‹ Le Mouvements symbolisteChapitre 13 sur 26 · VU.I.IKUS DE L'ISLE-ADAM · texte numérisé non relu

VU.I.IKUS DE L'ISLE-ADAM

oouluinl(MO. Elisaholh, riiéroïne do la Révolte, n'est on eiret pas do oollos-là. Marioe à un liomnio riche muni d'une amo de caissier, annihilée par lui dans une collahoration cpil écrase en elle toutes les forces vives, elle a seulement le désir de vivre. Non pas de (( vivre sa vie » à la manière des héroïnes de Bataille, mais de vivre tout simplement, de se promener sous dos verdures vivantes, non seulement « une fois le temps n, mais à son gré. Elle ne peut plus entendre cet homme rire de son idéal, en parler avec l'indulgence qu'on a pour les douces Iblies. Elle veut s'accouder, le front vers les étoiles, sans qu'un mot stupide la jette au gouffre des vulgarités. Elle s'en explique nettement, elle part, ^[ais, à peine partie, elle s'aperçoit hien, pauvre oiselle aux ailes rognées, que toute vie est impossible — au dehors, parce qu'elle n'a plus le ressort nécessaire — au dedans, parce qu'elle ne peut plus vivre avec son mari. Elle revient : elle accepte le pardon de cet imbécile.

Quand ce drame a été repris, M""' Segond-Weber a donné à ce personnage d'Elisabeth, plus fréquent qu'on ne l'imagine, une interprétation sublime d'une a more sobriété.

La pièce ne fut pas comprise : sauf Gautier, Judith Gautier et Théodore de Banville, la presse criticjua sévèrement l'auteur. Tarbé, du Figaro, s'emj)orta jusqu'à dire «qu'il n existe pas d'imbéciles », co qui peut sembler excessif.

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En 1870 aussi fut jouée V Évasion. Puis ce fut la guerre.

La première partie d'^a?e/ parut en 1872. Nous étudierons l'œuvre en son ensemble.

En 1876, un concours fut ouvert, avec un prix de 10 000 francs, pour la meilleure pièce faite sur la libération de l'Amérique. Villiers de l'Isle-Adam fit le Noaveau-Monde , chef-d'œuvre incontestable de construction, d'ententes cénique, d'étude de caractères.

Le prix lui revenait de droit ; mais un membre du Comité avait un candidat à lui , si bien qu'après de longs débats, l'auteur du Nouveau-Monde reçut 2 000 francs, M. Dartois, auteur d'Un Patriote, 2 000 francs, un autre concurrent 1 000 francs et le Comité en garda 5 000 pour frais de séances et autres.

Cette déception n'arrêta pas Yilliers de l'Isle-Adam. Au fur et à mesure de la production parurent dans des revues ses Contes cruels, qu'Hetzel refusa de mettre en volume et qui, publiés par Calmann-Lévy en 1880, eurent un succès considérable. En février de la même année, il fit jouer le Nouveau-Monde ; mais, mal servi par ses interprètes, il n'obtint qu'un succès d'estime. En i885 parut V Eve future, roman bizarre et d'un surprenant intérêt. La donnée est digne d'Edgar Poe, mais traitée avec une simplicité plus métaphysique que mathématique. Un jeune lord, Cœlian Ewald, aime avec passion une cantatrice, AliciaClary, dont la beauté parfaite ressuscite l'harmonie des purs

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mai bivs grecs, mais dont la sottise Ini'omic cl outrecuidante fait désespérer qu'elle ait une ame. Ce disparate rend lord Ewald l(^ plus malheureux des hommes. « Ahî cpii m'arrachera celte ame de ce coips I — Moi ! » dit le i^rand inventeur Edison. Et il fabrique une Andréidc, une femme artificielle, en c[ui 11 incarne non l intelligence, mais les paroles, les accents d'une vraie femme. Le mirage est parfait : Hadaly (l'Andréide) est infiniment plus vivante que la femme réelle, et le jeune lord, si près du suicide, retrouve assez de force d'ame pour survivre à la mort dans un naufrage de ses deux étranges amantes. On assure qu un fait réel s'était rencontié à la genèse de cette œuvre, qu'un électricien américain, en apprenant le trop véritable suicide du jeune patricien, s'était fait fort de sauver un homme dans la même situation, s il le connaissait. Bluff ou vérité, cette assertion a tout au moins produit l'un des plus singuliers chefsd'œuvre de notre littérature.

