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seraient leA'és pour aller à lui. Une école se forma autour de son (c audition colorée ». Mais, de ces élèves, qui sont aussi les fils spirituels de Mallarmé, un seul a été jusqu'ici fidèle autant que logique: c'est M. René Ghil.
La formule de ce poète a pu sembler une gageure, car elle transpose aux plus vastes compositions philosophiques la méthode de Mallarmé pour ses petits tableaux de chevalet. Ce n'est pas sans un certain effarement qu'on lit des vers comme ceux-ci :
Ah ! sur les terrasses en pressant nos épaules
Longtemps, parmi la nuit d'étoiles à meurtrir
Notre gloire, passons ! mes Yeux pleurent les Femmes
Qu'ils n'ont point vues et qu'ils ne verront pas. L'air
Est algide, qui m'environne du désert
De leurs manquantes présences, leurs doigts de vie
Que mon amour voulut de toutes pierreries
Multi- ardentes aux soleils ivres, alentir !
Sur mes lèvres, leurs doigts ont la langueur suave
Du doux vent qui s'en vient de la houleuse entrave
Des pétales et l'harmonie de l'atome
Et de l'astre énarrant en la nuit péristome
Le los sonore de l'Unité, du long geste
Elliptique et total de leur don nu s'atteste
Résumant l'heure entière des Epithalames
... Les Etoiles et les Femmes, sois-les-moi toutes,
0 toute-Aimée! sois-les-moi douces !...'
Mais il n'y a jDas à s'effarer, et, de cette formule,
I. René Ghil, Le Dire du mieux. Edition du Mercure de France.
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M. Wvnc (iliil s'cxpll(jiic 011 termes aussi clairs que les autorise sa conception d art infiniment sincère et personnelle.
Il s attache à démontrer que le Symbolisme n'est pas un système, mais plutôt une manière de penser, « nue forme synthétique de la comparaison par imar/es entrai les choses considérées d'api'és leurs similitudes — ce qui est essentiellement le Symbole ». Ainsi, pour lui, le Symbole est comme l'essence de la Poésie en général, telle qu'elle est comprise communément en tous lieux et toutes langues et surtout peut-être chez les poètes d Orient. « Vouloir en faire un système était donc antihistorique et illogique. »
M. René Gliil a entrepris une œuvre vaste, le Dire du mieux, suivi du Dire des sangs oh il étudie l'Homme en soi-même, dans le développement des Races et des Cités. Il a fait aussi le Pantoun, des Pantouns, où il exalte Java, l'île mystérieuse qui lui est chère peutêtre en souvenir des fugues de Rimbaud, encore que l'auteur se réclame davantage de Mallarmé, mais l'enchanteur de Bateau ivre lui est cher.
M. René Ghil est le dernier Symboliste logique. Il a exposé ses idées au Congrès des Poètes, malgré
I opposition de beaucoup, qui auraient dû d'ailleurs lui laisser dire sa pensée, quitte à ne la partager point.
II a montré l'évolution d une œuvre qu'il j)0ursuit dès sa prime jeunesse et dont il attend « la fin pour toute la retravailler, en enlever les tares, tendre à la
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plus grande harmonie de cette œuvre, dont il verrait alors r ensemble dans un cerveau plus capace ».
Survivant d'une épopée verbale, ce poète singulier a du moins le courage de soutenir, par un labeur formidable, une opinion, la plus combattue du monde et vaincue d'avance. Quand Don Quichotte s'est fait rompre les côtes à combattre les foulons et leurs marteaux, il dit, avec une dignité triste, à Sancho qui s'esclaffe, une fois le danger passé : (( Vous semble-t-il par hasard, monsieur le rieur, que si ces foulons eussent aussi bien caché une périlleuse aventure, je n avais pas fait paraître assez d'intrépidité pour la mener à bien ! Faites voir que ces marteaux se changent en six géants, et si je ne les mets pas, tous les six, les quatre fers en Vair, alors je vous permets de vous moquer de moi tout à votre aise. » C'est qu'en effet le courage ne se mesure pas à l'opportunité du but poursuivi, mais à la manière dont on le poursuit, aux sacrifices qu'il vous cause. H y a courage à soutenir le Symbolisme, quand on en est le seul tenant.
