‹ Le moyen âge (395-1270) Choix de lectures historiques, accompagnées de résumés, d'analyses, de notes explicatives et bibliographiquesChapitre 4 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

liA «AUJLE ROMAINE

1° BÉSUMÉ HISTORIQUE -

Etendue de l'empire romain. — A la fin du quatrième siècle, l'empire romain comprenait tous les pays situés dans le bassin de la Méditerranée : En Europe, l'Espagne, la Gaule, Tltalie, la péninsule des Balkans; — en Asie, l'Asie Mineure, la Syrie; — en Afrique, l'Egypte et les pays qui forment aujourd'hui la Tripolilaine, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc. Il avait pour limites : au nord, le Rhin et le Danube; à l'est, la mer Noire, l'Euphrate et le désert de Syrie; au sud, le Sahara; à l'ouest, l'océan Atlantique. — En dehors du bassin méditerranéen, ajoutons une grande île, la Bretagne (aujourd'hui Angleterre) jusqu'à la Tyne et au golfe de Solway. ^

Uempereur. — Tous ces pays obéissaient à un empereur, investi du pouvoir absolu. L'emp^ereur était le chef de la religion aussi bien que de l'Etat et était considéré comme un dieu par ses sujets. II portait le diadème et les vêtements flottants, comme les anciens rois de l'Orient ; ii vivait retiré au fond de son palais, entouré de gardes et d'une foule considérable de courtisans et d'ofnciers.

Le demPer souverain à qui il fut donné d'exercer seul l'autorité sur tous les pays de l'empire fut le grand Théodose. En mourant (395), il partagea l'empire entre ses deux fils. L'ainé, Arcadius, eut pour sa part l'Orient, c'est-à-dire les pays de langue grecque; le second, Honorius,e\ii l'Occident, c'est-à-dire les pays de langue latine.

Divisions de l'empire. — Chaque empire était divisé en deux préfectures du prétoire, subdivisées elles-mêmes en un certain nombre de diocèses ou vicariats. Le préfet du prétoire, chargé de l'administration civile d'une préfecture, était assisté d un maître de la milice, chargé du commandement des troupes et de la défense des frontières.

Chaque diocèse comprenait un certain nombre de provinces. 11 y en avait 117 pour tout l'empire. — Le diocèse des Gaules en comptait a lui seul 17. Chaque province avait à sa tête un gouverneur portant le titre de président ou de consulaire.

Les cités. — Les dix-sept provinces étaient divisées en cités (114). l'ne cité n'était pas une villç, mais une circonscription territoriale plus ou

CARRÉ, — LECT. HlST. 1

':;..:L'fe(î!njREs historiques.

moins étendue, correspondant à peu près à un de nos départements. Les cités s'administraient elles-mêmes sous Tautorité des gouverueurs. Elles avaient chacune un sénat ou ordre des décurions, investi du pouvoir législatif, des consuls ou duumvirs investis du pouvoir exécutif et judiciaire, des édiles et des questeurs chargés de la police urbaine et de la gestion de la caisse municipale, etc.

Comment la Gaule devint romaine. — A Tépoque de l'indépendance, les Gaulois passaient, aux yeux des Romains, pour des guerriers redoutables. Assurément, ils leur semblaient bien plus difficiles à conquérir que les peuples auxquels ils avaient fait la guerre. C'est qu'ils connaissaient mal encore la situation de la Gaule. Au temps de César, elle ne formait pas un corps de nation. 11 n'y avait chez ses habitants ^Ljuûté d'origine, ni unité de langue, jal ^Ufîité jpolitique. On comptait environ quaire-vingis Etats {civitatës) dont plusieurs étaient considérables. La seule cité des Helvètes comptait douze villes et quatre cents bourgades ou vici; celle des Bituriges se composait de plus de vingt villes, sans compter Avaricum, la capitale. — Les villes en général étaient rares et fort petites. C'étaient surtout des lieux de refuge (oppida), on y vivait peu : a la vie urbaine les Gaulois préféraient la vie des champs. Deux partis se disputaient le pouvoir dans les cités : les guerriers et les diuides. Lors de l'apparition de César, les druides avaient presque partout le dessous; certains chefs militaires, grâce aux nombreux clients qu'ils entretenaient, avaient su établir 4 leur prolit une SQjte^e régime morîarcjîque. "Silà Gaule fut conquise en quatre campagnes par lèleliTTesar, c'est que le conquérant fut aidé dans sa conquête par les Gaulois eux-mêmes. Il n'eut guère contre lui tout d'abord que les ambitieux chefs de clientèle qui -visaient à renverser un ordre de choses établi depuis plusieurs siècles. Tous les partisans de l'ancien régime étaient pour lui; ils s'unirent aux légions semaines autant pour repousser les invasions helvétiques et germaines que pour réduire des Gaulois qu'ils considéraient comme des rebelles. Ce fut seulement dans la septième année du proconsulat de César que les populations de la Gaule s'aperçurent gu'elles s'étaient forgé des fers et qu'elles se soulevèrent à la voix de Vercingétorix. Mais il était trop tard ; force fut à la Gaule de devenir romaine.