Malgré le génie de l'écrivain, le succès ne franchissait pas la barrière du monde des lettres et les lettrés eux-mêmes n'étaient pas toujours doux à cet exilé des splendeurs. Un garçon du café oii il fréquentait ordinairement tint ce propos rapporté pai* M. R. de Pontavice de Heussey, cousin de Villiers de flsle-Adam : a il était bien bizarre, il faisait de grands gestes... Quand il arrivait, les autres gens de lettres disaient : (( Voilà le raseur! » mais ils se cachaient pour prendre

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des notes pendant qu'il parlait. » Il livrait à ses compagnons les trésors magnifiques de son génie mis au pillage, mais il ne s'appauvrissait point. De cela, du moins, il était profusément riche.

Dans ces années de symbolisme parurent les Contes cruels, VAmour suprême, Histoires insolites, les Nouveaux Contes cruels, Propos d'au delà et Chez les Passants. En 1887, il publia Trihulat Bonhomet, dont sous les titres de Claire Lenoir et Le Tueur de Cygnes avaient paru d'importants fragm'ents. Entre temps, il avait fait en Belgique des tournées de conférences qui lui avaient fait connaître les applaudissements auxquels il avait droit depuis longtemps. Liège surtout, la plus française des villes belges, lui avait fait un admirable accueil . la gloire venait. Trop tard. Epuisé de travail et des privations d'une lutte trop rude pour ses forces, il mourut le 18 août 1889, dans la maison de santé des Frères de Saint-Jean-de-Dieu, rue Oudinot, soutenu et consolé par l'humble femme aimante et dévouée qui porte son nom formidable avec une dignité simple, dans un deuil jamais consolé. Il avait 5i ans.

Axel, dont il voulait changer le dénouement dans une orientation plus nettement catholique, demeurait dans ses cartons. Ce drame philosophique fut joué, peu d'années après, par M""' Sarali Bernhardt qui fut merveilleuse dans le rôle de Sara. Une adorable musique de M. Alexandre Georges ajoutait au

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cliarine triste de ce trioinplie posthume, aube d'une réparation que les Lettres françaises doivent toujours à Villiers de Ilsle-Adam.

\ iLLiERs de risle-Adani, sans renier rien de son œuvre, considérait comme travaux de jeunesse tout ce qu'il avait publié avant la trentaine. G est, en efTet, après la guerre de 1870-71 que nous voyons paraître les trois œuvres où se précise sa conception philosophique : Tribalat Boahomet , rÈve future et Axel.

A ce moment, le monde littéraire appartenait à des écrivains sans horizon. Les naturalistes de l'école de Zola se plaisaient dans le détail bas et la description vulgaire, avec une myopie désespérante et satisfaite. Flaubert, qui passait pour un des pontifes de l'école, était bien loin d'en épouser les vues étroites, lui qui écrivait, à propos de Salammbô : (( Peu de gens devineront combien il a fallu être triste pour entreprendre de ressusciter Carthage ! C'est là une Thébaïde ou le dégoût de la vie moderne m'a poussé. » Il ne s'évada pas, toutefois, du Naturalisme et sa dernière œuvre, Bouvard et Pécuchet, ressemble — avec les grandes vues en moins, qui étaient incompatibles au genre — au Tribalat Bonhomet de Villiers de l'Isle-Adam, dont les principaux passages avaient paru avant que les

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héritiers de Flaubert aient mis au jour son œuvre posthume.

Tribulat est le Bourgeois dans toute son horreur, un bourreau courtois et scientifique, une âme de cuistre féroce dans un ajustement de quaker. C'est un délicat : il sait que les cygnes exhalent leur âme dans un chant suave. Il ne croit pas à l'âme, postulat périmé, mais il apprécie le « timbre » de ces hymnes funéraires : c'est pourquoi il se fait leTuear de Cygnes. Le roman se passe surtout en discussions philosophiques.

