NoQi ne donnons ici que les légendes les plus curieuses
menus détails, l'histoire du çrand vainqueur des Saxons et des Arabes. Il faut dire aussi que cette histoire n'avait que peu de rapports avec celle qui s'enseigne aujourd'hui sur les bancs des écoles; c'était toute une série de légendes poétiques, où l'imagination des vieux romanciers s'était donné libre carrière. Ceux qui connaissent déjà le Charlemaene de l'histoire prendront peut-être un vir intérêt à connaître aussi le Charlemagne de la légende.
Origine et portrait de Charlemagne. — Charlemagne était le fils de Pépin le Bref et de Berthe aux grands pieds. C'était déjà une glorieuse origine; mais les généalogistes du bon vieux temps ne s'en tenaient pas là. Ils faisaient descendre en ligne directe, par une suite ininterrompue de princes plus ou moins
connus, Pépin de Constantin, Constantin de Polydore, Po-
I y dore d'Astyanax et Astyanax d'Hector, fils du roi Priam ; ce qui semblait tout naturel, puisque les Francs, d'après l'opinion la plus répandue, descendaient des Troyens.
Le roi Charles avait le teint brun et était beau de sa personne. Sa taille était de huit pieds, de la mesure des siens, qui étaient très grands.
II avait la face d'un « espan »
et demi de long, le front d'un pied de large, le chef gros, le nez petit et plat, les yeux de lion, gros, verts et étincelants comme des escarboucles, la barbe large et de plus d'un pied de long. Il mangeait à son dîner peu de pain, mais le quart d'un mouton, ou deux poules, ou une oie, ou un paon, ou les côtes d'un porc, ou une grue, ou un lièvre tout entier, sans comp-
Le Charlemagne des légendes.
ter les autres services et issues de table. D'un seul coup de sa Joyeuse, il tranchait en deux, de la tète aux pieds, un soldat
armé, avec son cheval; il redressait avec ses mains quatre fers de cheval et levait de terre jusqu'à la hauteur de sa tête un soldat armé de toutes pièces, debout sur la paume de sa main. Durant la nuit, cent vingt preux se tenaient continuellement autour de son lit. Quarante faisaient la première veille, c'està-dire dix à la tête, dix aux pieds, dix à sa droite, dix à sa gauche, avec une épée d'ime main et un flambeau de l'autre. Quarante autres faisaient de même la seconde veille; puis les quarante derniers la troisième veille jusqu'au jour.
Charles et les Saxons. — Gharlemagne consacre au service de la religion les forces qu'il a reçues de la Providence, Il fait la guerre aux Sesnes (Saxons) et tue le terrible Witikind. Diaulas, fils de ce dernier, fait appel à Firamor, le roi des Bulgares, qui arrive avec des troupes nombreuses ; mais Baudouin, neveu de Charles, attaque Firamor, le tue, mais lui-même tombe mortellement blessé. 11 brise son épée, se fait une croix de la poignée, se confesse à haute voix, arrache trois brins d'herbe en l'honneur de la sainte Trinité, les avale en guise de viatique et rend le dernier soupir.
Charles fond sur Diaulas, le renverse et le somme de se convertir :
Prenez-loi Christiane, amendez votre vie,
Et créez à Jésus, le fils de sainte Marie,
Car Mahom {Mahomet) ne vaut pas une pomme pourrie.
Diaulas se fait baptiser par Tarchevôque Turpin, qui n'avait guère d'autre emploi que d'administrer le baptême aux païens vaincus. Et ainsi s'étendait la terreur du nom du « gentix roi de France » .
