‹ Le mouvement théologique du XIIe siècleChapitre 70 sur 228 · Grabmann, op. cit.. p. Soi · texte numérisé non relu

Grabmann, op. cit.. p. Soi

6. Ms. delà bibliothèque de l'Université de Gand, 56o (a5a)^ fol. 89' et suiv.

7. Article cité sur les Notes marginales du Liber Sententiaruin^ dans la Revue cT Histoire ecclésiastique^ t. XIV, 191 3, p. 5i8, 525, etc.

8. Mignon, Le « Tractatus theologicus » et Pierre Lombard^ dans la Revue des Sciences ecclésiastiques, t. LXII, 1890, p. 524, 54^, etc. Il n'est plus besoin de s'attarder à la paternité d'Hildebert du Mans sur le Tractatus theologicus^ qu'avant Liebner [Theologisclie Siudien und Kritiken, t. IV, i83i, p. 254), avaient déjà rejetée les rédacteurs des Mémoires de Trévoux, 1766, avril, p. 865-868.

sien, il nous reste encore à jeter les yeux sur une autre école contemporaine, dont les productions associées à celles de Paris, sinon dépendantes, contribuent d'une façon directe et immédiate à l'éclosion du Liber Sententiarum.

Ce centre est Bologne, déjà signalé au début de ces pages, et où figurent quelques-uns des représentants de Técole d'Abélard. Vers le milieu du xii'' siècle, plusieurs maîtres de droit canonique sont en même temps théologiens et ajoutent à leurs commentaires juridiques un recueil à^Sententiae^\ tels Roland Bandinelli, déjà cité, peut-être Omnibene, et certainement Gandulphe, dont l'œuvre, longtemps inconnue, fut un moment considérée comme le modèle immédiat du Liber Sententiarum. Pour le moment, qu'il nous suffise de nous arrêter exclusivement au principal auteur canonique de la période, à Gratien de Bologne, dont la compilation, si importante dans l'histoire du droit canon, a été manifestement utilisée, l'on devrait dire pillée, par endroits, par son compatriote qui écrivait à Paris. Le titre de l'œuvre, chacun le sait, est Decretwn, ou mieux Concordia discordantiwn canonum — ce qui constituait l'inscription originale ^ — étalant ainsi sous tous les yeux, à côté du mal depuis longtemps constaté parmi les textes traditionnels, le remède qu'on espérait y apporter. En dehors du titre d'ailleurs, cette préoccupation de l'accord entre les citations patristiques et juridiques se rencontre fréquemment dans les « dicta Gratiani » qui accompagnent les textes, ainsi que dans les préfaces et les gloses des premiers commentateurs^. Composée vers ii4o — on peut le dire

1. Voir Denifle, article cité de VArchiv, p. 621-624, et Gietl [op. cit.) qui donne en même temps que le texte de Roland, beaucoup d'extraits d'Omnebene et d'autres.

2. Voir l'e'lude re'cente de Heyer, qui montre, contre von Schulte et Friedberg, que le titre primitif était non pas « Concordantia », mais « Concordia discordaiitiiun canonum » , dans la Zcilschrift Savigny,

t. XXKItl, Kanon. Abt. Il, p. 336-342. Ajoutons aux preuves qu'il apporte, le témoignage du catalogue de Prûl'ening, en 11 58 (Becker, op. cit., xcv, 1 56-1 57, p. 214 : Concordia canonum).

3. VON ScHur,TE, Die Geschichtc dcr Quclien und Literatur der canonischen Redits^ Stuttgart, 1875, t. I, p. 46 et suiv., 60 et suiv. ; voir plus loin le chapitre V, p.Sai, où sont mentionnes divers glossateurs ; d'au-

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avec une probabilité qui confine à la certitude ^ — la première partie du Corpus luris ca?ionici offre des traces évidentes de l'influence d'Abélard. C'est ici que la théologie rend au droit canon une partie des services qu'elle en avait reçus, pour l'idée, le plan et les matériaux de sa propre systématisation 2. Le procédé mis en honneur par Abélard pour l'harmonisation des discordances, est largement mis à profit par Gratien ; l'on pourra s'en convaincre sans peine en passant en revue les nombreux exemples de conciliation basée sur les différences de sens d'un même mot, conformément à la règle du Sic et non. Malheureusement, le manque d'un contrôle basé sur l'étude du contexte, ne laisse trop souvent à l'explication que la valeur d'une pure hypothèse.

