Aujourdliui le Palais de Justice
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terre au Vieux-Temple dans la grande salle royale, avec leur suite. Toutes les cours du palais étaient remplies de gens qui mangeaient, et il n'y avait aux portes aucun huissier ou garde pour écarter ceux qui voulaient prendre place. Or, la multiplicité des mets de toutes espèces allait à la projfusion. Après le festin, le roi d'Angleterre envoya aux seigneurs français, dans leurs hôtels, de superbes coupes en argent, des fermoirs en or, des ceintures de soie, et d'autres présents tels qu'il convenait à un si grand poi d'en donner. Jamais, à aucune époque, dans les temps passés, même du vivant d'Assuérus, d'Arthur ou de Charles, ne fut célébré un repas si splendide et si nombreux.
» Or, le repas fut donné dans la grande salle du Temple, oii l'on avait suspendu de tous côtés, selon la coutume d'outre-mer, autant de boucliers qu'il en fallait pour couvrir les quatre murailles, et parmi eux se trouvait le bouclier du roi Richard. Aussi un certain plaisant dit au roi d'Angleterre : « Messire, pourquoi » avez-vous invité les Français à venir dîner avec vous dans » cette salle? Voici le bouclier de Richard au Grand Cœur. Us » ne pourront manger sans avoir peur et sans trembler. »
» Le seigneur roi de France, qui est le roi des rois de la terre*, tant à cause de l'huile céleste dont il a été oint qu'à cause de son pouvoir et de sa prééminence en chevalerie, s'assit au milieu, ayant à sa droite le roi d'Angleterre et à sa gauche le roi de Navarre*. Comme le roi de France s'efforçait de régler les places autrement, de telle sorte que le roi d'Angleterre fût assis à la place la plus élevée, le roi d'Angleterre lui dit : « Non pas, messire roi; prenez le lieu le plus honorable; » car vous êtes mon seigneur et le serez, et vous en savez la » cause'. » Alors le pieux roi de France reprit, mais à voix basse : « Plût à Dieu que chacun obtînt son droit sans être lésé; mais l'orgueil des Français ne le souffrirait pas*. » Ensuite les ducs prirent place à la même table, selon leur dignité et prééminence; ils étaient au nombre de vingt-cinq. Douze
1. Matthieu Paris, qui était pourtant un Anglais, ne contestait pas la supériorité des rois de France.
2. Thibaut V, comte de Champagne et roi de Navarre, gendre de Louis IX.
3. Les deux rois étaient sans doigte d'accord sur Tune des clauses du futur traité de 1258 : Louis IX restituerait à Henri III les provinces conquises pu Louis Vni, moyennant hommage. " ' .
4. Louis IX, qui a compris l'allusion de Henri III, lui donne à entendre qu'il redoute, pour la conclusion du traité, l'oppositioa de son baronnage.
évêques assistèrent à ce festin ; ils étaient placés avant certains ducs et se trouvaient cependant mêlés aux barons. On ne peut fixer le nombre des chevaliers de renom qui prirent place à leur tour. Les comtesses étaient au nombre de dix-huit, parmi lesquelles il y avait les deux sœurs des deux reines : la comtesse de Cornouailles, la comtesse d'Anjou et de Provence qui étaient comparables à des reines, ainsi que la comtesse Béatrix, mère de toutes. Après le repas, qui fut abondant et splendide, quoique ce fût un jour de poisson, le roi d'Angleterre vint loger cette nuit-là dans le palais du roi de France, au milieu de la ville de Paris. Le roi de France l'exigea formellement, et dit en plaisantant : « Laissez-moi faire. Je suis seigneur et roi dans » mon royaume, je veux donc être le maître chez moi. » Le roi d'Angleterre alors se laissa conduire.
» Quand il eut traversé un faubourg qu'on appelle la Grève et ensuite un faubourg du côté de Saint-Germain l'Auxerrois, puis après un grand pont (le pont au Change?), il considéra l'élégance des bâtiments qui, dans la ville de Paris, sont faits en chaux cuite, c'est-à-dire en plâtre, ainsi que les maisons à trois arceaux et à quatre étages et môme plus, aux fenêtres desquelles apparaissait une multitude infinie de personnes des deux sexes ; et une foule serrée s'agglomérait et se pressait à Tenvi pour voir le roi d'Angleterre. Sa renommée fut portée aux nues à cause de ses largesses et de l'abondance de ses aumônes.
