‹ Le moyen âge (395-1270) Choix de lectures historiques, accompagnées de résumés, d'analyses, de notes explicatives et bibliographiquesChapitre 21 sur 66 · CHAPITRE )frl · texte numérisé non relu

CHAPITRE )frl

Le monde chrétien au moment des croisades. — Aux onzième et douzième siècles, le christianisme n'occupait encore qu'une bien faible

Partie du globe. C'était, il est vrai, la religion des principaux Etats de Europe (France, Allemagne, Italie, Angleterre, Scandinavie, Hongrie, Bohème, Empire d'Orient, Espagne septentrionale} ; mais au delà de l'Elbe et de rOder, s'étendaient des pays qui étaient au pouvoir des païens. — Au sud de l'Europe, dès les bords du Douro, en Espagne commençait le monde musulman qui, par un immense circuit, atteignait la Syrie, l'Asie Mineure, le Caucase, la Caspienne, la mer d'Aral, le golfe Persique et les rives de l'indus. Le monde chrétien se trouvait donc entouré de peuples qu'il considérait comme ennemis, car, en ce temps-là, personne ne pouvait croire (ju'on pût commercer et vivre avec des hommes qui n'adoraient pas le vrai Dieu.

Causes religieuses des croisades. ~ Aussitôt que les nations chrétiennes, après plusieurs siècles de luttes sanglantes, se furent assises à peu près solidement sur le sol qu'elles avaient conquis et qu'elles eurent cessé de craindre pour leur propre existence, elles virent avec douleur que Jérusalem et le tombeau du Christ étaient tombés entre les mains des infidèles. L'idée leur vint de reconquérir ces lieux illustrés par la Passion du Sauveur. Au tableau des souffrances endurées par les pèlerins, elles se levèrent en masse. La guerre sainte commença contre les infidèles.

Causes politiques. — A cette époque, du reste, l'islamisme paraissait un danger non seulement pour l'Eglise, mais pour l'Europe. D'une part, les Turcs menaçaient Constantinople^ le premier boulevard de l'Europe; de l'autre, les Maures d'Espagne venaient de reprendre l'avantage en détruisant l'armée des chrétiens à Zellaca. La papauté, qui voyait les choses de plus haut gue la masse générale des barons, résolut de repousser l'invasion par l'invasion.

Causes sociales. — Le moment était favorable. Les seigneurs féodaux, gênés par les progrès du pouvoir royal, les prohibitions de l'Eglise, et l'établissement de la trêve de Dieu, périssaient d'ennui dans leurs çanoirs. Quant aux serfs fixés à la glèbe, quant aux bourgeois et aux artisans courbés sur le comptoir ou sur le métier, ils se sentaient agités de vagues désirs d'indépendance ei de liberté. On leur racontait des choses si merveilleuses (fe ces beaux pays d'Orient I

Les préludes de la croisade. — Il ne fallut qu'un mot du pape pour briser toutes les entraves : et aussitôt le serf quitta spn sillon, lemar* chand sa boutique, Tartisan son métier. Le premier chargea sa famille sur nne charrette attelée de ses derniers bœufs, comptant trouver là-bas une terre plantureuse, libre de toute servitude; les autres réalisèrent leur avoir, supputant les profits de la conquête ou les besoins qu*on aurait de leur industrie. Tous partirent dans Tespoir que la Terre Sainte était encore, comme au temps de Moïse, une Terre promise. (Rambaud, Histoire de la civilisation, 1. 1.) — On sait à quoi aboutirent tant d'espérances. Les malheureux tombèrent sous le sabre des Turcs sans avoir vu Jérusalem.

La première croisade (1096-99). — Les chevaliers qui partirent plus tard furent plus heureux, ils prirent Jérusalem (1099) et fonoèrent le royaume français de Jéintsalem, dont les principales villes furent, outre la capitale, Antioche, Edesse, Tarse, Tripoli, Ptolémaïs, Tyr, etc. Trois ordres religieux se consacrèrent à la défense du nouvel Etat : les Templiers, ks Hospitaliers ei les Teutons. Ce n'étaient plus des moines, voués exclusivement à la prière, à la prédication et à l'étude; c'étaient des moiuescbevaliers coififips du casque et portant, sous leur costume religieux, la cotte de mailles et l'épée.

Ralentissement des croisades. — Il revint si peu de monde de la i première croisade que le zèle religieux en fut très fort refroidi et que le mouvement d'émigration s'arrêta tout à coup. Les autres croisades se firent sans enthousiasme; ce furent des expéditions militaires, entreprises par les princes pour sauver le royaume de Jérusalem.

La prise d'Edesse, par les musulmans, provoqua la deuxième croisade (1147), prêchée par saint Rernard et dirigée par Louis VU et l'empereur Conrad III. Elle ne réussit pas.

La prise de Jérusalen par Saladin (1187) provoqua la troisième croisade ^1189-1191], prêchée par Guillaunw de Tyr et conduite par l'empereur Frédéric Rarberousse et les rois Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Il n'y eut cette fois crue l'empereur qui suivit la voie de terre; les deux autres chefs choisirent la voie de mer, plus sûre et plus rapide. On ne réussit qu'à reprendre Ptolémaïs. Mais déjà la haine n'était pas aussi féroce entre les chrétiens et les sarrasins. On commençait à s'estimer des deux côtés. Richard négocia un traité avec Saladin et fut sur le point de donner sa sœur en mariage au frère du sultan.