Ses pèlerinages en Orient. — Charlemagne eut aussi à combattre les Lombards ; mais en ce temps-là advint que les Sarrasins prirent Jérusalem. Constantin (les anachronismes coûtaient peu aux poètes de l'époque) supplia son confrère d'Occident de venir l'aider à chasser les mécréants. On se mit en marche; on traversa des bois épais remplis de griffons, d'ours, de hons, de tigres qui « naturellement désirent sang humain ». Un oiseau qui parlait le latin renseigna les pèlerins sur le chemin qu'ils devaient suivre. On arriva à Constantinople, puis à Jérusalem qui fut délivrée. Constantin, pour récompenser ses alliés, leur offrit des présents de toutes sortes avec « la gloire des pierres précieuses, » mais Charles n'accepta que des reli-
ques : la couronne d'épines, une partie de la sainte croix et le bras droit de saint Siméon. Tandis que Charles était en oraison, une sainte rosée fit fleurir les épines de la sainte couronne. Craignant de voir tomber les fleurs, le roi les enveloppa dans son gant qu'il crut remettre à un prélat; mais quel ne fut pas son étonnement quand, sa prière terminée, il vit son gant suspendu en Tair! Les Francs quittèrent Constantinople emportant les saintes reliques qui, durant le voyage, guérissaient les malades, ressuscitaient les morts, convertissaient les infidèles. Ce pèlerinage de Charlemagne en Orient a été raconté de bien des manières différentes. Un poète parisien, qui paraît avoir vécu peu d'années avant la première croisade, rapporte que Charles fut piqué au vif d'entendre la reine, sa femme, soutenir que le roi Hugon, empereur de Grèce et de Constantinople, lui était supérieur en taille, en force et en beauté. Convoquant aussitôt ses barons, il leur annonça qu'il venait de former le projet d'aller à Jérusalem pour y adorer le Saint-Sépulcre, puis à Constantinople pour voir le roi dont on lui faisait un si grand éloge. On se mit en route. A Jérusalem, le patriarche reçut les pèlerins à bras ouverts et leur donna au départ des reliques admirables, entre autres la couronne d'épines, un des saints clous, le saint suaire et le bras sur lequel le vieillard Siméon avait porté l'enfant Jésus. A Constantinople, le roi Hugon traita ses hôtes si plantureusement, leur fit boire tant de bons vins et tant de claré que, lorsqu'ils se couchèrent, ils se mirent à gaber à qui mieux mieux. Gaber, c'est se livrer à des gasconnades où l'un cherche à dépasser l'autre. — « Qu'on m'amène, dit Charles, le meilleur chevalier du roi Hugon; qu'il ait deux heaumes sur sa tète, deux hauberts sur le corps, je me charge de le fendre avec son cheval d'un si bon coup d'épée que la lame en s'abattant entrera plus d'un pied en terre. — Et moi, dit Roland, que le roi Hugon me prête son cor, j'en soufflerai si fort que toutes les portes de la ville sortiront de leurs gonds et que, si le roi se montre, je le ferai tourner si vite qu'il en perdra son manteau d'hermine. — Vous voyez, dit Oger le Danois, ce pilier qui soutient tout le palais? Demain, je le secouerai si rudement que le palais s'écroulera. — J'ai un chapeau merveilleux, dit Aïmer, fait de la peau d'un animal marin, qui rend invisible. Demain, couvert de mon chapeau, je mangerai le dîner du roi, je boirai son vin, je lui heurterai la tête sur la table ; il s'en prendra à ses gens, et on verra de belles
CHARLBMAGNË.
querelles. » Les autres pairs assurent aussi qu'ils feront des choses extraordinaires. Quand les comtes ont fini de gaber^ ils sendorment. Ils ne savent pas que le roi grec, méfiant et sage, a fait cacher un espion dans le gros pilier de la salle. L'espion, qui a pris les gabs au sérieux, court raconter au roi les terribles choses que les Français se vantent de faire. Hugon entre dans une grande fureur; au matin, il apostrophe Charles et ses pairs : « Vous vous êtes moqués de moi; vous m'avez outragé et menacé. Eh bien! si vous n'accomplissez pas vos gahs^ je vous trancherai* la tête. » Charles essaie de faire entendre raison au roi grec; il met sur le compte du vin et du
Couronne de Charlemagne.