La Gaule vaincue ne chercha pas à s'affranchir. Rome lui avait donné It paix, qui lui était inconnue aux jours de l'indépendance, et elle n'en demandait pas davantage. Les insurrections de Florus et de Sacrovir furent des tentatives isolées. Loin de vouloir se détacher de l'empire, Vindex voulait faire un empereur. Profitant des embarras de Rome, le Germain Civilis appela Y] uelque temps après les Gaulois à l'indépendance; quelques ambitieux, Tutor, Classicus et Sabinus répondirent à sa voix et parlèrent de fonder un empire gaulois; mais ils ne furent pas soutenus par leurs compatriotes. A l'assemblée de Reims, les Gaulois se demandèrent ce qu'ils gagneraient à se détacher de Rome, eux qui partageaient avec les Romains les honneurs civils et militaires, même le commandement des armées. Rref, la majorité se refusa à faire les affaires d'un Germain au détriment de Rome et de la Gaule elle-même.

Rome n'avait pas tardé en effet à attacher les Gaulois à sa fortune. Des principaux d'entre eux elle avait fait des sénateurs ; aux villes fidèles, elle avait accordé les titres de « colonies romaines » ou de « colonies latines ». Il arriva un temps où la Gaule fut si bien romani.sée qiuajfîs. Gaulois ne s'appeîéfenl plus que Rofàains; et, en effet, ils étalent bien romains jjafTe costume, les mœurs et la langue, ^s anciens oppida essayaient de se

donner des airs de villes romaines en élevant dans lenr enceinte des temples, des théâtres, des cirques, des thermes et des aqueducs.

C'étaient, du reste, les institutions de Rome qui les régissaient. Chaque! cité avait son sénat, ses consuls ou duumvirs, ses édiles et ses questeurs. I Les gouverneurs de provinces avaient pour mission de faire régner partout | le bon ordre et la justice et, daus les grandes assemblées provinciales, J d'entretenir chez les Gaulois l'amour et le culte de l'empire et de recueillir, pour les transmettre à l'empereur, les vœux des populations. (Conseil fédéral des Gaules à Lyon, ConcUium Galliarwn.)

La Maison-Carrée à Nîmes.

La société gallo-romaine. — La société gauloise s'était modelée sur la société romaine. Au quatrième siècle, elle se partageait de la manière suivante : i^ En bas, était la vMbe qui comprenait les corporations d'artisans et de marchands. (Le travail et le trafic étaient peu en honneur chez les anciens). Elle formait la plus grande partie de la population des ^les; 2» Puis venait la classe des petits propriétaires. La propriété d'un soi, si petit qu'il fût, conférait comme un premier degré de noblesse. Les possesseurs de vingt-cinq arpents de terre prenaient rang parmi les curiales et supportaient les charges municipales ; les plus riches portaient le titre

de principaux et pouvaient pérer les hautes magistratures dans leurs villes et dans leurs provinces; 3« En haut étaient tous ceux qui avaient le titre de sénateurs romains; ce n'était pas qu'ils fussent appelés à siéger sur les bancs de la curie romaine; ils avaient le rang de sénateurs sans les fonctions; on leur donnait le titre de clarissimi. Leur dignité était héréditaire. Ce sénat n'était pas une assemblée délibérante; c'était une classe, une noblesse. C'était la richesse foncière qui conférait ces rangs dans la société ; aussi le fait suivant ne tarda pas à se produire. Les principaux et les curiales les plus riches voulurent s'élever au sénat et il ne resta plus dans la curie de la cité assez de curiales pour supporter les charges municipales, dont les sénateurs étaient exempts. Les curiales les moins riches, > ruinés par le fisc, tombèrent dans la misère, s'enfuirent, se firent brigands ou bagaudes^ ou furent réduits, pour vivre, à accepter la condition de colons.

