L'ANGLETERRE DU V» AU XIII® SIÈCLE
de son couronnement, n'aurait jamais voulu se mettre en route sans avoir des reliques pendues autour du cou.
)) Mais il faut dire que, s'il avait les vices de sa race, il en possédait aussi les hautes capacités. Son plan d'attaque pour la délivrance de Château-Gaillard et sa marche rapide qui ruina les espérances d'Arthur à Mirebeau, révèlent une véritable valeur militaire ; il se montra aussi supérieur à ses contemporains par la justesse de son coup d'œil politique et la profondeur de ses combinaisons. On le vit toujours prompt à discerner les difficultés d'une situation et inépuisable en ressources. La ruine môme de son pouvoir continental l'amena à former une ligue puissante qui mit Philippe-Auguste à deux doigts de sa perte; il -répondit au soulèvement général de l'Angleterre par une alliance effrontée avec la papauté. On a souvent accusé Jean d'incapacité ■et d'inertie pour expliquer la grandeur de sa chute; l'étude attentive de son règne suffit à le disculper entièrement. La leçon qui ressort de sa vie est d'autant plus éloquente qu'il ne se montra ni faible ni indolent, mais le plus habile et le plus audacieux des princes angevins. Il n'en perdit pas moins la Normandie, devint vassal du Saint-Siège et succomba dans une lutte désespérée contre l'Angleterre qui combattait pour sa liberté. »> (Green, Histoire du peuple anglais, 1. III, ch. ii, trad. Monod.)
lia Cirande Charte.
La Grande Charte est une des conséquences de la bataille de Bouvines. .Voyant revenir leur roi battu et humilié, les barons, réunis à Saint- Edmunsbury, sous la présidence du primat Langton, jurèrent sur Tautel de demander au prince et de lui arracher, s'il le fallait, par la force, l'observation de la charte de Henri !«»■ et des lois d'Edouard le Confesseur (20 novembre 1214).
Le 6 janvier 1215, les confédérés se rendirent en armes à Londres et requirent du roi le renouvellement de la charte et des anciennes lois; Jean, qui ne savait rien de la coalition, demanda du temps pour réfléchir. Les barons lui accordèrent jusqu'à Pâques.
Jean essaya de mettre à profit ce délai : il envoya à Rome réclamer l'appui du pape, prit la croix le 2 février et fit vœu de partir.pour .la Palestine, espérant couvrir le despotisme du privilège des croisés.
Ni les barons, ni le clergé ne se laissèrent intimider. Us envoyèrent aussi plaider leur cause devant la cour de Rome, et, le délai convenu expiré, ils se réunirent à Stanford, dans le comté de Lincoln, suivis de plus de deux mille chevaliers.
Quand ils eurent renouvelé leurs demandes : « Que ne me demandentils mon royaume I » s'écria Jean dans un accès de fureur; et la négociation fut rompue. Le 5 mai, les barons, réunis à Wallingford, renonçaient à
leurs serments d'allégeance. Robert Fitz-Walter était nommé maréchal de Tarmée de Dieu et de la sainte Eglise. Le 24 mai, les barons prenaient possession de Londres, et Jean, réfugié dans le comté de Surrey, se voyait en peu de temos presque seul, à la Jète de sept chevaliers, en face d'une nation tout entière en armes.
Le tyran s'inclina devant la nécessité. Le 15 juin, une conférence s'ouvrit entre Windsor et Staines, dans la plaine marécageuse de Runnymede. La Grande Charte fut discutée, acceptée et signée par le roi. Elle était ainsi conçue :
c( Jean, par la grâce de Dieu, roi des Anglais. Vous saurez que par rinspiration du Seigneur, et pour le salut de notre âme, de celle de nos ancêtres et de nos successeurs, et par Texaltatîon de la sainte Eglise, nous avons concédé, par le conseil de nos prélats et de nos fidèles, la charte suivante, qui demeurera inviolable pour nous et nos successeurs.
» D'abord, TEglise d'Angleterre aura tous ses droits et privilèges, ses libres élections, son gouvernement intérieur * .
» 11 est arrêté que Théritier en bas âge d'un comte, d'un baron qui nous doit un relief* pour le service militaire, ne sera tenu de nous payer que cent sous au plus ; et celui qui nous doit moins donnera moins, selon l'ancienne coutume des fiefs.