» Les deux rois restèrent ensemble pendant huit jours. Or le pieux roi disait : « N'avons-nous pas épousé les deux sœurs et » nos frères * les deux autres? Tous les enfants, filles ou gar- » cens, qui ont tiré ou qui tireront naissance d'icelles seront » comme frères et sœurs. Oh! s'il y avait entre pauvres T» hommes pareille affinité et consanguinité, combien ils se » chériraient mutuellement, combien ils seraient unis du fond » du cœur ! Je m'afflige, le Seigneur le sait, de ce que notre afféc- » tien réciproque ne puisse être parfaitement d'accord en tout. » Mais l'opiniâtreté de mes barons ne se soumet pas à ma » volonté; car ils disent que les Normands ne sauraient pas » observer pacifiquement leurs limites sans les violer; et par » ainsi tu ne peux recouvrer tes droits. »
1. Le comte d'Anjou, frère de saint Louis, et le comte de Cornouailles, frère de Henri III.
» Un jour, tandis que les deux rois s'entretenaient, le roi de France dit au roi d'Angleterre : « Ami, combien douces tes »• paroles sont à mes oreilles; réjouissons-nous en conversant » ensemble, car peut-être ne jouirons-nous jamais une autre » fois à l'avenir d'un entretien mutuel. » Puis il ajouta : a Mon » ami roi, il n'est pas facile de te démontrer quelle grande et » douloureuse amertume de corps et d'âme j'ai éprouvée, pour » le Christ, dans mon pèlerinage; quoique tout ait tourné » contre moi, je n'en rends pas moins grâces au Très-Haut; car » en revenant à moi-même et rentrant dans mon cœur, je me » réjouis plus de la patience que le Seigneur m'a donnée, par » faveur spéciale, que s'il m'eût accordé l'empire du monde » entier. »
» Le roi d'Angleterre fut reconduit par le roi de France l'espace d'une journée de marche. Avant de se séparer, s'étant détournés à l'écart, ils se dirent des paroles secrètes et amicales. Le roi de France dit alors en soupirant : « Plût à Dieu » que les douze pairs de France et le baronnage consentissent à » mon désir! nous serions certes des amis indissolubles. Notre » discorde est pour les Romains une excitation à se déchcdner » et un sujet de s'enorgueillir. » S'étant donc baisés et embrassés réciproquement, ils se quittèrent. » (Matthieu Paris, la Grande Chroniquey trad. Huillard-Brébolles.)
lia piété el la Justice de saint liOais.
Loais IX fut à la fois un roi et un saint, et ce qui lui donne une place particulière dans Thistoire, c'est que le- saint n'a pas nui au roi, c[aesoD extrême piété, loin de lui faire sacrifier au profit de l'Eglise les intérêts de l'Etat, ne servit qu'à lui faire mieux comprendre les devoirs de sa charge, qu'elle éclaira sa conscience de roi, la régla et le soutint jusqu'au dernier jour de sa vie.
La piété du roi. — « Il fut, dit Joinville, si sobre de la bouche, que oncques jour de ma vie je ne l'entendis parler d'aucun mets comme font maints hommes riches ; il mangeait patiemment ce que ses cuisiniers lui apprêtaient devant lui. Il fut modéré en ses paroles, car oncques jour de ma vie je ne lui entendis dire du mal d'autrui, ni nommer le diable, lequel nom est bien répandu par le royaume, ce qui, je crains^ ne plaît pas à Dieu. Il trempait son vin autant qu'il voyait que le Vin pouvait le souffrir. Il me demanda en Chypre pourquoi jô
ne mettais de Teau dans mon vin, et je lui dis que les médecins me disaient que j'avais une grosse tête et un froid estomac et que, par suite, je n'avais pas pouvoir de m'enivrer. Il me dit qu'ils me trompaient, car, si je n'apprenais à tremper mon vin dans ma jeunesse et que je le voulusse en ma vieillesse, la goutte et les maladies d'estomac me prendraient si bien que jamais je n'aurais la santé, parce que, si je buvais mon vin tout pup en ma vieillesse, je m'enivrerais tous les soirs, et que c'était trop laide chose pour un vaillant homme de s'enivrer... » Il me demanda si je lavais les pieds aux pauvres le jour du grand jeudi : « Sire, dis-je, non vraiment. Je ne laverai » jamais les pieds des vilains.» — «Vraiment, fit-il, ce fut » mal dit ; car vous ne devez pas avoir en dédain ce que Dieu » fit pour notre enseignement. Or, je vous prie pour l'amour » de Dieu et pour l'amour de moi, que vous vous accoutumiez » à les laver. » (Joinville.)
Saint Louis n'avait pas, en effet, les répugnances du bon sénéchal.