Pour les matériaux, il est à peine besoin de rappeler combien Gratien est tributaire des collections antérieures. Nous n'en sommes plus au stade d'information rudimentaire où se trouvait l'auteur d'une thèse sur le plagiat littéraire, défendue en iQ'j'^ à l'université de Leipzig, qui plaçait Gratien dans la galerie historique des plagiaires pour avoir utilisé un recueil antérieur ^. C'est par dix et plus, qu'il faudrait actuellement multiplier ce chiffre. Les travaux des Correc-

très sont cites par Heyer (recueil cité, p. 338, n. 4 ; p- 339, ^-^^ 2 et 3; p. 340, n. 4; p. 341, n. I et 2).

I. La date de 1140 a été fixée par i'e'tude de P. Fournier, qui fait époque dans l'iiistoiredes relations entre le Lombard et Gratien. Ces résultats ont été pleinement confirmés depuis et ge'ne'ralement adoptés par les critiques : Deux controverses sur les origines du Décret de Gratien, ddin?, \2i Revue d'Histoire et de Littérature religieuses, t. III, 1898, p. 97 et suiv., p. 253 et suiv. ; Gauçenzi^, VEtà del Dccreto di Graziano etl'antichissinio Ms Casinense di esso, dans les Studie e Memorie per la Storia delU Universita di Bologna, t. I, 1907, p, 67; Friedberg, Zeitschrift Jûr Kirchenrecht, série III, t. XVI, 1907, p. 434; Mocci, Documenti inediti sul canonista Paucapalea, dans les Atti délia R. Accademia délie Scienze di l'orino, t. XL, ipoÔ, p. 3^6; Heyek, article et recueil cités, p. 391-392; U. Stutz, Graiian und die Eigenkirche^ dans le même recueil, t. XXXII, Kanon. Xht. I, p, 2; voir aussi Patetta, article cité plus loin (p. 124, n. 3), p. 317 et suiv.

1, Thanek, op. cit. L'on trouvera la preuve de ce qui est affirmé ici, avec les développements voulus, dans le chapitre v, p. 335.

3. J. M. Reineltus, Dissertatio philosophica de plagio litterario, Weissenfels (Leucopetrae), 1679, n. 462, p. 201.

tores romani du xvi^ siècle, complétés par les Antoine Augustin au xvi^ siècle, les frères Ballerini au xviii^ siècle, puis par les recherches des érudils contemporains qui ont si bien défriché ce champ, permettent de ne voir dans le moine bolonais que l'habile compilateur des richesses canoniques précédemment accumulées. Le grand recueil de Burchard de Worms si répandu dès le xi'' siècle, celui d'Yves de Chartres, celui d'Anselme de Lucques, le Polycarpus du cardinal Grégoire, les œuvres d'Alger de Liège, qui fait œuvre d'initiateur en encadrant les textes d'un commentaire qui les explique, figurent parmi les principales collections qui sont entrées dans sa Cojicordia^. Aussi bien, grâce à ses multiples matériaux, à ses avantages pratiques, à son harmonisation des antilogies, le Dec? et peut être considéré comme le point d'arrivée des nombreux essais qui le précèdent. Il élargit beaucoup la part du commentaire, ce qui donne à l'œuvre une note personnelle qui manquait à la plupart des précédentes; si bien que. selon la remarque de Phillips reprise par von Schulte, \es Dicta Gratiani et les inscriptions des canons constitueraient le texte du manuel à l'appui duquel les canons, rejetés en note, serviraient de preuves-. La supériorité de l'œuvre sur celle de ses prédécesseurs lui assura tout de suite, on peut le dire, la place d'un livre clas sique en la matière. Les nombreux commentateurs qui, à Bologne et ailleurs, se succèdent au nombre de plus de douze, en moins de quarante ans, et dont beaucoup deviennent ensuite évêques ou cardinaux 3, nous disent déjà

1. Sur tout ceci voir, outre le chap. v, les Prolegome/ia de l'édition Friedberg, Corpus /uns Canonici, Leipzig, 1878, t. I, p. xix-lxxv ; p. Lxxvi et suiv. ; von Schulte, Die Geschichtc der Quellen und Literatur des canonischen Redits, Stuttgart, 1875, t. I, p. 63 et suiv., ]). 40 et suiv. etc.

