Voir plus loin, l'appendice B, 4, p
PRÉPARATION TIIÉOLOGIQUE DU XK^ SIÈCLE. 11
gulfe de Fnlda, connue sous le nom de capitulaire « de Litteris », ou « de Scliolis », et qui fait époque dans l'histoire de l'enseio^nement en Occident^. Le but assiq^né à l'étude de la grammaire est tout entier surbordonné à l'intelligence de la Bible ; un travail suggestif se présente ici qui consisterait à rechercher jusqu'où le chapitre des tropes, des métonymies et des autres figures, si important dans les grammaires du moyen âge, favorise, avec l'aide de textes patristiques violentés, cette outrancière floraison d'allégorismequi constitue une phase plutôt curieuse qu'intéressante dans les productions de l'exégèse médiévale 2.
La rhétorique, avec l'étude des anciens modèles qui complète la grammaire, échappe plus facilement à cette destination subsidiaire, surtout dans la pratique. Elle produit même maintprécurseur de la renaissance humaniste, comme ce Loup de Ferrières ^, chez qui le styliste se double d'un bibliophile et en qui Ampère voulait voir « un véritable philologue ». C'est par suite de pareilles préoccupations que le nom de Charlemagne est attaché à la conservation des œuvres de la plupart des auteurs païens latins, et que son époque a pris tant d'importance dans la tradition manuscrite des ouvrages de l'antiquité classique ^.
1. Capitulaire de 780-800, e'dit. Boretius cite'e, t. I, p. 78-79.
2. Voir, dans Bède, par exemple, les méthodes de l'interprétation des figures de mots ou de pensées, des tropi, comme dit Charlemagne dans le capitulaire cité [op. cit., p. 79), des tropi, des schcmata, etc., comme disaient les grammairiens. Parmi les exemples pris à Bède, que cite Plummer [op. cit.., t. I, p. lvi-lxii), beaucoup traversent tout le moyen âge. Une bonne édition du De schematibas et tropis est donnée par Halm, dans les Rhelores latini minores, Leipzig, i863, p. 607 et suiv. ; sur les relations entre Bède et Alcuin d'une part, Donat, Augustin, Cassiodore et Isidore de l'autre, à propos des Scheniata et des tropi, voir Roger, op. cit., 383-386.
3. Ses lettres donnent une idée de l'étendue de ses lectures dans les classiques latins et de son ardeur à faire venir d'Angleterre, d'Allemagne ou même de Rome, les exemplaires des œuvres inconnues en Gaule (par ex. Epistola i, viii, x, w, lxix, etc. ; MGH. Epistotac^ t. VI, p. 8, 19, 21, 26, 66) ; voir Nokden, op. cit., p. 679-701; Manitius, o^. cit., p. 485 et suiv. ; Ampère, Histoire littéraire de la France avant le XI I^ siècle, Paris, 1840, t. 111, p. 273.
4- L. Ha VET, Que doivent à Charlemagne les classiques latins? dans la Revue Bleue, 1906, I, p. 129-133; mêmes idées dans son Manuel de
12 LE MOUVEMENT ÏHÉOLOGIQUE DU XIl^ SIÈCLE.
Mais la troisième branche du« trinum » , la dialectique, à laquelle se réduit d'abord, au moins dans les cadres de l'enseignement, toute la philosophie, pouvait se réclamer des plus hauts patronages pour affirmer sa haute valeur propédeutique *. Si c'est par cette porte dérobée de la dialectique que les problèmes philosophiques se garantissent une entrée dans le programme des écoles, d'où ils déborderont d'ailleurs dans le domaine religieux, ils le doivent aux multiples éloges prodigués par les Pères « à cet arsenal de munitions », à « cette tactique si efficace contre toutes les hérésies )) qui, depuis saint Augustin, caractérise pour l'Occident l'insinuante dame au serpent et à l'hameçon, dépeinte jadis par Martianus Capella "^ et reproduite sur le « discus » de Théodulfe d'Orléans.
Les idées de Cassiodore, puisées dans saint Augustin, transmises à Raban Maur et à Alcuin, lequel avait textuellement transcrit saint Augustin, et qu'à leur tour répéteront Bérenger et Abélard d'une part, Hériger et Lanlranc de l'autre, préparent pour l'avenir une place toujours plus respectée et plus envahissante à cette partie du programme ^. Son importance et le crédit qui l'entoure se lisent jusque dans les œuvres versifiées ou les productions artistiques qui,
critique verbale, Paris, 19^0? P- 5- Voir aussi L. Traube^ Ueherlieferungsgeschichte rômischer Schriftstelleni, dans les Sitzungsherichte de Munich, année 1891, p. 387-428* Manitius, Die humanistische Bcwegung luiter Karl d. Grossen, dans la Zeitschrift fur allgemeine Gescldchte, t. I, 1884, p. 4^8 et suiv. ; et Philologisches aus altcn Bibliothekskatalogen, dans le PJicinisches Muséum, l. XLVIII, 1892 (Ergânzungsheft).
1. Nous nous permettons de renvoyer le lecteur, pour le détail de ce qui regarde la dialectique, à Tétude qui paraît incessamment sous le titre de : Dialectique, théologie et dogme, aux IX^-XII^ siècles, dans les Mélanges ofTerts en Festgabe (p. 79-99), à M. le Professeur Cl. Baeumker de Munich [Studien zur Geschiclite der Philosophie^ Supplementband der Beitràge^ Munster, iQiS, p. 79-99).
2. De Nuptiis Mercurii et Philologiae, lib. IV (édit. EyssENHARDT, Leipzig, 1866, p. 99). Les nombreux manuscrits qui nous ont transmis son texte, ou les commentaires, les gloses, les citations qu'on en rencontre partout, montrent la haute estime où le tient l'enseignement du moyen âge et Tinfluence qu'il y exerce; voir Manitius, op. cit., p. 48, 57, 77, 217, 335, 5o'2, 5o5, etc.