoles carolingiennes, ce serait toutefois se faire illusion que de se représenter un programme de matières et une méthode d'exposé, tels qu'en offrent les universités du XIII® siècle ou les séminaires duxvii°. Il n'est guère de documents qui permettent d'assigner d'autre objet à l'enseignement théologique de cette époque, que la lecture expliquée de la Bible, des œuvres de quelques saints Pères, des rites et des prières liturgiques. Encore, l'organisation des écoles-,
1. Tels, par exemple, les éloges d'un poète comme Walafrid Strabon, dans le prologue qu'il met en tête de la Vita Karoli magni imperatoris d'Eginhard (e'dité par Jaffé, Bibliotheca rerum germanicarum^ t. IV, Berlin, 1867, p. 5o7, et ensuite par Simson, dans la Zeitschrift fur die Gescldchte des Ohcnhcins, t. XLVI, 1892, p. 817), ou ceux d'un lettré comme Loup de Ferrières, dans sa lettre à Eginhard (Epistola I, dans les MGH. Epistolae Karolini aevi, t. IV, p. 7). Un scribe de Saint-Gall n'he'site pas à mettre en parallèle la valeur he'roique de l'empereur sur les champs de bataille et sa combative ardeur contre les fautes d'orthographe (MGH. Poetae aci^i carolini^ t. I, p. 89-90). Jonas d'Orléans a des expressions non moins élogieuses [De ciiltu imaginum, lib. i* PL. CVI, 309).
2. Citons seulement ici le capitulaire 2u, Adinoniùo gcneralis du
telle que nous la montrent les contemporains, ne nous faitelle pas clairement apparaître l'étude théologique, contrairement à ce qui se répète fréquemment, comme le couronnement des autres branches dans le programme enseigné. C*est plutôt dans l'entourage immédiat de l'évêque ou du <( preshjter » de la paroisse qu'elle trouve sa place, si l'on ne se contente pas de la lecture privée. Il ne faut donc pas s'attendre à voir l'essor de l'enseignement proprement théologique se produire dans les écoles réorganisées par Charlemagne. Le mot même de théologie ne prendra que petit à petit et tardivement en somme le sens que nous lui donnons aujourd'hui ^ ; longtemps il ne désignera que les connaissances qui ont Dieu pour objet, ou sera synonyme de la « sacra pagina », la Bible, selon la terminologie de Denis l'Aréopagite, précisément traduit au ix*" siècle 2. Mais, dominées qu'elles sont par un point de vue, on peut le dire, essentiellement religieux ^, les écoles fournissent le premier germe de ce qui sera plus tard la culture théologique ; elles développent entre autres ces préoccupations dialectiques qui vont s'introduire jusque dans le domaine sacré. Le programme de ces écoles comportait les sept arts libéraux ^, conformément à l'ancienne tradition romaine qui, des Iles Britanniques, où elle avait trouvé un asile peut-être trop souvent considéré comme unique^, se répandait avec une vie nouvelle sur le continent. Les arts du
a3 mars 789, n. 72, qui trace un programme ecclésiastique sommaire pour les écoles (édit. Boretius, dans lesMGH. Capitularia, 1. 1, p. 60), et la lettre de Charlemagne à un archevêque de Mayence (Lull ?) pour lui enjoindre Finstruction de ses clercs (MGII. Epislolae Karolini aevi, t. II, n. 22, p. 532), A l'e'cole de Tours, essentiellement the'ologique, la me'thode et l'objet de l'enseignement the'ologique sont manifestés dans hs Interrogationes et responsiones in Genesiin d'Alcuin (PL. G, 5i5 et suiv.).