ILes colons étaient soit des affranchis cultivant un lot de terre au profit de leurs anciens maîtres, soit d'anciens curiales qui avaient vendu leurs champs à un homme riche, à la condition d'en être toujours fermiers de père en fils. Ils conservaient leur condition d'hommes libres, jouissaient de leurs droits civils, mais ils étaient liés à la terre qu'ils cultivaient. On ne pouvait les chasser de celte terre, mais ils n'avaient pas non plus le droit de la quitter. Le propriétaire, en vendant le champ, vendait en même temps les colons. La redevance était fixée une fois pour toutes et ne pouvait plus être augmentée. La loi assurait au colon la jouissance perpétuelle du sol et l'invariabilité de la redevance.

Au-dessous des colons étaient les simples affranchis et les esclaves dont la condition valait moins encore. Ces derniers ne possédaient rien en propre, pas même leur personne : l'esclave était la chose du maître.

Les charges de la population. — Les impôts que payaient les Gaulois étaient : l'impôt foncier [tributum)^ souvenir de la conquête et marque de la soumission, — la capitation^ qui pesait sur tous ceux qui n'étaient pas ijropriélaires, principalement sur les colons, — le chrysargyre^ supporté par les commerçants et les industriels, — les droits de douane et de circulation (por/ona), qui frappaient les marchandises à leur entrée et à leur sortie du territoire, — l'impôt du vingtième sur les successions, les ventes et les affranchissements, le monopole du sel, — les prestations en nature [annonae) ou fournitures de vivres et de vêtements a l'armée, — les lojîemenls militaires et Thébergement des agents de l'empereur, — les corvées, etc.

Ajoutons que l'exercice des charges municipales était une sorte d'impôt dont on frappait les curiales. Ceux-ci étaient tenus de gérer, à leurs risques et périls, la chose publique. Ils devaient y consacrer leur temps et leur fortune. C'étaient eux qui faisaient la répartition des impôts. Ils répondaient sur leurs biens de la totalité de la perception. Malheur à eux, s'ils essayaient de se soustraire à des charges dispendieuses! on les ramenait de force à la curie. C'est l'un des plus tristes côtés du régime municipal, aux derniers temps de rempire.

Le christianisme en Gaule. — Vers la fin du premier siècle, une voix s'était fait entendre qui proclamait l'amour de Dieu et des hommes et jetait au milieu de cette foule d'opprimés et de déclassés le dogme de la paix et de la fraternité universelle. La bonne nouvelle ou Evangile avait été accueillie en Gaule avec transport ; les esclaves, les pauvres et les femmes avaient aussitôt relevé la tête à cette voix consolatrice. Malheureusement la nouvelle religion se trouva être, dès le premier jour, une reli-

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gion d'opposition; elle sapait quelques-unes des institutions les plus essentielles de l'empire.

Chez les anciens Romains, Tadministration se confondait avec la religion officielle. Elus comme les magistrats, les prêtres jouaient un rôle important dans l'administration de la cité. La curie municipale tenait ses séances dans un lieu consacré, et ses délibérations étaient précédées de prières et de sacrifices. Les fêtes publiques étaient elles-mêmes des cérémonies relineuses. Quand un citoyen était élu magistrat, il devait tout d'abord célébrer son entrée en charge par l'immolation d'une victime. Plus tard, il était tenu de présider aux fêtes et aux repas sacrés, aux jeux du cirgue qui faisaient partie du culte; veiller enfin à l'observation de tous les rites religieux de la cité.

Les chrétiens rebelles aux lois de l'empire. — Kn embrassant la foi du Christ, les hommes se trouvaient obligés de renoncer à leur rôle de cilovens, de s'abstenir de paraître à la curie, aux fêtes, aux repas publics; ils ne pouvaient gérer aucune fonction qui les eût forcés de sacrifier aux divinités païennes. Comme les charges municipales étaient devenues obligatoires, les gouverneurs poursuivirent ces citoyens réfrad aires, qui leur paraissaient d'autant plus rebelles qu'ils refusaient d'admettre la divinité de l'empereur.

Les martyrs. — Avant même que le christianisme manifestât ouvertement son hostilité aux institutions de l'empire, il avait été poursuivi en Gaule comme société secrète. Les premiers martyrs de l'église des Gaules furent l'évêque de Lyon, Pothin, le diacre Sanctus, l'esclave Blandine et quarante-sept autres confesseurs (177).