Tribulat fréquente la famille Lenoir. Le mari, très épris, est jaloux. La femme, bien qu'en apparence irréprochable, a commis une faute, et, après sa mort, un court moment après sa mort, Lenoir tue, à des lieues de distance, le lieutenant Clifton que Claire avait aimé. Cette aventure est plutôt sous-entendue que racontée. L'intérêt du livre est surtout dans les pensées débattues par Tribulat, dont l'imbécillité représente assez bien la pauvre raison humaine livrée à ses propres forces et gonflée de sa vanité ; par Lenoir, esprit grave, pénétré de philosophie allemande et par Claire Lenoir figurant l'intuition qui s'appuie sur la Foi la plus absolue. Naturellement, Tribulat Bonhomet ne peut croire que ce qu'il voit. Encore ce qu'il voit, à un moment donné, déconcerte-t-il sa cervelle.

Claire, profondément catholique, a bientôt fait d'af-

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llnnor (|ii' a au pDitif ilr rtw mcinr <h' lu philosophie. Dieu ne sunruil ne pas vire cl (pie la Foi esl nécessaii'e, puisi/ue ht croyance esl la seule hase de lu réalité ».

Ici ('laire icfiite plus les pcMisécs do son mari que celles de Tribulat. Lcnoir est en eflet liégélien convaincu, ses opinions sont très nettes : « »S/ les choses sont, A^/ /'appaïaîlre de l univers se produit , ce ne peut être qu en vertu d'une nécessité ubsolue. Il y a une raison à cela. Eh bien ! fjue cette raison soit l'idée ou autre chose que ridée, c'est l/ien plutôt de l'être sensible qu'il faudra douter puisque tout ce qu'il possède de réalité lui vient nécessairement de cette raison vive, de cette loi créatrice et (pie cette raison, cette loi ne peut être saisie et pénétrée que par l'esprit. L'Idée est donc hi plus haute forme de la réalité, et c'est la réalité même, puisqu'elle jKirticipe de la nature des lois suréternelles et pénétre les éléments des cJioses. D'où il suit qu'en étudiant simplement les filiations de l'Idée, j'étudierai les lois constitutives des cJioses et mon raisonnement coïncidera, s'il est strict, avec /'essence même des choses, puisqu'il impliquera, en contenu, cette nécessité qui fait le fond des choses. »

Donc la pensée existe seule et le veibe qui l'exprime est la seule action valable. C'est la doctrine esthétique de Mallarmé, c'est la pure doctrine d'Hégcl : (( Le vide nous enveloppe obstinément ; nous ne pouvons en métaphysique, en n'acceptant que la raison, mettre la main sur le troisième terme de l'actualité, pas plus

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que sur V activité vivante, en médecine. Cela nous échappe et la question paraît devoir se reculer toujours sans être jamais résolue, comme ces mirages dans les déserts. La nouvelle métaphysique matérielle — nous parlons des plus récentes données venues d'Allemagne

— s'annonce de manière à continuer l'état de doute oh nous sommes plongés. — Un sentiment profond et qui parait indestructible de la vanité de notre condition lutte sans cesse, en nous, contre V estime de notre tâche. Ce n'est plus : « Que sommes-nous? » qu'il faut dire, mais : (( Qui sommes-nous? » Toutefois, à propos de cette question de l'être et du néant disparus et formulés tous les deux à la fois dans on ne sait quel éternel devenir, la théorie de l'idéalisme hégélien reste sans appel: l'antinomie qui affirme l'identité de l'opposition la plus abstraite et la démontre dans son en Soi, en reconstituant logiquement la Nature, l'Humanité, la Pensée

— en forçant, pour ainsi dire, l'apparaître à expliquer le motif de son explosion — en mettant la Raison humaine de pair avec l'Esprit du monde, enfin cette antinomie n'a pas été suffisamment ébranlée.