« En l'abbaye de Royaumont, il y avait un moine qui était lépreux et vivait en une maison écartée des autres ; il était si abominable que ses yeux, rongés par la maladie, ne voyaient goutte; il avait perdu le nez; ses lèvres étaient fendues et grosses, et les ouvertures de ses yeux étaient rouges et hideuse» à voir. Et donc comme le benoît roi fut venu un dimanche à ladite abbaye, quand les messes furent dites, il prit l'abbé de Royaumont et lui dit qu'il voulait aller au lieu où le lépreux demeurait. Alors l'abbé alla devant et le benoît roi alla après. Ils entrèrent dans la chambre du lépreux et le trouvèrent mangeant à une table assez courte. II mangeait chair de porc, ainsi que c'est la coutume des lépreux de l'abbaye. Le saint roi salua ce malade, s'agenouilla devant lui, et lors commença à trancher devant lui la chair avec un couteau qu'il trouva sur la table, et il mettait les morceaux en la bouche du malade. Tandis que le saint roi était ainsi à genoux devant le lépreux et l'abbé aussi par révérence du saint roi (de laquelle chose le^ dit abbé avait assez horreur), le benoît roi demanda au lépreux s'il voulait manger perdrix ou gélines, et il dit : oui. Lors lé saint roi fit appeler un de ses huissiers et lui commaDda d'apporter des gélines et des perdrix de sa cuisine, qui était assez loin de ce lieu, et, le temps que ITiuissier mit à apporter deux
gélines et trois perdrix rôties, ledit roi fut toujours à genoux devant le malade et Tabbé aussi. Le saint roi demanda au lépreux duquel il voudrait manger, ou des gélines ou des perdrix, et il répondit : des perdrix ; et le benoît roi lui demanda à quelle sauce, et il répondit : au sel. Lors le roi lui trancha les ailes d'une perdrix, en salait les morceaux et les lui mettait dans la bouche ; mais les lèvres du malade étaient si fendues qu'il saignait. Le sel lui faisait mal et le venin lui coulait par le menton, pour laquelle chose le malade dit que le sel le blessait trop. Le benoît roi salait donc les morceaux pour leur donner de la saveur, mais il en essuyait les grains de sel pour qu'ils n'entrassent pas dans les crevasses des lèvres du malade. Et avec tout cela le roi reconfortait ledit malade et lui disait qu'il souffrît en bonne patience, que c'était son purgatoire en ce monde, et que mieux valait qu'il souffrît ici ce mal qu'autre chose au siècle à venir. Et après il demanda au malade s'il voulait boire et de quel vin, et il mit le vin en hanap de ses propres mains et lui mit le hanap en sa bouche et l'abreuva, et, quand ce fut fait, il pria le malade qu'il priât Notre-Seigneur pour lui. Et ainsi s'en allèrent le benoît roi et Tabbé, et alla le roi manger à l'hôtel qu'il avait en l'abbaye. Il visitait souvent ainsi ledit malade et disait aux chevaliers : « Allons visiter notre malade. » (Guillaume de Nangis*, Gestes de Louis IX,)
Amour de saint Louis pour le peuple. — « L'amour qu'il avait à son peuple parut à ce qu'il dit à son fils aîné en une moult grande maladie que il eut à Fontainebleau ; « Beau fils, fit-il, je te prie que tu te fasses aimer au peuple de ton royaume; car vraiment je aimerais mieux qu'un Ecossais vînt d'Ecosse et gouvernât le peuple du royaume bien et loyalement, que tu le gouvernasses mal apertement. » (Joinville.)
Le chêne de Vincennes. — « Maintes fois advint que en été il allait s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe, s'appuyait à un chêne et nous faisait asseoir autour de lui; et
1. Guillaame de Nangis, moine et garde des Chartes de Tabbaye de Saint- Denis, vit la fin du treizième siècle et le commencement du quatorzième. l\ a laissé une Vie de saint Louis, une Vie de Philippe III le Hardi, et une Chronique^ de la création à l'an 1300. C'est un historien estimable, mais peu brillant.
tous ceux qui avaient à faire, venaient lui parler sans secours d'huissier ni d'autre. Et lors, il leur demandait de sa bouche t « Y a-t-il ici quelqu'un qui ait partie?» Et ceux qui avaient partie se levaient et lors il disait : « Taisez-vous, et Ton vous expédiera Tun après l'autre. » Et lors il appelait monseigneur
Saint Louis.
Pierre de Fontaines et monseigneur Geffroy de Villette*, et disait à l'un d'eux : « Délivrez-moi (expédiez-moi) cette partie. » Et quand il voyait quelque chose à amender en la parole de ceux qui parlaient pour autrui, lui-même l'amendait de sa
1. Pierre de Fontaines était un des meilleurs jurisconsultes du temps. Il est Tantenr d'un traité de questions et de décisions de droit, intitulé le Conseil de Piètre de Fontaines, — Geoffroy de Villette était bailli de Tours.
bouche. Je le vis parfois en été, pour délivrer sa gent, venir au jardin de Paris, vôtn d^une cotte de camelot, un surcot de tiretaine sans manches, un manteau de taffetas noir autour du cou, moult bien peigné et sans coiffe, et un chapeau de paon blanc (de cygne) sur sa tète; il faisait étendre un tapis pour nous asseoir autour de lui. Et tout le peuple qui avait affaire par devant lui Tentourait, et lors il le faisait délivrer en la même manière que je vous ai dit pour le bois de Vincennes. »
(JOINYILLE.)
