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.le sais hioii, il v u des vers de l'A j)icds ; mais Théodore de Haiiville, 1 inipeccahlc, ne les a-l-il pas essayés? Il y en a même nn de i .") : Moréas admet le vers libre. « En outre », pour parler comme le poète, il y a l'énumération des tlenves lointains. Elle n'a rien qui puisse choquer des lecteurs à qui Victor Hugo en a montré bien d'autres.
On trouvait encore dans ce volume fùione au clair visage, cette histoire d'un amour inavoué par pudeur et que termine ce paysage d une couleur suavement blonde :
Fier printemps ravisseur, (juc tu m'as abusé, Et de quels (aux semblants tu m'as le cœur brisé ! L'iiirondellc à présent vers la mer s'est enfuie, Le cri de l'échassler nous ramène la pluie, Le prudent laboureur qui songe à ses guérets De la cognée abat, dans les tristes forêts. L'yeuse qui répand à terre son feuillage. Automne malheureux, que j'aime ton visage!
Quoi de plus classique, sinon cette Invocation puisée aux Sylves qui parachèvent le volume :
Déesse aux yeux d'azur, Minerve glorieuse, Tritogéni', I^allas, pudi(|ue, ingénieuse Protectrice Athènè qui maintenant habites Où ma Seine, en flottant, sa course précipite. Fais que l'intègre voix qui de ma lyre sonne. Ayant vaincu le temps, d'âges en âges donne Aux femmes la douceur, aux hommes un cœur pur. Ainsi je te salue, ô vierge aux veux d'azur.
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*= -^ LE SYMBOLISME <^
L'apostrophe de Tritogéni' remplaçant un e, qui ne s'élide point, est-elle assez de la Pléiade dans une pièce qui, sans elle et sa rime « habites précipite », serait en tout point digne de Banville P Moréas était idolâtre de la Renaissance : il y puisait une forme d'art qui le rapprochait à la fois du sentiment commun — ce qui est classique — et de la langue courante, mais plus pure et plus élevée. Deux critiques le comprirent : M. André Beaunier, dans le Figaro, et M. Charles Maurras, ami du poète, qui vit en lui, à juste titre, l'homme fait pour réconcilier la tradition et le symbolisme, c'est-à-dire reporter à Ghénier la poésie française, par-dessus le romantisme importé d'Allemagne et d'Angleterre, qui avait profondément gâté le goût, la langue et la mentalité de notre pays.
Il y a, dit-il en substance, deux écoles de poètes : l'une purement pittoresque dont Théophile Gautier est le prototype, l'autre purement subjective, dont Sully Prudhomme a montré dans ses vers délicats et fermes toute la grâce et la profondeur. Les symbolistes ont voulu marier ces deux écoles : ils se sont souvenus de la parole de saint Paul : (( Considérez ce monde comme une image inversée dans un miroir. » Ce que M. Moréas et les symbolistes de sa sorte ont voulu faire de la vie, c'est ce que Dante fit de Béatrice Portinari, une figure idéale, transposée de la réalité dans l'absolu. Quant au langage, rien n'est plus classique, plus conforme au génie français que
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(l\Mn[)l()\er, ainsi (|iio le lail IV)ssu('l, les mots clans leur sens él\ niologique plulùt (jue dans le sens auquel un Ion»; usaijre les a déforniés.
M. Maunas donne de Moréas ce portrait, moins (( cruel ». mais certainement plus vrai (jU(î celui du Pe/ié Bail in ilcs Lettres et des Arts (jnil nous plaît d'(>m(Mlr(> : « 0// rencontre communément M.Moréas sur le ttoulevunt Saint-Mic/iel, Ihlver dans les cafés hospitaliers au retentissement des poètes, l'été sur la teri'usse, honnement exposé à la curiosité du passant. A queltpie heure du jour que vous l'abordiez, il travaille : je veux dire qu'il fait des vers ou qu'il en récite. D'une belle voix de gorye ou les muettes s'accentuent de sorte bizarre, il (upjrave les strophes de Ronsard et de La Fontaine, de Thibaut de Champagne et d Alfred de \igny, et au frémissement paisible de sa lèvre tout le monde comprend que M. Moréas est parfaitement heureux. Il a conquis le Souverain Bien. »
En fait, il Tallail deviner ces impressions; car, en dehors de ses vers, Jean Moréas se racontait peu. Nul, en ce temps de reportage, ne fut plus ennemi du (( potin », du « mot » plus ou moins barbelé. 11 aimait les lettres d'un amour exclusif et n'admettait que difRcilement toute autre préoccupation. Il portait en lui ses poèmes et c'était un enchantement de 1 entendre les dire, que ce fussent les Stances des dernières années ou les chansons klephtes de ses Cantilènes. ces merveilles d'une grâce farouche et d'un
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rythme surprenant. Pour ses poèmes à faire, il en était tout de même. Tant qu'ils n'étaient pas, dans son cerveau, mûris à leur point de perfection, il n'était pas capable de les écrire; mais, parvenus à ce point, Moréas les dictait d'un coup et il ne fut pas sans exemple — surtout pour son Iphigénie — de le voir dicter 3oo vers de suite sans la plus petite rature. Les poèmes terminés prenaient leur place naturelle dans le riche écrin de son cerveau, avec l'image du fait ou du paysage qui en avait été la sensation initiale. C'étaient de magiques illustrations, malheureusement éteintes avec lui et dont nous retrouvons quelques reflets à peine dans Feuillets ou dans Paysages et Sentiments . Quel charme on éprouve à cette lecture ! Ce sont des notes, mais senties, écrites avec l'âme la plus moderne, dans le style le plus classique. Il a toute la mollesse précise de Fénelon, l'un des rares prosateurs du xvii*' siècle qui ne soient pas secs. Ceci, par exemple : « L^ Automne embellit aussi le cours des fleuves et principalement celui de la Seine ^ » ; ou, avec quelque malice, en parlant de M"^ Sand : (( Les femmes mentent plus naturellement que les hommes. C'est une infériorité et une grâce de plus )) ; ou encore, sur ses chers paysages de Paris : « La Seine coule avec la simplicité dun hexamètre homérique . » Quel plus bel éloge, venant de celui qui disait
I. Paysages et Sentiments : L'Automne. Edition du Mercure de France.