Un moment dispersée, l'église de Lyon fut de nouveau réunie par saint Irénée. Cependant il y eut comme une sorte d'éclipsé de la foi chrétienne pendant près d'un siècle. Vers 250, sept évèques s'en vinrent de nouveau evangéliser la Gaule. Saint Catien prêcha à Tours, saint Trophime à Arles, saint Paul à Narbonne, saint Saturnin à Toulouse, saint Martial à Limoges, saint Austremoine à Clermont, saint Denis à Paris. Ce dernier fut, avec plusieurs de ses compagnons, décapité près de Lutèce, sur la colline de Montmartre [mons marlyrum) f273).

Triomphe du christianisme. — La persécution fut terrible à l'époque de Maximien. Le triomphe de Constantin sur ses rivaux, en 312, assura la victoire du christianisme. La Gaule comprenait dix-sept provinces et cent quatorze cités. Dans chaque cité, l'évêque prit officiellement la place du flamine augustal ou grand prêtre d'Auguste ; celui qui résidait dans la métropole, investi d'une suprématie sur ses collègues, prit le titre d'évêque métropolitain (plus tard, a'archevêque). Dans chaque pagiis^ il y eut un archiprêtre.

Mais la religion chrétienne eut bientôt à se défendre contre les hérésies. L'arianisme, qui avait pénétré en Gaule, fut vivement combattu par saint Hilaire, évèque de Poitiers (356-368), et succomba pour un temps. Les campagnes restaient encore profondément païennes ; les paysans {pagani, d'où l'on a fait paganisme) continuaient, comme au vieux temps de la Gaule, à vénérer les sources, les buissons et les forêts; ils furent convertis en grande partie par saint Martin, évêque de Tours, l'inspirateur de la vie monastique (372-397).

lie réanime municipal en Cïaule à l'époiiue romaine.

La cité. — La Gaule romaine comprenait un certain nombre de communes qu'on appelait des dtés. Une cité était in^niment plus grande qu'une de nos communes d'aujourd'hui. La plus petite, Marseille, avait encore trois ou quatre lieues carrées; la plus grande, celle des Pictons, avait une superficie égale à trois ou quatre de nos départements. La cité se composait d'une ville qui lui servait de chef-lieu et d'un territoire rural divisé en cantons, qu'on appelait pagi. Les cités s'administraient elles-mêmes sous l'autorité du gouverneur de la province. Elles avaient toutes leurs magistrats municipaux et un conseil dirigeant appelé ordre des décurions,

Les magistrats municipaux. — Les magistrats municipaux étaient organisés en collèges, — Les collèges se composaient généralement de deux titulaires. Les duumvîrs formaient un collège, les édiles, un autre. Toutefois, il arrivait que, dans certaines villes, ces magistrats n'en formaient qu'un seul. Dans ce cas, les duumvirs portaient, bien qu'ils ne fussent en réalité que deux personnes, le titre de qiuituorvirs, parce qu'ils étaient censés ne faire qu'un seul et même collège avec les édiles.

Les duumvirs figuraient au premier rang des magistrats municipaux. Ils portaient la toge prétexte et avaient à leur service des licteurs portant baguettes et faisceaux {cum badllis aut fascibus). De même que les anciens consuls de Rome, ils avaient le pouvoir exécutif et étaient comme les chefs de cette petite république. C'étaient eux qui convoquaient et présidaient le sénat, proposaient les décrets, les faisaient voter et exécuter. Ils rendaient la justice, comme l'indique du reste leur nom de duninviri juri dicundo ; ils géraient, sous le contrôle du sénat, les finances de la cité, affermaient les terres publiques et les propriétés communales, mettaient en adjudication les travaux publics, veillaient à l'ordre public et, en cas de danger, prenaient le commandement des milices urbaines. Tous les cinq ans, les duumvirs en exercice pour l'année ajoutaient à leur titre celui

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ie quinquennaux. Comme les anciens censeurs de Rome, ils faisaient alors le recensement, évaluaient les fortunes, répartissaient les impôts, fixaient à chaque habitant son rang dans la grande famille municipale et composaient Valbum decurimum ou liste des sénateurs.

Au-dessous des duumvirs venaient les édiles, qui avaient des attributions analogues à celles des édiles de Tancienne Rome. Us avaient le soin de la police locale et de la voirie, la survollance de Tannone, c'est-à-dire des approvisionnements vendus ou distribués, rexéculion des travaux publics concurremment avec des officiers subalternes nommés curateurs.

Venait ensuite le questeur, qui avait sous sa garde la caisse communale.