Les palefrois de Tabbé de Clony. — « Tandis que le roi séjournait à Hyères pour se procurer des chevaux pour revenir en France*, Tabbé de Cluny lui présenta deux palefrois qui vaudraient bien aujourd'hui cinq cents livres, un pour lui, et l'autre pour la reine. Quand il les lui eut présentés, il dit au roi : a Sire, je viendrai demain vous parler de mes affaires. » Quand vint le lendemain, Tabbé revint : le roi l'entendit moult diligemment et moult longuement. Quand Tabbé fut parti, je vins au roi et lui dis : « Je viens vous demander, » s'il vous plaît, si vous n'avez pas ouï plus débonnairement » l'abbé de Cluny, parce qu'il vous donna hier ces deux pale- » frois. » Le roi réfléchit longuement et me dit : « Vraiment oui. » — Sire, fis-je, savez-vous pourquoi je vous ai fait cette de- » mande? — Pourquoi? fit-il. — Pour cela, sire, fis-je; c'est » que je vous conseille que vous défendiez à tout votre con- » seil juré, quand vous viendrez en France, qu'ils ne prennent » rien de ceux qui auront des affaires à traiter devant vous, car » soyez certain que, s'ils prennent quelque chose, ils écouteront » plus volontiers et plus diligemment ceux qui donneront, » ainsi que vous avez fait avec l'abbé de Cluny. »
Le roi rendait la justice à quiconque la lui demandait, fût-ce contre les plus puissants seigneurs du royaume. — Un homme étant venu se plaindre a saint Louis de son frère Charles d'Anjou, qui voulait le forcer à loi vendre une propriété qu'il possédait dans son comté, le roi fit appeler Charles devant son conseil et lui ordonna de rendre sa terre an pauvre homme et ne le léser en rien dans sa possession, puisqu'il ne voulait ni la vendre, ni l'échanger.
En 1257, il rendit contre le seigneur de Vesnon un arrêt, par lequel il
1. Il revenait de Terre Sainte. — Hyères, où il débarqua, était une ville provençale, et la Provence n'était pas encore une terre française.
le condamna à dédommager nn marchand qui, en plein jour, avait été volé dans sa seigneurie (les seigneurs étaient obligés de faire garder les chemins depuis le soleil levant jusqu'au soleil couchant).
Le procès Enguerrand de Coucy. — « En Tabbaye de Saint-Nicolas-aux-Bois, près de Laon, demeuraient trois nobles enfants, venus de Flandre pour apprendre le langage de France. Ces enfants allèrent jouer un jour, par les bois de Tabbaye, avec des arcs et des flècbes pour tirer et tuer des connins (des lapins). Comme ils suivaient leur proie qu'ils avaient fait lever du bois de Tabbaye, ils entrèrent au bois de messire Enguerrand de Coucy : ils furent pris aussitôt et retenus par des sergents qui gardaient le bois. Quand Enguerrand sut le fait des enfants par ses gardes forestiers, lui, qui était cruel et sans pitié, fit aussitôt, sans jugement, pendre les enfants. Mais, quand Tabbé de Saint-Nicolas qui en avait la garde, et messire Gilles le Brun, connétable de France, dont ils étaient parents, le surent, ils vinrent trouver le roi Louis et le requirent qu'il leur fît droit du seigneur de Coucy. Le bon roi droiturier, aussitôt qu'il sut la cruauté du seigneur de Coucy, le fit appeler et ordonna qu'il vînt à la cour pour répondre de ce fait et vilain cas. Quand le sire de Coucy ouït le commandement du roi, il vint à la cour et dit qu'il ne devait pas répondre de ce fait devant le roi, mais devant les pairs de France, selon la coutume de baronnie. Mais advint qu'il fut prouvé, par le registre de la cour de France, qu'il ne tenait pas sa terre en baronnie * . Le roi fit prendre et saisir le seigneur de Coucy, non par ses barons et par ses chevaliers, mais par ses sergents d'armes et le fit mettre en prison en la tour du Louvre... Son intention était de faire droit de lui et de le punir de pareille mort, comme il avait fait des enfants, sans se laisser fléchir. Quand les barons aperçurent la volonté du roi, ils le prièrent et requirent moult doucement qu'il eût pitié du seigneur de Coucy et qu'il prît amende de lui, telle qu'il voudrait. Le roi, qui était moult échauffé de faire justice, répondit aux barons que, s'il pensait que Notre-Seigneur lui sût aussi bon gré du pendre que du laisser, il pendrait et qu'il n'aurait égard à nul baron qui lui
1. C'est-à-dire qu'on le considéra, non comme un grand baron relevant immédiatement de la couronne, mais comme un simple vassal du domaine royal et justiciable du tribunal ordinaire du roi.
appartînt. A la fin, quand le roi vit les humbles prières que leà barons lui faisaient, il se fléchit et voulut que le sire de Coucy rachetât sa vie de dix-huit mille livres de deniers, et établit deux chapelles pour les âmes des trois enfants, où Ton chanterait chaque jour la messe... » (Guillaume de Nangis.)