» Si l'héritier possesseur d'une terre tombe sous la garde d un supérieur, celui-ci n'aura cette tutelle qu'après avoir reçu l'hommage, et alors il ne pourra recueillir du fief que le revenu raisonnable et les services d'hfiibitude, et il sera tenu d'entretenir les rivières, moulins ou autres appartenances de la terre au moyen de ses revenus ; il la rendra à la majorité du tenancier, bien garnie de charrues et d'instruments nécessaires à la culture.
» La veuve, après la mort de son mari, sera mise en possession, sans difficulté, de sa dot et de son douaire, dont elle ne devra aucun relief, et elle pourra demeurer quarante jours dans les domaines de son mari, à moins que ce ne soit un château fortifié ; dans ce cas, on lui choisira une honorable maison où elle habitera. Pendant ce temps, elle sera vêtue aux dépens de l'hoirie; on lui assignera comme dot la troisième partie de ce que possé-
1. La grande Charle se borne à confirmer, en général, les immunités et franchises de TEglise ; Jean les avait récemment sanctionnées dans une charte particulière par laquelle il espérait détacher les ecclésiastiques de la coalition des barons.
2. Le relief était la somme que payait l'héritier du fief à son suzerain. Cette disposition de la charte avait pour but de mettre un terme aux exactions de la couronne et des hauts barons de race normande.
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dait son époux ; à moins qu'il ne s'agisse d'une mineure dotée à la porte de l'église.
» Aucune veuve ne sera obligée de se remarier ; mais, si elle le désire, elle doit avoir au préalable notre consentement ou celiïi de son seigneur suzerain * .
» Nos baillis ne pourront saisir la terre, ni le revenu de nos hommes, tant que le mobilier suffira pour payer la redevance qui nous est due. Les cautions ne pourront être poursuivies avant le débiteur principal, mais elles pourront l'être si l'impuissance de celui-ci est constatée ; si quelqu'un a emprunté à un juif, et qu'il vienne à mourir, Tusure ne court pas pendant la minorité des héritiers ; le douaire et la dot de la veuve seront prélevés avant toute dette.
y> Nul escuage ou aide ne sera demandé que d'après le consentement du grand conseil du royaume, à moins qu'il ne s'agisse de nous racheter de la captivité, d'armer notre fils chevalier, ou de marier notre fille».
)) Il en sera de même pour les aides de la cité de Londres : elle jouira de toutes ses anciennes libertés, tant sur terre que sur eau. Toutes les villes, bourgs, châteaux, les barons des cinq ports et tous les autres ports auront leurs anciennes libertés et coutumes^.
» Pour la composition du grand conseil du royaume, nous appellerons les archevêques, les évêques, abbés, comtes, barons, nominativement par nos lettres, dans lesquelles sera exposé l'objet de la convocation, et, en outre, nous ferons généralement prévenir tous nos vassaux directs par nos baillis et vicomtes dans un terme qui ne peut être moindre de quarante jours ; et, ce terme arrivé, il sera délibéré par les seigneurs, quoiqu'il puisse
1. Le roi Jean avait abusé de ce droit au point d'exiger mille livres de la comtesse de Warwick pour rester veuve.
2. Richard avait augmenté le droit d'écuage é(abli par Henri II et ressasoité, sons le nom de carucage, le danegeld ou impôt foncier. Sous Jean, ces droits devinrent exorbitants, et le roi ne se faisait aucun scrupule d'élever les aides, de faire payer des amendes et des rançons à son bon plaisir. La grande Charte mit un terme à cet abus par cet article, sur lequel est fondé tout le système constitutionnel de l'Angleterre. A l'exception dos trois aides ordinaires du droit féo^Al, qui n'avaient jamais cessé d'être payées à la couronne, aucune aide ou escuage ne put être dorénavant établi sans le consentement du grand conseil.
3. C'est-à-dire que, délivrées des surtaxes arbitraires, les villes jouiraient du droit de s'administrer, de rendre la justice elles-mêmes et d'arrêter leurs règlements commerciaux. Les barons n'avaient donc pas songé seulement à leurs intérêts particuliers.
5i)2 LECTURES HISTORIQUES.
y en avoir parmi eux qui n'aient pas reçu de convocation spé-
cialç*.
» La covr des plaids communs ne sera pas tenue de suivre le roi dans ses déplacements, mais devra choisir une résidence fixe. Nous, ou si nous sommes hors de notre royaume, notre grand Justicier, enverrons quatre fois Tan, dans chaque comté, deux juges qui, avec quatre chevaliers choisis par la cour de chaque comté, tiendront les assises le jour et dans le lieu où se réunira la cour du comté.