Quelques villes, ruinées par des dépenses inconsidérées ou victimes de dilapidations scandaleuses, demandaient parfois, comme une grâce à l'empereur, qu'il voulût bien faire examiner leurs comptes. Le prince leur donnait alors un curateur.

Ce commissaire extraordinaire était*ie plus souvent un citoyen considérable, de rang sénatorial ou tout au moins équestre, auprès duquel les magistrats municipaux devaient être de bien maigres personnages.

Ce curateur, temporaire sous Trajan, deviendra un jour le directeur permanent des finances municipales. La cité, mise en tutelle, ne pourra plus aliéner une parcelle de son domaine, entreprendre une construction de quelque importance sans Tautorisation de son curateur.

Le sénat municipal. — Le sénat municipal ou ordre des décurions se composait d'un nombre déterminé de membres ordinaires, généralement de cent.

La liste des sénateurs {album decurionum) était arrêtée toutes les cinq années par les duumvirs quinquennaux. Le rôle de ces censeurs municipaux se réduisait à remplir les vides qui s étaient faits dans les rangs du sénat depuis la dernière rédaction de Valbum, à la suite de décès ou de condamnations infamantes, et à porter l'assemblée au nombre légal de ses membres ordinaires. — Les quinquennaux choisissaient les nouveaux uécurions parmi les citoyens honorables. Ne pouvaient prétendre au décurionat les fils d'affranchis, les citoyens qu'une condamnation avait frappés d'infamie, ceux qui exerçaient des professions déshonorantes, telles que celles de crieurs publics, d'entfepreneurs de pompes funèbres, etc. Il fallait, en outre, avoir

vingt-cinq ans d'âge et posséder un cens déterminé qui paraît avoir été fixé, au temps de Pline, à 100000 sesterces.

Les décurions ne siégeaient pas confusément à la curie. Il y avait parmi eux une véritable hiérarchie, comme le prouvent les albums de plusieurs cités.

A la place d'honneur, dans la salle des séances, se trouvaient rangés les sièges des patrons ; mais ces patrons étaient de trop grands personnages pour qu'on les vît souvent dans la curie. C'étaient parfois d'illustres sénateurs romains, clanssimi cives romani, qui, par leur rang, se trouvaient à même de défendre à Rome les intérêts de la cité contre l'arbitraire du gouverneur de la province, et leurs noms se trouvaient inscrits en tête de la liste.

A la suite des patrons siégeaient les anciens magistrats, gardant le titre de la plus haute fonction qu'ils avaient remplie : duumvirs quinquennaux, duumvirs ordinaires, édiles, questeurs; puis venaient les pedarii ou simples décurions. Enfin, derrière eux se tenaient les pVaetextati, jeunes gens âgés de moins de vingt-cinq ans que leur naissance et leur fortune appelaient à devenir un jour décurions. Ils écoutaient les orateurs et se formaient aux affaires, comme chez nous les auditeurs au conseil d*Etat. Ils participaient aux privilèges honorifiques des décurions, mais n'avaient pas le droit d'émettre un avis et de voter.

Les inscriptions nous révèlent parfois des particularités singulières. Certains personnages siègent au sénat comme agrégés à l'ordre, en récompense de services rendus à la ville ; et ces bienfaiteurs sont parfois des enfants. Un citoyen de six ans fut décurion parce qu'on avait, en son nom et à ses frais, rebâti un temple écroulé; un autre de quatre ans le fut à Lyon parce qu'on voulait ainsi récompenser son père.

Grandeurs et servitudes municipales. — Les fonctions de duumvirs et de décurions étaient un objet d'envie pour tous ceux qui se croyaient, par leur condition et leur fortune, appelés aux affaires publiques. Il semblait si beau de marcher, dans sa ville natale, revêtu de la prétexte, précédé de licteurs et suivi d'une foule d'officiers publics, de venir s'asseoir sur la chaise curule au milieu du silence de tout un peuple et de fixer sur soi les regards de l'assemblée! L'homme qui devenait l'objet de semblables honneurs paraissait à ses concitoyens un consul ou un édile de l'ancienne Rome, et lui-même était bien près de se croire un Fabius, un Appius ou un Caton.

N'étiez-vous que décarion, des ornements particuliers {orna" menta decurionalia) vous signalaient à la considération publique. A l'amphithéâtre, vous siégiez aux premiers rangs. Aux festins publics, aux fêtes, vous aviez de même les places d'honneur. 11 y avait de quoi faire tourner la tête à tous les ambitieux de la cité; mais ces honneurs coûtaient bien cher!