Tous les barons n'avaient pas prié le roi si doncement que veut bien le dire Guillaume de Nangis : un certain Jean Tbourot, irrité de la rigueur de Louis IX, s'écria : '< Si jetais le roi, j'aurais fait pendre tous les barons; » car, le premier pas fait, le second ne coûte plus ^uère. — Comment, » JeanI repondit le roi, vous dites que je devrais faire pendre tous mes » barons; certainement je ne les ferai pas pendre, mais je les châtierai, » s'ils méfont. »
lioals IX et les évêc|«es.
Malgré la vive piété dont il était animé et le respect dont il entourait les évèques, le saint roi ne sacrifla jamais à l'Eglise les intérêts et la dignité de sa couronne. Au treizième siècle, le clergé usait et abusait de l'excommunication. On ne pouvait avoir la moindre contestation avec les gens d*église sans être exposé à être excommunié, et il ne s'agissait pas seulement d'être banni des lieux saints et exclu de tous les actes civils pour lesquels le concours du clergé était nécessaire, le tribunal ecclésiastique qui avait prononcé la sentence requérait, en vertu des canons du concile de Latran, l'assistance du bras séculier contre l'excommunié; l'ofûcier laïque, s'il refusait son ministère, était frappé lui-même d'excommunication (voy. ci-dessus, p. 375). Saint Louis n'était pas homme à se faire le docile exécuteur des sentences épiscopales.
« Tous les prélats de France, assemblés à Paris, mandèrent un jour au roi qu'ils voulaient lui parler, et le roi alla au palais pour les voir. Et là était Tévêque Guy d'Auxerre qui, au nom de tous les prélats, parla ainsi au roi : « Sire, ces seigneurs qui sont » ici, archevêques et évêques, m'ont dit de vous dire que la » chrétienté se périt en vos mains. » Le roi se signa et dit : (( Or, dites-moi comment cela est? » — « Sire, fit-il, c'est qu'on » ne tient plus compte des excommunications ; nuit et jour les » gens se laissent mourir excommuniés, sans qu'ils se fassent » absoudre et sans faire satisfaction à l'Eglise. Nous vous requé- » rons donc, sire, pour Dieu et pour ce que vous devez faire, » que vous commandiez à vos prévôts et à vos baillis que tous » ceux qui seront restés excommuniés un an et un jour soient » contraints par la prise de leurs biens de se faire absoudre. » Le roi répondit qu'il le leur commanderait volontiers, mais qu'il tenait à avoir connaissance des causes pour savoir si les sen-
tences étaient droiturières ou non. Et Tévêque dit qu'il ne lui appartenait pas, à lui laïque, de connaître des causes d'Eglise. Et le roi lui dit qu'il ne le ferait autrement; car ce serait contre Dieu et contre raison s'il contraignait les gens à se faire absoudre, quand les clercs leur feraient tort. « Et à ce sujet, » dit le roi, je vous donne un exemple. Le comte de Bretagne » a plaidé sept ans contre les prélats de Bretagne, tout excom- » munie qu'il était; il a tant exploité que le pape les a con- » damnés tous. Si donc j'eusse contraint le comte de Bretagne » à se faire absoudre dès la première année, j'eusse méfait » envers Dieu et enver» lui. » Lors sortirent les prélats ni oncques plus n'ai ouï dire que demande ait été faite des choses susdites. » (D'après Joinyille.)
Probtliitloii du dael Judiciaire.
Saint LoQÎs abolit, dans le domaine royal, le duel judiciaire, si cher / aux juges ignorants ou pressés d'en finir. Pour lui, c'était une preuve qui ' ne prouvait rien. Voici les termes de son ordonnance : « Nous détendons les » batailles par tout notre domaine en toutes querelles... ; au lieu de batailles, » nous mêlions preuves de témoins et de chartes. Et n'ôtons mie les autres t) preuves bonnes et loyales qui ont été accoutumées en cour laïque » jusques à ores. — Nous commandons que si un homme veut accuser un » autre de meurtre, qu'il soit ouï et qu'on lui dise : — « Si tu veux » accuser de meurtre, tu seras ouï ; mais il convient que tu consentes à » souffrir la même peine que tes adversaires souffriraient si ils étaient • atteints. Et sois certain que tu n'auras pas de bataille, mais que tu » devras prouver par témoins jurés, et il convient que tu en aies deux » bons, au moins ;' du reste, amène autant de témoins qu'il te plaira. Et te » vaille ce que tu dois valoir ; car nous ne repoussons aucune preuve reçue » en cour laïque jusqu'alors, fors la bataille; et sache bien ce que tes » adversaires pourront dire contre tes témoins. » [Etablissements de sainl Louis^, édition de la Société de l'Histoire de France.)