(( Hélas ! Est-ce que nous serions le devenir de Dieu ? ))

C'est la même pensée que Hegel formule : « Tout devient, hormis la Pensée, car c'est dans la pensée immortelle et éternelle qu'expire tout devenir. Tout se meut en vue de la pensée et tout est mû par la pensée parce que tout est dans la pensée et que la pensée est le

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tout, mais le tout ihuis s<t forme parfaite et dans son unité a/tsolue.

u Uetre qui ne devient point, e'est l'être à fjui rien ne manque et en qui se eoncenfre raf)solue réalité. Et e'est là la Pensée. »

La question ici n'est (|iio posée, et la mort de Lenoir, puis celle de Claire, la tranchent sans la résoudre.

Il en est de même dans V Eve future. Certes, lord Ewald, déçu par la réalité, s'est réfugié dans le rêve, et ce rêve, réalisé par Edison. sufTil à son cœur fatigué. D'ailleurs, (piiniporte le sujet du mirage, puisque le mirage seul existe, son Jdée au sens platonicien : ((. Grave écureuil, l'homme s\ifjite en vain dans la geôle mohile de son Moi, sans pouvoir s'évader de r illusion oii le captivent ses sens dérisoires. »

Le conflit se posera donc toujours entre les êtres dont les Pensées — seules réalités, ne l'oublions pas — sont élevées et ceux qui ne basent leur vie (|ue sur l'intérêt matériel. La haine du « Bourgeois », que l'école romantique basait sur des incompréhensions esthétiques, devient ici le seul moyen de défense des esprits délicats contre les « Tueurs de Cygnes ». Un nombre infini de nouvelles montrent l'homme de pensée en proie aux êtres mercantiles. Il faut avoir été bien au fond de la vénalité, de la bassesse de certains milieux littéraires pour avoir écrit la Mac/une à gloire. Deux Augures et tant d'autres. Il faut avoir soulfert jusqu'à la nausée physique de certaines

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conversations utilitaires pour trouver V Affichage céleste, prospectus d'une vaste entreprise de publicité par qui (( le ciel finira par devenir bon à quelque chose et par acquérir enfin une valeur intrinsèque ».

Les imbéciles agressifs sont d'ailleurs nécessaires. Ils sont le châtiment et la limite brutale imposés au rêve du penseur, car « l'idéal violé ne pardonne pas et nul ne joue impunément à la divinité ».

Mais quel mépris hautain dans les âmes d'élite pour ces esprits bas et grossiers! Claire le dit sans nul ambage à Tribulat Bonhomet : « 7/ est des êtres ainsi composés que, même au milieu des flots de lumière, ils ne peuvent cesser d'être obscurs. Ce sont les âmes épaisses et profanatrices, vêtues de hasard et d'apparences et qui passent murées dans le sépulcre de leurs sens mortels... 0 Flambeaux ! que serait, après tout, votre gloire sans les Ténèbres?... Cependant.. . il est des ténèbres méphitiques qui, incapables de recevoir la lainière, éteignent les flambeaux ! » Et plus loin, en réponse à je ne sais quel argument stupidement décisif: (( Le premier microscope venu suffit pour nous prouver que nos sens nous trompent. »

Ces termes dépassent certainement l'intellect de ce bon docteur, mais, comme le dit ailleurs Yilliers : (( Les êtres trop équilibrés ne pardonnent pas volontiers Vàme quand, par des riens inintelligibles pour eux (mais très sensibles), elle les humilie de son invisible présence. L'âme prend alors à leurs yeux la proportion

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iViui (jr'u'f. » La (erocilé patoline de Ti'ihulal a donc, non pas raison, mais toulcs les raisons possibles pour s'exercer aux dépens du eoujile Lenoli-, dont il ne peu! comprendre ni accepter les mépris.

Cepeiidanl, au cours de ces deux romans, la (picslion semble à Villiers se poser dans un ordre de faits, dans un cadre trop matériels. Il \cut qu'une œuvre discute les conllits de l'Idée pure en dehors des nécessités mondaines. Déjà, dans V Annonciateur et dans AkedysseriL il avait cherché le mot de l'énigme de la mort et de l'amour dans cet Orient fabuleux où md j)ostulat ne semble gêné par la réalité. Encore, comme il le dit. dans une forme tout hégélienne : « Salomon /i\'sf plus dans l'Univers que comme la lumière dans un édifice. )) Le prêtre de Siva, dans Akedysseril, en est arrivé au même état de renoncement parfait. L'être humain, V Homme, tel que Villiers le rêve, n'est plus qu'une pure abstraction.