claré les folies qu'ils ont pu dire avant de se coucher; mais Hugon ne veut rien entendre ; il faut que les gabs s'accomplissent. Les pèlerins se mettent en prières, soudain paraît un ange envoyé de Dieu : <( Ne crains rien, Charles; toi et les tiens avez eu tort de gaber : n'y revenez plus. Mais va, fais commencer quand tu voudras ; tous les gabs seront accomplis. » Charles et ses pairs se présentent au roi Hugon qui choisit
tout d abord le gab de Guillaume d'Orange. Celui-ci s'était vanté de soulever une boule énorme, de la lancer contre le mur du palais et d'en abattre quarante toises. Ce qui avait été dit fut fait. « Par foi! s'écrie Hugon, ces gens sont des enchanteurs, mais voyons les autres. Bernard de Brabant s'est vanté de faire sortir le fleuve de son lit, de le faire entrer dans la ville et monter si haut que moi-même je m'enfuirais sur la plus haute tour et n'en pourrais descendre qu'à son commandement. Qu'il le fasse. » Bernard court au fleuve, se signe, et l'eau sort de son lit, remplit les champs, inonde la ville; tous s'enfuient, Hugon monte en sa plus haute tour et promet à Charlemagne, s'il le délivre, de lui faire hommage et de lui donner tout son trésor. Charles se met en prière et l'eau rentre dans son lit. — « Eh bien ! dit l'empereur, en voulez-vous encore des gabs ? — J'en ai assez, répond Hugon. Je reconnais que Dieu vous mène ; je veux être votre vassal et vous abandonne mes trésors. — Je n'en veux pas un denier, dit Charles, mais j'ai une chose à vous demander. Faisons aujourd'hui une grande fête, dans laquelle nous paraîtrons tous deux la couronne d'or sur la tète. » Charles et Hugon marchent côte à côte; Charles est plus grand d'un pied quatre pouces. Les Français les regardent et tous disent : « Madame la reine a dit folie; nul ne se peut comparer à Charlemagne; en quelque pays que nous allions, nous avons toujours l'avantage. » Charles prend congé de son hôte et, de retour à Paris, s'en va à Saint-Denis déposer sur l'autel le clou et la couronne d'épines. La reine l'attendait là : elle tombe à ses pieds en lui demandant pardon ; il la relève et lui pardonne pour l'amour du Saint-Sépulcre qu'il a eu la joie d'adorer ^
Le traître Macaire. — Charles, étant à Aix-la-Chapelle, vit en songe saint Jacques qui lui ordonnait d'aller délivrer son tombeau. H partit aussitôt en grand appareil de guerre, et déjà il avait pris la plupart des forteresses sarrasines, quand il apprit que Macaire, neveu de Ganelon, s'apprêtait à lui ravir le trône. Voulant en savoir plus long, il fit venir Roland, qui était non seulement un fameux paladin, mais encore un savant nécromancien. Ayant ouvert un grimoire que lui avait donné un
1. Gaston Paris, la Poésie du moyen âge. — La Chanson du pèlerinage de Charlemagne, lecture faite dans la séance publique annuelle, à l'Académie des inscriptions, le 7 décembre 1877.
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Soudan qu'il avait baptisé, Roland invoqua les démons qui lui apparurent et lui apprirent que le lendemain, la reine, qui croyait son mari mort, allait épouser Macaire. Il n'y avait pas de temps à perdre. Sur l'injonction de Roland, un démon se changea en un grand cheval noir; Tempereur le monta et, fendant les airs, arriva bientôt en vue de sa capitale. Il planait au-dessus de son palais quand, oubliant la nature de sa monture, il s'avisa, pour remercier Dieu, de faire le signe de la croix. Mal lui en prit ; son cheval disparut aussitôt, et lui-même se fût abîmé sur le sol, si le Père tout-puissant n'avait pris soin d'amortir sa chute.
Charles pénètre' dans le palais sous l'habit d'un pèlerin, entre dans les cuisines, rosse les valets qui le chassent ; pénètre chez la reine qui ne le reconnaît pas. Pendant qu'il l'entretient de soD mari, qu'elle croit mort, une petite chienne, qu'il aimait beaucoup, se met à le caresser. La reine, étonnée, lui demande s'il n'a pas jadis servi dans le palais : — « Eh quoi ! lui dit-il, une bète me reconnaît, et toi, ma vraie femme, tu ne me reconnais pas? » l\ lui montre son anneau nuptial, la marque d'une croix visible sur son épaule. L'épouse reconnaît son époux; mais il faut avant tout se venger de Macaire. Le lendemain, au milieu de la cérémonie du mariage, Charles apparaît avec ses fidèles et massacre Macaire avec ses Mayençais.