2. Philipps, Kirchenrecht , Ratisbonne, i85i, t. IV, p. 148, n. 3o ; VON Schulte, op. cit. y p. 62; Stutz, article et recueil cités, p. 4. Sur les divisions et le caractère du livre, voir Tardif, op. cit., p. 174 et suiv.

3. Citons Roland, cardinal (i i5o) et pape (i 159-118O ; Jean, évêque deFaenza (1 160); Etienne, évêque de Tournai (i 192)^ Sicard, évêque (.') de Crémone (i i85) ; Huquccio, évêque de Ferrarefiigo); Lahorans, cardinal (1173); Albert, cardinal (1157); Omnebene, évêque de Vérone

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l'énorme importance qu'on attache aux études sur le Décret et la haute estime dont elles jouissent dans les sphères ecclésiastiques.

Resterait à dire un mot sur l'auteur, si le moyen âge toujours si pauvre en notices littéraires, selon la remarque deDùmmler^, n'avait gardé ici un laconisme plus énigmatique encore que de coutume. Nous possédons moins de renseignements sur Gralien que sur Hugues de Saint- Victor, ou sur Pierre Lombard; il est italien de naissance, peut-être de Carrazia, près de Ficulle, non loin d'Orviéto 2, et entre au monastère camaldule des saints Félix et Nabor, à Bologne ; son œuvre date de i i4o environ et il l'intitule Concordia discoi'dantium canonum, tandis que ses disciples lui donnent vite le nom de Décréta^ puis de Decietum. Il puise dans un grand nombre de recueils antérieurs et s'approprie peut-être tout le traité du De Paenîtentiay trouvé ailleurs 3; il a comme premier élève Paucapalea, qui enrichit son recueil d'un certain nombre de textes et lui donne peut-être sa division actuelle^. En somme, l'œuvre a complètement éclipsé l'homme; son nom, à peu près seul, a traversé les âges comme celui du

(1157), etc. (voir von Schulte, op. cit..^ p. ii4-i56, passim)] Paucapalea, évêqiie de S. Giusta en Sardaigne, semble-t-il, en II4^» ou 1147 (Patetta, Per la Storia ciel Diiitto Roîiiano nel inedio evo, dans la Ri' vista per le Scienze giiiridiche, t. XII, 1891, p. 317-326; Mocci, Dociimenti sul Canonista Paucapalea, dans les Âtti délia R. Accademia di Torino, t. XL, igoS, p. 3i6-326)' Rufin, évêque d'Assise, avant 1179 (Singer, Die Sunima Decretorum des Magister Rujinus, Paderborn, 1902,

p. LXV-LXXIX).

1. Ziir Lebensgeschichte Alchuins, dans le Neues Archiv, t. XVIÏI, 1893, p. 5i.

2. La carrière de Gratien est donnée, avec sources à l'appui, en résumé par Stutz, article et recueil cités, p. 2.

3. Voir l'appendice B du chap, v. Gralien renvoie à ce traité De Paenitentia (causa XI, can. 24; qu. IIl); il l'a donc connu lui-même comme partie de son œuvre. Une notede Bochenthaler, que me communique obligeamment le P. Hocedez, attribue la paternité de ce traité à saint Ernest de Zvviefalten ; nous n'avons pu vérifier l'exactitude de cette affirmation.

4. R. Secrel, Ueber neuere Editionen juristischer Schriften ans dem Mittclalter, dans \diZeitschrift Savigny^ Rom. Abt., t. XXI, 1900, p. 327 ; voir aussi ce que dit du rôle d'Omnehene et du cardinal Gratien, Albéric des Trois-Fontaines [Cronica, a. ii56;IVIGH. SS. t. XXIII, p. 843}.

principal représentant du droit canonique, et c'est à ce titre qu'il figure dans la Dwine Co/nédie^ parmi les habitants du ciel, que présente au visiteur le Docteur Angélique. A côté de lui se trouve Pierre Lombard, et cette juxtaposition répond parfaitement à la réalité des faits.

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