Entrevisions. Lacomblcz, Bruxelles
-^ -5^ LE SYMBOLISÎNIE ^ ^
trique de Stéphane Mallarmé. C'étaient, pour la plupart, des esprits du Nord, avides de se libérer des strictes méthodes latines. Les autres, au contraire, subirent l'attrait de ce frein d'or librement consenti : ils aimèrent, suivant l'expression de J.-Ch. Brun,
Un lyrisme discipliné joyeusement.
Ceux-là, par des chemins divers, retournèrent au vers classique, mais en gardant un charme délicat et brisé. Tel M. Henri de Régnier, qui n'a pas renoncé à ses forêts aimées oii passent
Le Centaure au poil rouge et la Licorne blanche,
mais qui a su les ployer, ces bois familiers et chers, aux lignes seigneuriales d'une forêt de Chantilly. Il a conservé, cependant, le goût recherché des harmonies d'e muets, côtoyant le vers faux avec un plaisir presque coupable et tant de grâce féminine !
Et d'autres s'éloignaient: déjà Moréas, un ami de la première heure, se détournait rapidement. Nous verrons par quelle évolution ce clair esprit, amoureux de l'ordre méditerranéen, forma l'école romane, nouvelle pléiade qui groupa Ernest Raynaud, Raymond de la Tailhède, Maurice du Plessys, Charles Maurras, Hugues Rebell et Lionel des Rieux.
D'autre part, la critique avait été amère : plusieurs se voyaient devenus plus prudents. Vatekli, conte
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orionlal dv HeckTord, avait paiu on IVaiivais cIkv. l'rditeur Jules Lahitte, avec une ])i"érace de Mallarmé. L éditeur, redoutant les mécomptes possibles avec un si vie tellement particulier, piit le parti de faire un avertissement liminaire, pour annoncer que la préface était une plaisanterie.
D autre part, en dehors des disciples aimés et fidèles, bien des jeunes gens soucieux de se produire dans le monde avaient u fiiit » du symbolisme ; la mode s'en mêla et les parodies abondèrent.
Dès i885, un livre s'était manifesté où brillaient les plus somptueux défauts des décadents et symbolistes. Les Déliquescences d'Adoré Floupette, annoncées fort sérieusement, avaient été accueillies avec une certaine faveur par les écoles avancées et des articles discutèrent les idées et le métier avec toute la gravité possible. Il fallut l'aveu des coupables pour imposer la certitude d une formidable gaminerie commise par deux poètes bien portants, fort éloignés du symbolisme : Gabriel ^ icaire et Henri Beauclair. Ils avaient du rire à plein cœur en écrivant :
1 /adorable Espoir de la Renoncule A nimbé mon cœur d'une Hermine d'or.
Pour le Rossignol qui sommeille encor, La candeur du Lys est un crépuscule.
F'euilles d'ambre gris et jaune! Chemins Qu'enlace une valse à peine entendue,
-= -5^ LE SYMBOLISME
Horizons teintés de cire fondue, N'odorez-vous pas la tiédeur des mains?
0 Pleurs de la Nuit ! Étoiles moroses ! Votre aile mystique effleure nos fronts, La vie agonise et nous expirons Dans la Mort suave et pâle des Roses ^.
La révélation du crime souleva un tollé général, mais on se corlsola par l'abomination notoire oii se doit tenir le journaliste. On oublia ce méfait. Alors le mal vint de plus près.
En 1890, les dissidences eurent lieu. Le Décadent d'Anatole Baju contenait des parodies des plus vénérés de l'école. Sous la signature de Mitrophane Crapoussin, Laurent Tailhade s'amusait de tous et de lui-même, avec un talent qui désarmait la colère. Puis la cohorte des imitateurs se donna carrière à la faveur des polémiques. Comme on est aujourd'hui cubiste afin d'ignorer le dessin (je parle des imitateurs), on (( fit )) du Mallarmé pour masquer à la fois le manque d'idées et de grammaire. On imita de même Jules Laforgue et Gustave Kahn, chacun suivant ses moyens et ses visées littéraires. Ce qui avait été conception d'art devint bête comme la vogue. Ce fut le règne des esthètes. On eut des « états d'âme » compliqués, on se mourut de délicatesse, on chercha dans les vieux lexiques les termes les plus désuets et le discer-