Le paladin Roland. — Charles revient en Espagne poursuivre sa guerre contre les infidèles. C'est dans cette seconde partie de son expédition, que les romanciers placent l'histoire de Roland. — C'était le fils de Milon, comte d'Angers, et deBerthe, sœur de Charlemagne. Les deux époux avaient longtemps vécu ea proscrits, parce que leur union s'était faite sans l'autorisation de l'empereur. Roland vit le jour dans une caverne de Sienne, et, comme sa mère l'avait laissé rouler à l'entrée de la caverne, on l'avait nommé Roulant, Le futur paladin grandit dans la misère. Personne ne se doutait de l'illustration de sa race. — Charlemagne étant venu tenir sa cour à Sienne, le jeune Roland entra dans le palais, et, comme la part des aliments destinés aux pauvres ne lui suffisait pas, il s'en alla prendre sur la table du roi un plat d'argent couvert de viandes et le porta à sa mère. Le lendemain il revint et enleva un plat d'or. — « Que fais-tu? lui dit Charlemagne, d'une voix sévère. — Crois- tu donc m'effrayer avec ta grosse voix d'empereur? » lui répliqua Roland en le contrefaisant, et il emporta le plat. Le
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prince Tayant fait suivre, des chevaliers, anciens vassaux du comte Milon, reconnurent Berthe et vinrent en donner avis à son frère qui lui pardonna et fit Roland chevalier.
Roland se rendit célèbre par sa bravoure plus que par sa docilité, car on raconte qu'un jour il osa frapper l'empereur de son gantelet. Il s'était expatrié et était allé baptiser l'Asie quand, à la nouvelle de l'expédition d'Espagne, il revint en Europe et se réconcilia avec son oncle. On connaît ses derniers exploits et sa fin héroïque.
Mort de Charlemagne. — De terribles présages annoncèrent la mort de Gharlemagne : le soleil et la lune s'obscurcirent ; le nom du roi, inscrit dans Sainte-Marie d'Aix-la-Chapelle, s'effaça de lui-même; des portiques et des palais s'écroulèrent, etc.
L'archevêque Turpin récitait dans Vienne le psaume Dens m adjutorium, quand il vit passer devant lui toute une légion de diables. Il en appela un, noir comme un Ethiopien, et lui demanda oh ils se dirigeaient : « Nous allons, dit-il, assister à la mort de Gharlemagne et emporter son âme en enfer. » Là-dessus Turpin continua son psaume. Il n'était pas terminé, que les diables reparurent dans le même ordre; et celui qui fermait la marche raconta à Turpin qu'un Galicien sans tête (saint Jacques) avait mis tant de pierres de moutiers dans la balance, que le bien que le roi avait fait pesait plus que le mal, et que là-dessus les anges étaient arrivés et l'avaient mené devant le souverain juge.
lie dtarlemagne de l^liistolre.
« Gharlemagne était gros et robuste de corps ; sa taille était élevée, quoiqu'elle n'excédât pas une juste proportion, car il est certain qu'elle n'avait pas plus de sept fois la longueur de ses pieds ^ 11 avait le sommet de la tête arrondi, les yeux grands et vifs, le nez un peu long, de beaux cheveux blancs*, et la phy-
i. Environ 2"", 26; c'est déjà très honnête.
2. L'auteur ne fait pas mention de cette barbe fleurie dont se plaisent à parler les vieux poètes :
Charlomagne, empereur à la harbe fleurie. Des médailles, d'anciennes mosaïques représentent Charles avec un meoton glabre ou si peu velu qu'il paraît mal rasé. La longue barbe de l'empereur /ait probablement partie de la légende.