La quatrième croisade (1202-1204), prêchée par Foulques de Neuilly, fut détournée de son but. Les croisés étant venus a Venise pour louer des vaisseaux, les Vénitiens, dans un but tout commercial, les décidèrent, au lieu de combattre les infidèles, à faire voile sur Constantinople où il y avait on bon coup à faire. Les croisés s'emparèrent de la ville où ils fondèrent un f^pire latin de Constantinople qui dura jusqu'en 1261. Les Vénitiens firent main basse sur les iles et les ports qui convenaient à leur commerce.

La cinquième croisade (1217), conduite contre Damiette par Jean de Brienne, roi de Jérusalem, ne fut qu'une héroïque épopée.

La sixième (1228-1229), dirigée par l'empereur Frédéric II, se termina par un traité qui restitua, sans combat, Jérusalem aux chrétiens.

Pour la septième (1248-1254), saint Louis ne trouva plus de volontaires : il n'emmena en Egypte que des chevaliers payés par lui.

Lors de la huitième (1270), le bon Joinville, qui l'avait accompagné en Egypte, refusa de l'accompagner à Tunis.

En 1291, la reprise de Ptolémaïs, par les infidèles, amena la reddition des autres places chrétiennes de Syrie. Le royaume de Jérusalem avait vécu.

316 LECTURES HtSTORlQUES.

Les chevaliers Hospitaliers se retirèrent à Rhodes, les Templiers rentrèrent en France et les Teutons en Allemagne.

Croisades d'Espagne. — Les chrétiens furent plus heureux en Espagne, où la conquête fut plus lente, mais plus solide. Des pays enlevés aux Arabes ils formèrent cinq petits royaumes qui grandirent peu à peu : Portugal, Castille, Léon, Aragon, Navarre. Le héros le plus célèbre de la croisade espagnole fut le Cid (1026-1099), qui a inspiré si heureusement les poètes castillans et français. — A l'imitation des ordres religieux et militaires d'Orient se formèrent, en Espagne et en Portugal, ceux A'Alcantara, Calairava, Saint-Jacques et Avis. — En 1212, après la bataille de Las Navas de Tolosa, les Espagnols avaient conquis toute la péninsule, à l'exception du royaume de Grenade.

Croisades de Prusse. — Sur les frontières de la Germaiiie, les chrétiens faisaient une guerre, tout aussi acharnée, aux païens slaves de l'autre côté de l'Elbe. Ils conquéraient sur eux le sablonneux Brandebourg qui devenait l'un des principaux boulevards de l'empire allemand. ' Quand les chrétiens eurent perdu Jérusalem, les chevaliers Teutons, revenus en Europe, se consacrèrant à la conversion et à l'extermination des idolâtres. Ils s'établirent au milieu du pays des Borusses qu'on appelle aujourd'hui la Prusse et y bâtirent la forteresse de Marienbourg. Les Borusses furent domptés et convertis après une guerre atroce.

Croisades contre les Albigeois. — Les chrétiens qui s'éloignaient de la règle de l'Eglise étaient, comme les infidèles, voués au tranchant du glaive. En 1208, les Français du nord, à la voix des légats du pape, se jetèrent sur les Français du midi, désignés sous le nom d'Albigeois, et les massacrèrent à Béziers, à Narbonne et dans d'autres villes, parce qu'ils étaient hérétiques.

Résultats des croisades. — On ne peut s'empêcher de regretter les excès auxquels se sont livrés les croisés. Ils ont exterminé, pour cause de religion, des milliers de victimes souvent inolîensives. Des millions de chrétiens sont morts sur la roule de Jérusalem, et le royaume de Jérusalem a été perdu à la fin. Les croisades, toutefois, ont-elles été inutiles? Assurément non.

10 Tout d'abord l'invasion musulmane qui menaçait l'Europe au onzième siècle fut arrêtée.

2» Auparavant, on vivait à l'écart et en ennemi. En allant combattre ensemble, les croisés d'un même pays se reconnurent pour frères : tous les Français comprirent qu'ils faisaient une seule nation. Ainsi naquit la nationalité française.

3© Epuisés par les frais de leurs expéditions, beaucoup de seigneurs, pour se faire de l'argent, vendirent la liberté à leurs ^erfs, et, sans le vouloir, préparèrent l'émancipation des classes rurales et l'affranchissement des communes.

4° L'épuisement des seigneurs profita en outre à la royauté qui commença à consolider son pouvoir.

5° L'Orient s'ouvrit au commerce de l'Occident et contribua à la prospérité des villes maritimes de la Méditerranée (Gênes, Venise, etc.).

6° Les chrétiens entrèrent en rapport avec les Orientaux et apprirent d'eux une foule de cultures et d'industries nouvelles. Ils leur empruntèrent leurs sciences et leurs arts, et obtinrent d'eux de précieux renseignements sur des contrées inconnues à l'antiquité. Ce fut à la suite des croisades que le Vénitien Marco-Polo pénétra Jusqu'au Cathay (Chine) et par ses merveilleux récits provoqua le grand mouvement des découvertes maritimes du quatorzième au seizième siècle.

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