)) L'homme libre ne sera puni pour un léger délit que selon son délit, et pour un grand crime, selon son crime, et encore sauf sa terre, le marchand sauf sa marchandise, et le vilain sauf sa charrue *.
» Les villes et les hommes libres ne seront tenus de faire ponts et routes, à moins qu'ils ne le doivent par un ancien droit. Aucun de nos constables ou baillis ne pourra prendre du blé ou des effets mobiliers, s'il n'en paie la valeur et sur l'appréciation du propriétaire auquel ces objets appartiennent. Nul de nos officiers ne pourra requérir chevaux ou charrettes pour les transports à notre usage s'il n'acquitte l'indemnité des anciens statuts. Ni constable, ni vicomte, ne pourront prendre du bois dans les forêts d 'autrui sans son consentement.
» Nous ne tiendrons les terres de ceux qui seront convaincus .de forfaiture que pendant un an et un jour, et nous les rendrons après au supérieur féodal.
» Il n'y aura qu'un seul poids et une même mesure par tout le .royaume.
» Aucun homme libre ne sera arrêté, ni emprisonné, ni mis hors la loi, ni exilé, ni atteint en aucune façon. Nous ne mettrons point et ne ferons point mettre la main sur lui, si ce n'est en vertu d'un jugement légal par ses pairs et selon la loi du pays'.
» Nous ne vendrons, ne refuserons et ne retarderons pour personne le droit de justice.
» Les marchands auront pleine liberté de venir en Angleterre, d'en sortir, d'y rester, d'y voyager par terre et par eau pour
1. C'est ce grand conseil du royaume qui a été l'origine du parlement anglais.
2. D'après ce principe qu'on doit laisser même aux plus criminels les moyens de gagner honnêtement leur pain.
3. Cet article est la base même de tout le système judiciaire anglais.
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vendre et acheter, sans aucune maltôte, selon les anciennes et droites coutumes du royaume, excepté durant les guerres avec le pays auquel ils appartiennent...
» Pour assurer l'exécution des conventions arrêtées, vingt-cinq barons seront élus comme gardiens et conservateurs des privilèges, et, s'il arrive que nous violions la Charte, les barons conservateurs choisiront quatre d'entre eux pour nous prier de casser ce qui aura été fait contre leurs droits, et, si nous n'accédons pas dans les quarante jours à leurs demandes, ils en référeront aux vingt-cinq conservateurs, et ceux-ci pourront faire à nos terres tout le mal qu'ils voudront, savoir : s'emparer de nos châteaux, de nos champs, excepté de notre personne, de celle de la reine et de nos enfants; et cela jusqu'à ce que le mal soit réparé d'après leur jugement ; et nous autorisons nos justiciers et vassaux à prêter tout serment que les vingt-cinq barons conservateurs pourront exiger d'eux, et nous ne pourrons rien demander qui soit en opposition avec les concessions que nous venons de faire. Comme gage de nos promesses, nous voulons que les quatre châtelains de Northampton, de Kenilworth, de Nothingham et de Scardeburg, obéissent et prêtent hommage aux vingt-cinq conservateurs ou à la majorité d'entre eux. Nous nous engageons à renvoyer tous les étrangers, Poitevins, Flamands et routiers que nous avons à notre service. »
La charte des forêts. — Cette large charte de concessions ne sufjBt point aux barons et aux abbés. Ils en présentèrent une autre au roi Jean qui la signa après quelques représentations inutiles. « Toutes les forêts que notre aïeul Henri a considérées comme forêts royales seront examinées par des hommes probes et loyaux. Si quelqu'une d'entre elles a été saisie au préjudice du propriétaire*, elle lui sera restituée. Les hommes qui n'habitent point les forêts ne pourront être traduits devant le Haut Forestier, à moins qu'il ne s'agisse d'un délit commis à cause des bois. Toutes les forêts qui ont été réunies au domaine au temps du roi Richard seront rendues. Chacun les possédera en toute propriété ; tous les dégâts qui pourront y être faits par nous seront justement réparés. Les surveillants les visiteront comme ils avaient coutume de le faire lors du couronnement du roi Henri; ils feront des recherches tous les trois ans, et ceux dont les chiens
t. Cet abus de la saisie royale s'était considérablement accru sous les règnes de Henri II et surtout de Richard Cœur de Lion.