Pour bellement que soit défendue une erreur, elle ne devient pas une vérité, ni même une théorie vraisemblable. La clarté demeure la qualité primordiale de la langue française, et tout ce qui s'en écarte est antipathique au génie de notre race. Ceux qui n'ont pas suivi Mallarmé dans la claustration du cabinet de travail comprennent, comme Arthur Rimbaud, au contact de la vie, que tous les sophismes, même
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criiiés 011 th('(3rios, ne sont jamais que des sopliismes et Nmehent plus on moins u ù /d J'o/ic (jiio/t enferme ». Après les sincères, les esthètes sont venus : ils ont singé la folie et mis en valeur des idées, à quoi ils ne comprenaient goutte. Cette école, commencée glorieusement, tournait à la mascarade ridicule. Laforgue, qui vécut en marge, fut des premiers à la railler.
^cf
JLLE8 LAFOliGUE
IULES Laforgue fut le Musset du mouvement symboliste. Un Musset moins élégant de formule, mais d'àme tout aussi distinguée. Il a, du poète des Nuits, la voluptueuse émotion, la spontanéité bondissante et douloureuse et, soudain, celte pirouette qui se moque de tout et de soi-même. C'est encore le même vers (( fait pour son plaisir » avec les mêmes négligences de teclinique. d'autant plus apparentes chez Laforgue qu'il était hanté par les chansons populaires et rêvait de les transposer dans une forme tout aussi naïve, mais plus littéraire. Prenons-en pour type ce poème:
La Chanson du Pktit Hypertrophique*.
C'est d'une maladie d'cœiir Qu'est mort', m'a dit l' docteur,
1 . Los citations de Laforgue sont prises clans ses Œuvres complètes, <^dition du Mercure de France.
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Tir-lan-laire I
Ma pauv' mère, Et que j'irai là-bas Faire dodo z'avec elle.
J'entends mon cœur qui bat:
C'est maman qui m'appelle.
On rit d'moi, dans la rue, De ma mine incongrue,
La-i-tou !
D'enfant saoul :
Ah ! Dieu ! c'est qu'à chaqu' pas J'étouffe, moi, je chancelle.
J'entends mon cœur qui bat :
C'est maman qui m'appelle.
Aussi j'vais par les champs Sangloter aux couchants,
La-ri-rette !
C'est bien bête.
Mais le soleil, j'sais pas, M'semble un cœur qui ruisselle.
J'entends mon cœur qui bat :
C'est maman qui m'appelle.
Ah ! si la p'tit' Gen'viève Voulait d'mon cœur qui crève,
Pi-lou-i !
Ah ! oui !
J'suis jaune et triste, hélas !
Elle est ros', gaie et belle !
Je sens mon cœur qui bat :
C'est maman qui m'appelle.
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■^ ,11 I.KS I.MOIK.I i: ^-
Non, fdut riii(Mul(> est lurcli.'inl Hors le ciL'ur des roucliants,
Tir-lan-laire !
El ma mère.
Et j' veux aller là-bas Fair' dodo /.'avec clic.
Mon cœur bat, bat, bal:
Dis, Maman, lu m'appelles?
C est cette incomparable simplicité que la plupart (les imitateurs du poète mort à 27 ans n ont pas su voir, ni son àme délicieuse. Ce qu'on a vu, c'est que, clans ses notations brèves et parfois un peu cliercbées, il a pu prendre avec la prosodie des licences qui seraient impardonnables chez un autre, mais il est des grâces auxquelles on ne peut que tout pardonner.
Dune famille bretonne implantée en Bigorre, Laforgue naquit, de par les hasards d'un voyage, à Montevideo, le 22 août 1860. Son adolescence se forma dans Tarbes ; puis, dès qu'il se sentit hors de page, il s'en vint conquérir Paris, mais il y vécut très modestement, pour n'être pas à charge aux siens. L'amitié de ^L Ephrussi lui procura une situation lucrative et relativement indépendante en Allemagne, comme lecteur de l'impératrice Augusta. Par une de ces coïncidences qui accablent les âmes délicates, Laforgue apprit tout ensemble la mort de son père et cette nomination. Il en eut le plus grand chagrin : sa fnère déjà était morte, et il se sentait profondément orphelin. Sa correspondance avec sa sœur est pleine
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de choses exquises, d'une âme puérile, spontanée, tourmentée du scrupule de ne peiner personne. Quand il se laisse aller, il a des mots d'enfant ; et qu'était-il autre chose ? Il s'étonne et s'afflige, arrivé à son poste, de ne voir, en pays allemand, « que des boutiques allemandes », et quand les nécessités de son emploi l'amenèrent à Strasbourg, la vue des soldats allemands « faisant V exercice » dans cette ville à jamais française lui fut un déchirement de cœur.