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sionomie riante et agréable : aussi régnait-il dans toute sa personne, soit qu'il fût debout, soit qu'il fût assis, un air de grandeur et de dignité; et quoiqu'il eût le cou gros et court, et le ventre proéminent, il était d'ailleurs si bien proportionné, que ces défauts ne s'apercevaient pas. Sa démarche était ferme, et tout son extérieur présentait quelque chose de mâle; mais sa voix claire ne convenait pas entièrement à sa taille. Sa santé fut constamment bonne, excepté pendant les quatre années qui précédèrent sa mort... Il se livrait assidûment à l'équitation et au plaisir de la chasse... Les bains d'eaux naturellement chaudes lui plaisaient beaucoup. Passionné pour la natation, il y devint si habile, que personne ne pouvait lui être comparé. C'est pour cela qu'il fit bâtir un palais à Aix-la-Chapelle, et qu'il y demeura constamment pendant les dernières années de sa vie.
» Son costume était celui de sa nation, c'est-à-dire le costume des Francs. Il portait sur la peau une chemise de lin et des hauts-de-chausses de la même étoflfë; par-dessus, une tunique bordée d'une frange de soie ; aux jambes, des bas serrés avec des bandelettes ; aux pieds, des brodequins. L'hiver, un justaucorps en peau de loutre ou de martre lui couvrait les épaules et la poitrine. Par-dessus tout cela, il revêtait une saie bleue, et était toujours ceint de son épée, dont la poignée et le baudrier étaient d'or ou d'argent... Il n'aimait pas les costumes des autres peuples, quelque beaux qu'ils fussent, et jamais il ne voulut en porter si ce n'est toutefois à Rome, lorsqu'à la prière du pape, il se laissa revêtir de la longue tunique, de la chlamyde et de la chaussure des Romains. Dans les grandes fêtes, ses brodequins étaient brodés d'or et ornés de pierres précieuses ; mais les autres jours son costume était simple et différait peu de celui des gens du peuple * .
1. Un dimanche, il dit à ses fidèles : « Ne nous laissons pas engourdir par Toisiveté, et, sans entrer au logis, vêtus comme nous le sommes, partons pour la chasse. ■ Cela dit, il monte à cheval ; chacun s'empresse de le suivre. Le ciel était voilé, une pluie froide et fine descendait sur la terre. Charles avait, le matin, jeté sur ses épaules une peau de brebis. Quant aux gens de sa cour, ils étaient vêtus de riches vêtements qu'ils avaient achetés récemment à des marchands vénitiens. Les uns étalaient sur leur poitrine des étoffes de soie rehaussées de plumes aux brillantes couleurs ; les autres avaient des habits de pourpre ou portaient des étoffes piquées ou des fourrures en peau de loir. La pluie tomba tout le jour, pénétrant ces riches parures qui furent, en outre, maltraitées par les ronces et les épines. En rentrant à la ville, les chasseurs n'étaient plus couverts qae de lambeaux. Heureux d'avoir ainsi puni leur folle ostentation, Charles voulut encore se divertir à leurs dépens. Il ordonna que, le lendemain, chacun parût
» Doué d'une éloquence abondante, il exprimait avec clarté ce qu'il voulait dire. Peu content de savoir sa langue maternelle, il s'appliqua aussi à l'étude des autres idiomes, et particulièrement du latin qu'il apprit assez bien pour le parler comme sa propre langue ; quant au grec, il le comprenait mieux qu'il ne le prononçait. Passionné pour les arts libéraux, il eut toujours en grande vénération et combla de toutes sortes d'honneurs ceux qui les lui enseignaient. Le diacre Pierre de Pise lui donna des leçons de grammaire. Il eut pour maître dans les autres sciences, Albin, surnommé Alcuin, né en Bretagne et d'origine saxonne, l'homme le plus savant de son temps, qui lui enseigna la rhétorique, la dialectique et surtout l'astronomie. Il apprit le calcul et mit tous ses soins à étudier le cours des astres avec autant d'attention que de sagacité. Il essaya aussi d'écrire, et il avait toujours sous le chevet de son lit des feuilles et des tablettes pour accoutumer sa main à tracer des caractères lorsqu'il en avait le temps. Mais il réussit peu dans ce travail, qui n'était plus de son âge et qu'il avait commencé trop tard*...