seront trouvés dans les forêts royales paieront trois sous. On ne pourra lâcher les lévriers que selon les anciennes coutumes. Aucun forestier ne pourra prendre du blé en herbe, de Tavoine, des porcs ou agneaux. 11 se fera trois battues générales par année. Tout homme pourra conduire ses troupeaux dans les forêts royales, mais, s'il y laisse un porc pendant la nuit, il deviendra la propriété du roi. Personne ne sera condamné à perdre la vie ou un membre à cause des délits forestiers, mais il sera obligé à une forte amende, et, s'il ne peut la payer, il gardera un an et un jour la prison. On ne pourra construire, dans les forêts, des moulins, viviers, étangs ; mais tout homme libre sera propriétaire des nids d'éperviers, de faucons et d'aigles, qui sont dans ses bois. Aucun châtelain ne pourra tenir son plaid pour tout ce qui touche les délits de chasse et de vol de branches d'arbres; ils ressoptiront de la juridiction du Haut Forestier. »
Progrès du Parlement anglais. — Jean éprouvait une grande douleur de tant de CQncessions. « Il grinçait des dénis, tournait des yeux égarés, rongeait des morceaux de bois, et, par des gestes désordonnés, manifestait sa colère. » Innocent 111, qui le protégeait, cassa la Grande Charte, défendant, sous les peines ecclésiastiques, « qu'en aucun temps cette charte pût avoir son effet » ; mais les barons passèrent outre, et appelèrent à leur aide Louis de France, fils de Philippe-Auguste (1216). Louis passa la mer, malgré les menaces de la cour de Rome, se fit couronner dans Londres et commença la guerre contre Jean. Celui-ci traversait le Wash, lorsqu'il s'aperçut que" les chars qui portaient ses trésors venaient de s'engloutir dans les sables mouvants qu'il avait voulu traverser après le reflux. II en éprouva le plus violent chagrin. Pour se consoler, il mangea tant de pois nouveaux que la fièvre le saisit et qu'il en mourut (1216).
Sa mort amena une véritable révolution. Son fils, Henri III, était encore mineur; aussi l'autorité passa-t-elle tout entière aux mains d'un des plus grands patriotes du temps, Guillaume le Maréchal*. Dès que le petit roi eut prêté serment à la Grande Charte, les barons quittèrent en foule le camp du prince français, qu'ils détestaient instinctivement comme étranger. Louis, réduit à ses seules forces, fut battu à Lincoln et repassa le détroit.
Tout alla bien, en Angleterre, tant que le pouvoir resta entre les mains de Guillaume le Maréchal ; mais, à sa mort, le roi passa sous la tutelle d'Hubert du Bourg, puis sous celle de Pierre des Roches, qui était Poitevin d'origine. Ce dernier livra l'Angleterre à ses compatriotes, et comme les Anglais invoquaient la charte : « Nous ne sommes cas Anglais, répon- » daient les favoris du roi, nous ne savons ce que signifient vos lois. »
Henri III, devenu majeur en 1227, viola ouvertement la charte : « Lorsque nous avons accordé ces lois, disait-il, nous n'avions pas la
1. V Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Slriguil et de Pembroke, poème français, est actuellement en voie de publication pour la Société de l'Histoire de France (édit. Paul Meyer).
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libre disposition de notre corps et de notre sceau. « Plus que jamais, il s'entoura d'étrangers, intervint maladroitement dans les affaires de France,
Êrit le parti du pape contre la maison de Souahe, voulut faire de son fils dmond un roi de Sicile et de son frère Richard un empereur d'Allemagne. Il dut ainsi lever des impôts sans l'autorisation du conseil des seigneurs (Parlement) et contraindre les églises à envoyer de l'argent à Rome. Il s'ensuivit un vif mécontement en Angleterre. Reaiicoup de barons refusèrent de payer les aides exigées par le roi. — « J'enverrai des moissonneurs pour moissonner vos champs à votre place, dit un jour Henri 111 d'un air menaçant au comte de Norfolk qui refusait de l'aider. » — « Et moi, sire, répondit le comte, je vous renverrai les têtes de vos moissonneurs. » A bout de ressources, le roi convoqua un parlement à Oxford. Comme au temps du roi Jean, les barons s'y présentèrent en armes. A leur tète était Simon de Montfort, comte de Leicester, le troisième fils du terrible béros de la croisade des Albigeois. Rien qu'il fût son beau-frère, Henri III ie redoutait plus que la foudre. On raconte, en efi'et, que le roi, se prom^ nant en barque sur la Tamise, fut surpris un jour par un oraçe qui le força à se réfugier dans le palais de Tévèque de Durbam. Simon de Montfort, qui s'y trouvait par hasard, s'empressa de venir offrir ses offices âu monarque qui, à sa vue, ne put contenir un mouvement d'impatience. « Oui, certes, s'écria-t-il, je crains le tonnerre et les éclairs, seigneur » comte, mais je vous crains, vous, plus que tous les tonnerres et tous j» les éclairs du monde. » Il pressentait en lui le futur champion deà libertés anglaises.