Saint Louis essaya aussi de restreindre le droit de guerre privée entre , les seigneurs de son domaine. S'inspirant d'une ancienne ordonnance de | Louis VI ou de Philippe-Auguste, il promulgua la quarantaine- le-roij qui
1. Le recueil juridique, connu sous le nom d'Etablissements de saint LouiSt n'a été ni composé ni promulgué par ce prince. C'est la compilation d'un jurisconsulte anonyme, probablement Orléanais, qui, dès le treizième siècle, livrait au Snblio une ébauche de généralisation et d'unification du droit français. Les léments qui firent les frais de ce travail, furent : 1* deux ordonnances de saint Louis (dont celle contre les duels) ; 2» une coutume de Touraine-Anjou et une coutume orléanaise. Ce recueil, bien que n'émanant pas de l'autorité royale, eut néanmoins la bonne fortune de circuler de province en province et d'exercer une certaiae infimenoe sur l'application de la loi par les tribunaux. (Viollet, les EtabUs$ements de saint Louts^ A vol. in-8*.)
interdisait les guerres privées pendant quarante jours à partir du moment i où roffense avait eu lieu. Ces quarante jours pouvaient être employés uti- I îement à réconcilier les deux adversaires. A la quarantaine, le roi joignit Yasseuremeni. Si l'une des deux parties s'asseiiraity c'est-à-dire faisait le roi juge de la querelle et se mettait sous sa garantie, la trêve de quarante jours devait être prolongée jusqu'à ce que le prince eût prononce. Celui qui rompait la trêve s'exposait à être arrêté et puni par le roi.
lia prévoie de Paris.
ILe personnage chargé du maintien du bon ordre dans la capitale était le prévôt de Paris. Longtemps affermée, la prévôté était devenue une charge vénale, le plus souvent exercée par des hommes incapables. Après son retour de la première croisade, saint Louis entreprit de reconstituer cette magistrature. Joinville nous a conservé le récit de cette réforme.
« La prévôté de Paris était lors vendue aux bourgeois de Paris, ou à quelques-uns d'entre eux, et il advenait que, quand ceux-ci l'avaient achetée, ils soutenaient leurs enfants et leurs neveux en leurs outrages ; car les jouvenceaux se fiaient en leurs parents et en leurs amis qui tenaient la prévôté. Pour cette chose, le menu peuple était moult trop foulé, il ne pouvait avoir justice des riches hommes à cause des grands présents que ceux-ci faisaient aux prévôts. Pour les grandes injustices et pour les grandes rapines qui étaient faites en la prévôté, le menu peuple n'osait demeurer en la terre du roi et allait demeurer en autres prévôtés et seigneuries... Avec ce il y avait tant de malfaiteurs et de larrons à Paris et en dehors que le pays en était plein*. Le roi ne voulut plus que la prévôté de Paris fût
1. Le clerc et les trois sergents. — A cette époque, il n'y avait aacane sécurité dans les rues de Paris, pendant la nuit. Le récit suivant de Joinville en fait foi. « Un jour que je me rendais chez le roi, je trouvai trois hommes morts dans une charrette : on me dit que c'était un clerc qui les avait tués... Le prévôt raconta au roi que les morts étaient trois de ses sergents. Ils allaient par les rues pour voler les gens. Ils trouvèrent le clerc et lui toUirent tous ses vêtements. Ce clerc s'en alla chez lui en simple chemise, prit son arbalète et se fit apporter son fauchon (épée en forme de faucille] par un enfant. Quand il vit les sergents, il leur cria qu'ils mourraient. 11 tenait son arbalète et frappa l'un au cœur; les deux autres s'enfuirent. Le clerc prit le fauchon que lui tendait Tenfant et les poursuivit au clair de la lune, qui était belle et claire. L'un s'imagina de passer par nne haie dans un jardin, mais le clerc, d'un coup de fauchon, lui trancha toute la jambe, de telle manière au'elle ne tenait plus qu'à la botte ; l'autre tenta d'entrer dans nue maison où l'on veillait encore, mais le clerc, de son fauohoB, lui fendit la tête jusque es dents. Il montra son fait au prévût voisin delà ma, puis s'en vint mettre en prison, d'où il fut conduit au roi. — « Sire clerc, lui dit » le roi, votre prouesse vous a fait perdre le droit d'être prêtre ; mais pour votre
vendue; il donna des gages bons et grands à ceux qui dès lors la garderaient, et abolit toutes les mauvaises coutumes dont le peuple pouvait être grevé. Il fit enquête par tout le royaume et par tout le pays d'un homme qui fit justice bonne et roide et n'épargnât pas plus le riche homme que le pauvre. On lui indiqua Etienne Boileau*, lequel maintint et garda si bien la prévôté, que nul malfaiteur ni larron n'osa demeurer à Paris qui ne fut aussitôt pendu ou détruit. Ni parent, ni lignage, ni or, ni argent ne pouvait le garantir de la corde. La terre du roi commença à amender, le peuple y vint pour le bon droit qu'on y faisait. » (Joinville.)
Ce «ia*il famt penser de la toléran<se de saint liOais.