Vous n'étiez pas entré en charge que vous deviez fournir une caution qui pût répondre à la cité, sinon de votre probité, du moins de votre aptitude aux charges que vous aviez briguées. Une fois que la caisse municipale était assurée de n'avoir rien à perdre avec vous, votre incapacité pouvait se donner toute carrière. C'était votre affaire. Libre à vous de vous laisser duper par les entrepreneurs, de ne pas recouvrer les créances de l'Etat, de mal affermer les biens communaux. Seulement, vous appreniez un jour, à vos dépens, ce qu'il en coûtait. La cité, qui n'entendait pas plaisanterie quand il s'agissait de ses finances, vous faisait tout payer sans vous faire grâce d'un as.

Sans cesse vous deviez vous mettre à la torture pour n'avoir pas trop à souffrir de votre duumvirat ou de votre édilité. — Malheur au vaniteux qui, dans sa précipitation à revêtir les insignes de sa charge, oubliait de contrôler les actes de son prédécesseur! S'il les approuvait, il en était aussitôt responsable. — Malheur à l'homme trop bon, dont les parents et les amis exploitaient la haute situation pour faire leur fortune! Tout profit fait par eux pendant la durée de sa charge entraînait contre lui une amende de 20000 sesterces. Un défaut de mémoire amenait-il un magistrat à violer le statut municipal, amende de 100000 sesterces. L'incapacité était punie, dans un municipe, aussi rigoureusement que l'improbité. L'ambition sans mérite était ce qu'on pardonnait le moins.

Mais, sans l'argent, le mérite ne pouvait donner accès aux charges. Pour devenir magistrat ou décurion, il fallait être riche et même très riche. Les fonctions publiques n'étaient pas alors rétribuées comme aujourd'hui. Elles étaient gratuites et même fort coûteuses. Ce n'était pas assez qu'un homme fît le sacrifice de son temps; on exigeait de son amour du bien public des preuves toutes matérielles. Venait-il d'être élu, il lui fallait verser dans le trésor, au profit de la communauté, une somme d'argent, dite somme honoraire, et même la doubler s'il voulait bien faire les choses. Auparavant, il lui avait été nécessaire, pour attirer sur lui l'attention, de promettre des jeux, des repas

sacrés, des édifices publics; et ce n'élaietit pas là des promesses en l'air. L'empereur ne permettait pas qu'on pût jouer avec le patriotisme municipal. Trajan avait établi que toute promesse faite à une cité serait exécutoire pour celui qui avait promis, ou pour son héritier.

Un grand nombre des monuments qui ont orné les cités gallo-romaines ont été élevés ainsi aux frais des particuliers. De nombreuses inscriptions nous ont conservé les noms de plusieurs de ces donateurs. L'un a été élu duumvir dans sa cité : il a promis un aqueduc et il a tenu sa promesse. L'autre, pour une dignité analogue, a entouré le temple du dieu tutélaire d'un somptueux péristyle; d'autres ont construit des basiliques ou fait réparer les arènes, etc.

C'était l'amour de la popularité, des charges et des dignités municipales qui poussait les citoyens à faire ainsi à la cité de pareils sacrifices. « On aimait sa ville, dit M. Duruy ; on la voulait heureuse et belle; et beaucoup pensaient comme César, que mieux valait être le premier chez soi que le second ailleurs. » Le citoyen riche comptait bien, grâce à ses libéralités, arriver à la curie d'abord, au duumvirat ensuite. Ce duumvirat n'était peut-être, à ses yeux, qu'un marchepied pour monter plus haut.

11 croyait que cette magistrature, en le signalant au gouverneur, au prince, le ferait parvenir aux honneurs de Rome et aux grandes charges de l'empire.

Le citoyen romain de rang équestre ou sénatorial pouvait considérer les magistratures municipales comme indignes de sa grandeur; mais il était tout disposé à accepter les honneurs extraordinaires que lui voterait la curie. 11 se montrait très flatté d'être rangé parmi les patrons de la cité, en tête de V album; de se trouver partout au premier rang; de se voir dresser de son vivant, sur un décret des décurions, des bustes et des statues.

Cette haute considération dans laquelle on tenait les charges et les dignités municipales était le secret de la prospérité des cités provinciales. Que les citoyens du municipe fussent venus à se refroidir tout à coup sur le genre du paiement, la cité se fût séchée dans sa fleur. Mais ces hommes de l'ancien temps s'entendaient à merveille à exploiter les prodigues, les coureurs de popularité, les vaniteux; et ils le faisaient à bon compte. Tel citoyen, pour un édifice construit à ses frais, obtint une concession d'eau dans sa maison (ut aquae digitus in domo ejus flue-

LA GAULE ROMAINE. il

ret). Tel autre, pour un service du môme genre, fut honoré d'un bisellium, siège à deux places qu'il occupait seul au théâtre et aux festins publics.