Dès l'âge de 20 ans, il écrivit à la Chronique des Arts et de la Curiosité, à la Gazette des Beaux-Arts sous la direction de M. Ephrussi (ce qui amena son voyage en Allemagne), à la Revue Indépendante, au Décadent d'Anatole Baju, à la Vogue, au Symbolisme, à la Vie Moderne, au Figaro sous le pseudonyme de Jean Vieu.
Après cinq ans d'Allemagne, il connut celle qui devait être sa femme, Miss Leah Lee, et vint s'établir à Paris, rue BerthoUet, dans un milieu étincelant d'esprit et d'intelligence, avec les Gros : Charles Gros, l'auteur du Coffret de santal, qui inventa le phonographe et la photographie en couleurs; Antoine Gros, médecin, qui écrivit un volume de philosophie : le Problème, oh tout est rare et à méditer ; Henri Gros, depuis directeur de l'Ecole de Sèvres, mais qui ne rêvait alors que de reconstituer les pâtes de verre égyptiennes et la peinture à l'encaustique des anciens. Il en avait écrit un volume en collaboration avec
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Charles llciiiy. Celui-ci n'était pas l'un des moindres attraits du groupe : (^iharles Henry, mathématicien et chimiste, a recueilli avec une patience d'amant et de chartiste les lettres de M""" de Lc^spinasse et les a préfacées dans le plus joli lan'j:age du wni'' siècle. Esprit délicat et pénétrant, il se plaît aux couleurs, aux parfums, aux vers d' Homère, capable d'un madrigal ex(juis comme d'une écjualion transcendante, né pour 1 allolement de la science olTiciclle qui ne sait où classer cet animal hybride, spécial en toutes choses, né aussi pour l'enchantement et la gloire de ses anfis.
Malade, Laforgue se vit entouré de leurs soins, de ceux du bon et délicat poète Camille Mauclair, mais surtout de sa chère femme, (( le petit personnage », Leah Lee aux grands yeux bruns, qui ne sut pas lui survivre. Il mourut le 20 août 1887.
Dans une si courte vie, son œuvre est pourtant considérable. Sa technique — car il en avait une, et très arrêtée — fut celle que Paul Fort a reprise depuis avec plus de bruit et moins de talent : la simplification du vers, le retour aux formes populaires. Il négligea volontairement l'unité de strophe. Peut-être eût-il repris ces poèmes qui ne furent publiés qu'après sa mort. On voulut voir dans cette forme plutôt lâchée un renouvellement complet de la formule poétique, et ce fut de là que partit la réputation de Laforgue dont on a fait un chef d'école, d'une école qui lui ressemble assez peu.
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Gomme tous ses contemporains, il était fortement imbu de Schopenhauer et, dans ses moments de défaillance, prêchait l'inutilité de l'action. Mais il sentait vite la veulerie mauvaise de ses pensées. Dans ses Moralités légendaires, il se raille lui-même et tous les symbolistes dans son Hamlet qui dramatise en monologues pour mourir d'une fin assez plate dans un cimetière de village, tandis que l'actrice qu'il enlevait, qui devait (( V enivrer de regards immortels », retourne à la ville se faire rosser par son amant habituel, le jeune premier de la troupe. « Et tout rentra dans l'ordre. »
(( Un Hamlet de moins, la race n'en est pas perdue, qu'on se le dise I »
Sa Salomé nous montre aussi la princesse jonglant avec des mots sonores, devant des Princes des pays du Nord qui se demandent avec égarement : (( A quelle heure la couche-t-on? » et qui se jette très involontairement d'un promontoire dans la mer en lançant la tête de lokanahan qu'elle a fait enduire de phosphore pour la voir telle qu'une étoile dans la mer. G'esiPersée et Andromède, version infiniment moderne du mythe antique, où le monstre finit par être le plus heureux des trois. Cela, c'est la littérature ; où il faut voir Laforgue, c'est dans la musique de sa pensée rythmée par son cœur. Il est venu à Paris comme un pauvre Gaspard Hauser ; et la vanité, la sottise ambiantes finissent par l'écœurer, le dégoûter, non
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(le la poésie, mais des poMcs. Témoin la pièce suivante oii il (lé\(àli' (U'iihérément son ame, on il avoue même la mauvaise honte qui l'amène à se prostituer comme les autres :
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