Comment l'on doit disputer de la religion avec les mécréants. — Dans sa profonde piété, saint Louis estimait qa'il n'y a pas de plus grand crime que de transgresser la loi de Dien; aussi traitait-il les béretiques et les blasphémateurs comme de vrais criminels. Il fut injuste €t cruel envers les juifs; jnais il faut le juger sur ses idées, sur celles de json temps, et non sur les nôtres. La tolérance était un sentiment inconnu au moyen âge. De la manière dont Joinville raconte certains faits et dits du bon roi, on sent qu'il les approuve et les admire. Qui les lira aujourd'hui sera loin de partager son admiration.
c( Le roi me conta qu'il y eut une grande dispute (théologique) de clercs et de juifs au monastère de Cluny. Là se trouva
» personne, je vous retiens à mes gages, et vous viendrez avec moi outre-mer, et » j'agis ainsi parce que je veux que mes gens voient que je ne les soutiendrai en » nulles de leurs mauvestiés. »
1. Le nom d'Etienne Boileau, écrit quelquefois Boilesve, se prononçait Boileau, si Ton s'en rapporte à un compte de 1266, où il est appelé Stephanwt Bibens aquam. (Bois 1 eau). Boileau était chevalier et avait accompagné saint Louis en Terre Sainte. C'était un justicier impitoyable. Il fit pendre son filleul parée qv^il ne pouvait se retenir dCembler (voler) et un sien compère qui reniait un dépôt confié à sa garde.
On a de Boileau un recueil connu sous le nom de Livre des Métiers, Quand il entreprît ce recueil, les communautés d'artisans existaient déjà depuis long^mps ; elles avaient toutes des règlements, des us et coutumes auxquels leurs membres se conformaient. Boileau n'eut besoin ni de fonder, ni d'organiser des corporations de métiers, ni de leur donner des r^lements particuliers. Il établit au Chàtelet des registres pour y inscrire les règles pratiquées par les maîtrises d'artisans, les tarifs des droits prélevés par le roi et les seigneurs sur l'entrée des denrées et marchandises, etc. Chaque corporation d'artisans, représentée par ses maîtres-jurés, comparut an Chàtelet devant le prévôt et fit toutes les déclarations qu'on lui demanda. Un clerc tenait la plume et enregistrait les dépositions relatives aux traditions et pratiques du métier. Boileau eut ainsi le mérite de donner un corps, une existence matérielle à des règles qui n'avaient jamais iHé recueillies «t de les transmettre ainn aux générations suivantes.
un chevalier qui requit labbé de lui donner la parole le pre^ jnier, ce qui lui fut accordé. Lors il se leva et s'appuya sur son bâton et demanda qu'on fît venir le plus grand docteur des juifs; ainsi fit-on. Le chevalier demanda au juif : « Maître, je p vous demande si vous croyez que la vierge Marie, qui porta » Dieu dans ses flancs, enfantât vierge et qu'elle soit mère de » Dieu. » Et le juif répondit qu'il ne croyait rien de tout cela. Le chevalier lui dit qu'il avait fait une folie, puisqu'il ne croyait en la sainte Vierge ni ne l'aimait, d'être entré en son moûtier et en sa maison. « Et vraiment, ajouta-t-il, vous le paierez. » Et lors il leva son bâton, en frappa le juif près de l'oreille et le porta par terre. Les juifs s'enfuirent emportant leur docteur tout blessé, et ainsi demeura la dispute. Lors- vint l'abbé qui dit au chevalier qu'il avait fait une grande folie. Et le chevalier dit que labbé en avait fait une plus grande encore de convoquer les gens pour telle dispute, car, avant que la dispute fût arrivée à sa fin, il y avait céans grand foison de bons chrétiens, qui s'en fussent partis tous mécréants, parce qu'ils n'eussent mie bien entendu les juifs. — « Aussi vous dis-je, fit le roi, que » nul, s'il n'est pas très bon clerc, ne doit disputer avec eux; » mais que l'homme laïque, quand il entend médire de la loi V chrétienne, ne doit pas .la défendre, si ce n'est de l'épée, ï> dont il doit donner dedans le ventre, autant qu'elle peut y » entrer. » (Joinville.)
De celui qui jura un vilain serment. — « Une fois, il advint que le roi, chevauchant dans Paris, ouït un homme qui jura vilainement Dieu. Le roi en fut moult courroucé en son coeur et commanda qae l'homme fût pris et il le fit marquer d'un fer chaud parmi le nez et les lèvres, afin qu'il eût perdurabie mémoire de son pèche et que les autres redoutassent de jurer vilainement le nom de leur Créateur. Moult de ^ns murmurèrent contre le roi de ce que ce malheureux était si vilainement marqué. — u Je voudrais, leur dit le roi, être ainsi marqué d'un fer » chaud, comme cet homme, et que Jamais vilains serments ne fussent >» jurés en mon royaume ^ » {Grandes Chroniques de Saint-Denis.)