Les cités en vinrent à battre monnaie avec leurs titres de patrons, de décurions et toutes les décorations qu'elles accordaient, comme le firent plus tard nos rois avec les titres de noblesse ou les offices. Des citoyens achetaient 20000 deniers un siège à la curie. Une foule de personnes qui ne remplissaient pas les conditions requises pour être décurions, des affranchis, par exemple, obtinrent, à force de libéralités, les ornements du décurionat. De même qu'on a vu, au moyen âge et dans les temps modernes, des enfants admis aux premières dignités de l'Eglise et de l'Etat, on rencontre dans les municipes des décurions élevés à ce rang, avant l'âge de raison. Nous avons déjà cité un décurion de six ans et un autre de quatre ans. Un titre de patron fut même offert à une femme.

Sans doute c'étaient là de graves abus ; mais ils annoncent dans la vie municipale l'excès d'une sève qui ne se tarira que trop tôt. Personne ne songeait alors à s'en plaindre. 11 n'y avait qu'une voix pour célébrer les heureux effets du régime municipal et mettre l'empire au-dessus de la république.

« Nos aïeux, écrit Dion Chrysostome, ont combattu pour un rêve. Ils croyaient lutter pour la liberté, ils luttaient pour l'esclavage. Derrière ces murailles qu'ils défendaient avec tant de vaillance, ils avaient, sous le nom de république, enfermé une grande et glorieuse solitude. Ils combattaient pour un bien qu'ils n'avaient pas, comme les Troyens assiégés combattaient pour Hélène, qui était alors en Egypte. »

lia irrande fête fédérale des Chaules.

Les cités gauloises ne vivaient pas isolées les unes des autres ; elles formaient entre elles une vaste confédération religieuse qui avait pris naissance dans le culte de Rome et d'Auguste.

Les Gaulois avaient adopté ce culte de bon cœur et sans servilité. C'était one chose si difficile que d'assurer la paix au monde, que Phomme gui résolut pour la première fois ce problème qu'aucune puissance humaine n'avait pu résoudre, avait paru un dieu à ses contemporains. « De même que, dans les vieux âges de l'humanité, dit M. F. de Coulanges, on avait adoré le nuage qui, se répandant en eau, faisait germer la moisson et le soleil qui la faisait mûrir, de même on adora l'autorité suprême qui appanissait aa peuple comme la garantie de toute pair et la source de tout

i2 LECTURES HISTORIQUES.

bonheur*. Telle fut l'origine de cette- religion qui eut pour divinité les empereurs romains. » — Il y eut en Gaule deux centres principaux de ce culte, l'un à Narbonne pour l'ancienne province, l'autre à Lyon pour la Gaule chevelue. Les fêtes de Lyon nous sont les mieux connues.

«... Quelques années avant l'ère chrétienne, la Gaule entière éleva en commun un temple, près de la ville de Lyon, au confluent du Rhône et de la Saône : ce temple était consacré à la déesse Rome et au dieu César Auguste. Une inscription énumérait les noms des soixante peuples gaulois qui l'avaient érigé, et autour de Tautel soixante images représentaient chacun de ces peuples. Un grand prêtre fut établi pour présider aux offices de ce culte, et une fête annuelle fut instituée.

» ... Si l'on songe à l'importance que ce culte avait dans la croyance des peuples, on doit penser que l'homme qui y présidait jouissait lui-même d'une très haute considération. Aussi ce sacerdoce n'était-il conféré qu'aux hommes les plus distingués de la province ; pour y parvenir, il fallait avoir rempli déjà les fonctions les plus élevées et les premières magistratures. Représentons-nous les usages et les idées de cette époque : voyons ce grand prêtre s'avancer sous son brillant costume de pontife, couvert d'une robe de pourpre brodée d'or, sa couronne d'or sur la tête, et, au milieu de la grande assemblée silencieuse et recueillie, accomplir le pompeux sacrifice « pour le salut de l'em- » pereur et pour le salut du pays ; » nul doute qu'un tel personnage ne tienne un rang très haut dans l'estime des hommes et qu'il ne marche à peu près l'égal du gouverneur. Celui-ci a le droit du glaive; lui, il est en possession du droit de prononcer la prière et d'attirer la bienveillance divine. Le gouverneur est le représentant du prince; lui, il est le prélat de la province. Or, ce grand prêtre ne dépendait pas du pouvoir et n'était pas nommé par l'empereur; il était élu chaque année par la province ellemême. C'était donc un chef électif du pays qui se plaçait visà-vis du fonctionnaire impérial.