Montfort obligea le roi à signer les statuts d'Oxford qui complétaient la Grande Charte (1258). Dorénavant, le Parlement serait convoqué trois fois par an; en son absence, une commission permanente de douze barons, ^Ins par lui, tiendrait sa place. — Le conseil privé du roi serait composé de quinze membres nommés par le Parlement pour « amender tout ce qui aurait besoin d'être amendé et redressé ». — La garde des châteaux royaux serait remise aux barons; — les grands officiers de la couronne (grand justicier, trésorier, chancelier) seraient élus par le Parlement et
Sour un an seulement; ils rendraient compte de leur gestion en sortant e charge ; — les schériffs seraient choisis tous les ans parmi les hommes f>robes des comtés; — dans la cour de chaque comté, quatre discrets et oyaux chevaliers recueilleraient les plaintes contre les shériffs et en rendraient compte au Parlement suivant.
Ainsi, le roi ne devait plus gouverner lui-même son royaume. Tout son pouvoir passait au Parlement.
Henri III accepta ces statuts pour avoir de l'argent, mais, l'argent obtenu, il essaya de s'y soustraire. Il en appela au pape qui le délia de ses serments; à saint Louis qui lui donna raison contre son baronnage; aussi, en 1262, crut-il pouvoir annuler les statuts d'Oxford.
Ce fut le signal d'une nouvelle guerre. Elle tourna mal pour Henri III, qui fut vaincu et pris à la bataille de Lewes (1264). Montfort profita de sa victoire pour amender son œuvre constitutionnelle. En 1265, il convoqua à Londres un grand parlement où, par une innovation capitale, à côté des barons et des prélats, à côté des chevaliers des comtés, figurèrent deux ou quatre bourgeois de chaque cité, bourg et port du royaume. Pour la première fois, les communes prenaient place au Parlement. Ce n'était pas précisément encore la chambre des communes, car les bourgeois n'y étaient appelés qu'à titre exceptionnel; mais un précédent était créé; ce jour-là. la bourgeoisie anglaise avait pris conscience d'elle-même, et bien mal
atisé eût été le politique qui eût négligé d'employer cette force nouvelle. Henri III réussit pourtant à reprendre Tavantage. La même année, il battit et tua, à Evesham, Simon de Montfort. H ne fut pas assez fort, toutefois, pour rétablir son autorité, et il dut confirmer solennellement i Marlborough les statuts d'Oxford (1268). 11 était décidé que les rois d'Angleterre partageraient le pouvoir avec la nation.
I. Principaux recueils. — Les chroniçiues anglaises du moyen âge se trouvent rassemblées dans la grande collection intitulée : Rerum Britannicarum medii tci scriptores; près de trois cents volumes parus depuis iSSiS. — Les actes publies, chartes, traités, dans Rymer : Acta, fœaera, conveAiiones.
II. Ecrivains obiginaux. — Bède, Histoire ecclésiastique. — Guillaume de Malmesburv, Histoires récentes; Histoire des évêques anglais. — Benoit de Petw> borouçh, Chronique. — Roger de Howeden, Annales. — Roger de Wendover, Chroniques de Saint-Alban. — Mathieu Paris, Grande Chronique. — Histoire de Guillaume le Maréchal, poème français, 3 vol. Edit. de la Société de ^Histoire de France.
III. Livres. — Augustin Thierry, Histoire de la conquête de l'Angleterre p«r les Normands, 1830, 4 vol. — Freemann, Histoire de la conquête normande, 6 vol., 1877-1879 (en anglais). — Guillaume Guizot, Alfred le Grand ou VÂJ^ gleterre sous les Anglo-Saxons, 1856. — Grozals, Lanfranc, 1878. — Guizot, 5ti« toire des origines du gouvernement représentatif. — Camille Rousset, la Grande Charte. — Glasson, Histoire du droit et des institutions de l'Angleterre, 188^ 1^, 6 vol. — Boutmy, /e Développement de la Constitution et de la société jmU' tique en Angleterre, 1887. — Gh. Bemont, Simon de Montfort, comte de Leieester, 1884.