» Sa sobriété lui faisait éviter tous les excès de table, surtout ceux de la boisson ; car il détestait Tivrognerie dans quelque homme que ce fût. Mais il ne lui était pas tellement facile de s'abstenir de manger, qu'il ne se plaignît souvent de rincommodité des jeûnes*. Il était fort rare qu'il donnât de grands festins, excepté aux principales fêtes, et alors il y invitait de nombreux convives. Son repas ordinaire se composait de quatre mets, sans compter le rôti, qui lui était ordinairement apporté dans la broche par les chasseurs, et dont il mangeait avec plus
avec son habit de la veille. Charles, voyant les seigneurs se présenter devant lai, tout confus de leur triste équipage, dit en riant à un de ses serviteurs : « Va-t'eo » frotter notre habit de chasse et hàte-toi de nous le rapporter. » Ce fut une besogne bientôt faite, et Charles put, en montrant sa peau de brebis, toujours propre aa service, plaisanter à son aise le luxe en guenilles de ses comtes et de ses marquis. » (Moine de Saint-Gall.)
1. Ceci ne veut pas dire que Charlemagne ne savait pas écrire. Il aurait voala écrire comme les calligraphes des couvents, mais ses doigts, habitués à manier Tépée, n'avaient pas assez de souplesse pour lui permettre d'exceller dans cet art délicat, n dut y renoncer. Hincmar rapporte que Charles avait toujours à la tète de son lit des tablettes et des plumes, pour noter ce qu'il avait pensé le jour ou la nuit. — Ainsi, Charlemagne écrivait, bien ou mal.
2. L'Eglise était en ce temps-là très sévère sur l'article du jeûne, et Charlemagne ne se faisait pas faute d'imposer, de son chef, des jeûnes extra-canoniques à ses fidèles sujets. Quand il venait de remporter une victoire, il ordonnait un jeûne solennel en manière d'actions de grâce. S'il apprenait que des Saxons convertis avaient rompu un jeûne quadragésimal, il n'hésitait pas à leur faire couper la tête.
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de plaisir que de toute autre chose. Pendant quHl était à table, il aimait à entendre un récit ou une lecture, et c'étaient les histoires et les hauts faits des temps passés qu'on lui lisait d'ordinaire. Il prenait aussi grand plaisir aux ouvrages de saint Augustin, et principalement à celui qui a pour titre : Le la cité de Dieu.
» Dans le dernier hiver qu'il passa à Aix-la-Chapelle, il fut, au mois de janvier, saisi d'une fièvre violente qui le contraignit à s'aliter. Recourant aussitôt au remède qu'il employait d'ordinaire pour combattre la fièvre, il s'abstint de toute nourriture, persuadé que cette diète suffirait pour chasser ou tout au moins adoucir la maladie; mais à la fièvre vint se joindre cette douleur de côté que les Grecs appellent pleurésie. Néanmoins il persévéra dans son abstinence, en ne soutenant son corps que par des boissons prises à de longs intervalles; et le septième jour, depuis qu'il s'était mis au lit, après avoir reçu la sainte communion, il succomba, dans la soixante-douzième année de son âge et la quarante-septième de son règne. (Eginhard*, Vie de Charlemagne; trad. Teulet.)
Oes guerres de diarlemagne.
Le règne de Charlemagne est occupé par des guerres nombreuses et continuelles; on y compte cinquante-quatre expéditions principales', dirigées, soit par lui-même, soit par ses fils, soit par des lieutenants ; ce ne sont point cependant des guerres d'ambition ou de conquête proprement dites, et, malgré leur caractère offensir, ce sont, au fond, des guerres défensives. Au huitième siècle, la situation des peuples germaniques, Goths, Francs, Bnrgundes, Lombards, etc., déjà constitués à demeure sur le territoire de l'empire romain, était, à l'égard des peuplades barbares d'outre-Rhin, à peu
1. Eginhard, secrétaire de Charlemagne, surintendant des bâtiments, et, suivant une tradition justement suspecte, gendre de l'empereur, écrivit une Vie de Charlemagne^ des Annales des rois francs, qui sont bien composées et écrites dans un latin assez correct. Il mourut dans Tabbaye de Séligenstadt, vers 844.