Tel Maître Janus dans Axel. Ici, malgré la figure de reître hautain, si bellement campée, qu'est le Commandeur Kaspar d'Auesperg, tenant des cupidités mondaines, malgré le trésor ancestral qui hante toutes les imaginations, la donnée n'a rien de terrestre. Sara de Maupers, dernière d'une illustre famille, est éleA'ée dans un couvent, et comme elle a reçu (( le don redoutable de V Intelligence », on veut la garder religieuse. Elle s'y refuse nettement, après une longue discussion avec l'Archidiacre chargé de lui

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donner le voile et qui symbolise la Foi raisonnée. Axel d'Auesperg, son cousin, élevé par Maître Janus, étrange figure de mage qui représente l'Intelligence et la Volonté dans ce qu'elles ont de plus haut, est arrivé à l'initiation occulte qui exige un entier renoncement. Il s'y refuse. Sara, en fuite, en proie à l'orage, se réfugie dans le château d'Auesperg. Les deux enfants se voient et s'aiment.

Ils se retrouvent, au troisième acte, dans le caveau du trésor. Après une courte lutte, cet acte n'est qu'un adorable poème d'amour. Le mot du secret est trouvé, le trésor s'écroule à leurs pieds en un ruissellement de matières précieuses. Ils s'adorent, ils vont vivre. Mais que leur importe la vie ?

(( Oh! le monde extérieur! Ne soyons pas dupes du vieil esclave enchaîné à nos pieds, dans la lumière, et qui nous promet les clefs d'un palais d'enchantement, alors qu'il ne cache en sa noire main fermée qu'une poignée de cendres ! Tout à l'heure tu parlais de Bagdad, de Palmyre, que sais-je? de Jérusalem. Si tu savais quel amas de pierres inhabitables, quel sol stérile et brûlant, quels nids de bêtes immondes sont, en réalité, ces pauvres bourgades qui t' apparaissent si resplendissantes de souvenirs au fond de cet Orient que tu portes en toi-même ! et quelle tristesse ennuyée te causerait leur seul aspect! Va, tu les as pensées ! il suffit, ne les regarde pas. La terre, te dis-je, est gonflée, comme une bulle brillante, de misères et de mensonge, et, fille

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<hi m'iuit orif/ificl, rllc crrrc an inoindrc soii/Jh', Sa/'o, <h' ceux (jiii en (i/)j)i'Oc/ie/il. » Et, plus loin : « Tu vois le monde e.rlérieur à Iravers ton dîne, il t éblouil. »

La Fcinine est rélernelle tentatrice parce tju'elle a le sentiment très vil de la durée de son œuvre. Sara renonce (lirficilenient h son jeune bonheur. C'est son amant qui 1 en détache : (( Rassasiés pour une élei'/iilé, /erons-noas de table et, en toute justice, laissons aux imdheureux doid la nature est de ne pouvoir mesurer iju'à la sensation la valeur des réalités, le soin de ramasser ces miel tes du J'eslin.. .

(( ï^e momie extérieur ne peut nous do/tner une seule heure comparable en intensité d'existence à une seconde de celles que nous venons de vivre. U accomplissement réel, absolu, parfait, c'est le moment intérieur que nous avons éprouvé l'un de Vautre dans la splendeur funèbre de ce caveau. Ce moment idéal, nous l'avons subi : le voici donc irrévocable, de quelque nom que tu le nommes! Essayer de le revivre, en modelant chaque jour, à son image, une poussière, toujours décevante, d'apparences extérieures, ne serait que risquer de le dénaturer, d'en amoindrir l'impression divine, de l'anéantir au plus pur de nous-mêmes. Prenons garde de ne pas savoir mourir pendant qu'il en est temps encore^ ^y

Ils meiu*ent donc, heureux que rien ne puisse abaisser jusqu'au réel l'immensité de leur bonheur.

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