1. L'historien Monteil, dans son Histoire des Français (t. I, épitre 73), noo» fait un tableau assez saisissant des peines portées jadis contre les blasphémateurs. Il prête au frère Jean une morale plus humaine que celle de saint Louis. Voici «e récit, qu'il intitule le Blasphémateur:
K Ce matin. Je distribuais à la porte du couvent quelques restes de pain et de jsoupe. 11 s'est présenté un homme que les autres repoussaient. En le regardant, ie me suis aperçu qu'il avait la lèvre inférieure fendue; je n'ai pourtant pas hésité à lui donner sa part et, m'adressant aux pauvres, je leur ai dit : « Notre frère a » failli, mais il a subi sa pçine ; nul ici n'a le droit de rinjurier. Mes frères, doob
I. Principales collections. — !• Recueil des historiens des Gaules et de LA France, t. X à XII, XVI à XXIIl. — 2^ Collection Guizot, t. VI (Raoul Glaber, Chronique; Helgaud, Vie du roi Robert; Adalbéron, Poème au roi Jiobert) ; t. VII (Eudes, Vie de Bouchard, comte de Melun; Hugues de Fleury, Chronique) ; t. .VIII (Suger, Vie de Louis le Gros ; Guillaume, Vie de Suger, Vie de Louis le Jeune; Galbert, Vie de Charles le Bon); t. IX et XI (Guibert de Vie); t. XI (Rigord, Vie de Philippe-Auguste ; Guillaume le Breton,
Nogent, sa
Vie de P hi lippe- Auguste ; Nicolas de BreLy, ledits et gestes de Louis VIII); t. XÏi
(Guillaume le Breton, la Philippide) ; t. XIII (Guillaume de Nangis, Chronique).
Livres. — Pfister, Etudes sur le règne de Robert le Pieux, 1885. — Luchaire, Louis VI le Gros, Annales de sa vie et de son règne, 1890; Etudes sur l'administration de Louis VII et catalogue de ses actes, 1890. — Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, 1865. — Luchaire, Philippe-Auguste, 1884. — Lenain de Tillemont, Vie de saint Louis, 6 vol. in-8o. — Faure, Histoire de saint Louis, 2 vol., 1851. — Wallon, Saint Louis et son temps, 2 vol., 1875. — Lecoy de la Marche, Saint Louis, sa famille et sa cour, d'après les anecdotes contemporaines (Revue des Questions historiques, 1877) ; Boularic, Saint Louis et Alphonse de Poitiers. 1870).
Pour l'histoire des institutions, voir : Luchaire, Histoire des institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens, 2 vol., 1883. — Dareste, Histoire de l'administration en France depuis Philippe-Auguste, 1848. — Chéruel, Histoire de l'administration monarchique en France, de Philippe-Auguste à la mort de Louis XIV, 1855. — Vuitry, Etudes sur le régime financier de la France avant la Révolution, t. I«f, 1878. — Rambaud, Histoire de la civilisation française, t. 1«', 18fô.
» voulons tous devenir bons et justes, commençons par n'être ni méchants ni '• injustes. » Tout le monde s'est tu.
» Ce pauvre était, ou plutôt avait été blasphémateur : on lui avait fendu la lèvre d une manière extraordinaire. J*en ai vu qui avaient les deux lèvres fendues, dont la bouche était exactement en croix. Disons-le, mon frère, puisque les décisions des papes nous y autorisent, Dieu ne peut que réprouver ces punitions sanglantes. Lorsque la justice civile veut s'asseoir sur le tribunal ecclé- ,siastique, lorsqu'elle veut punir des délits spirituels, c'est toujours avec le fer.
» Philippe-Auguste condamne les blasphémateurs à donner quatre sous aux pauvres : bien ! mais ceux qui ne pourront pas payer seront plongés dans la rivière, n'importe la saison. A mon avis, c'est trop, c'est beaucoup trop.
M Saint Louis vient ensuite ; il ordonne les plus grandes peines contre ceux qui auraient proféré le vilain serment. Le pape arrête cet excès de zète; il corrige les -opinions du prince, et le prince corrige ses lois. Par une nouvelle ordonnancé, les blasphémateurs ne sont punis que d'une simple amende ; on se borne à tenir exposés une heure sur l'échelle ceux qui ne peuvent la payer, et ensuite à les faire jeûner en prison huit jours, au pain et à l'eau. Les enfants qui ont blasphémé doivent être dépouillés et fouettés public[uement.
» Philippe le Hardi rappelle l'exécution de l'ordonnance de son père. C'est Ik qu'aurait dû s'arrêter Philippe de Valois; mais il a voulu aller au delà. Au pilori neuf heures celui qui aura juré; permis au peuple de lui jeter des ordures et de la boue. Qui récidivera aura, la première fois, la lèvre supérieure fendue ; la seconde, la lèvre inférieure ; la troisième, on lui coupera la lèvre de dessus; la 'quatrième, la lèvre de dessous; la cinquième, la langue... »