» Dans l'exercice de son sacerdoce, il était entouré et assisté par des prêtres inférieurs, qui avaient été élus comme lui par les différentes cités composant la province.

1. Les RomaiDS avaient si bien l'habitude de tout diviniser que nous voyons des inscriptions dans le genre de celles-ci : « A /a Divinité des Empereurs et Au génie des contributions indirectes. » Rome rendait sacro-saint tout ce qui touchait à l'administration, depuis le gouvernement de l'empereur jusqu'au service de la douane.

» Cette réunion de personnages, revêtus d'un caractère sacré et choisis par toutes les parties du pays, ressemble assez à ce que l'ancienne Grèce avait connu sous le nom d'amphyctionies, et à ce que l'ancienne Italie avait appelé Fériés latines. La province était une sorte de confédération religieuse et politique à la fois. Elle marquait son unité et en même temps sa soumission à l'empire par un culte. II fallait qu'aux cérémonies annuelles de ce culte tous les membres de la confédération fussent réprésentés ; ils faisaient ensemble le sacrifice.

» ... Fixons un moment les yeux sur le temple qui avait été élevé par les trois provinces des Gaules* près de Lyon. La fête annuelle avait lieu aux calendes du mois d'août^. Elle commençait par un sacrifice; les prêtres élus immolaient des victimes, Élisaient brûler l'encens, récitaient les prières et les hymnes. On faisait ensuite un repas religieux en se partageant les chairs des victimes. Venaient enfin les jeux et les spectacles qui, dans les croyances de l'époque, n'étaient pas un simple amusement et qui formaient, au contraire, une des parties les plus essentielles du culte. Les soixante prêtres, représentant les soixante cités des trois Gaules, étaient présents aux jeux, assis à des places d'honneur et revêtus du costume sacerdotal.

» Quand les sacrifices et les sjpectacles étaient terminés, les prêtres ne se séparaient pas encore. Ils restaient réunis pendant quelques jours et ils formaient un corps que la langue officielle elle-même appelait l'assemblée des Gaules, concilium Gallia-

1. Ces trois provinces, qui n'en formaient qu'une au point de vue du culte impérial, étaient les trois provinces de la Gaule chevelue : l'Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique. On les appelait les Trois Gaules.

2. Voici, d'après M. Allmer,le spectacle que présentait alors le temple de Lyon. « Au-dessus du champ de foire, à mi-pente du coteau qui la domine, s'élève, orienté vers Tltalie, l'autel national de Rome et d'Auguste. Là tout est merveille, splendeur, magnificence. L'autel est de marbre et resplendit d'ornements éclatants; son souDassement. atteignant peut-être 50 mètres de long, est également de marbre. Deux victoires colossales ailées, dressées à ses côtés, sont en bronze doré ; elles tiennent de grandes palmes et des couronnes d'or; leurs piédestaux, colonnes de 30 pieda de haut, sont de granit gris d'Egypte avec des chapiteaux ioniques de porphyre. D'un côté est un temple, de l'autre un amphithéâtre; par derrière s'étend au loin un bois ; autour et devant sont des jardins, des pièces d'eau, des statues : les statues colossales de Rome et d'Auguste, les statues colossales des soixante cités, les statues de tous les empereurs, de tous les princes, de nombreux grands personnages, de nombreux hauts fonctionnaires; les statues des prêtres et de leurs proches, groupées sur de longs stylobates, tantôt rectilignes, tantôt en forme d'hémicycle. Il y a des statues en bronze doré, en bronze non doré et en marbre ; il y en a d'équestres, il y en a de pédestres : une légion de statues. »

rum. C'était en effet une sorte.d^assembléé nationale qui se tenait régulièrement chaque année.

» Les inscriptions nous donnent une idée des objets dont cette assemblée avait à s'occuper. Ses premières délibérations portaient sans doute sur les frais de la fête et sur le règlement des comptes. Elle avait ses impôts à elle qu'elle répartissait et levait à sa guise. Elle élisait chaque année un répartiteur [inquisitor arcae)^ un percepteur général {allector), un juge chargé d'apprécier les réclamations des contribuables [judex arcœ Galliarum), C'était toute une administration provinciale et elle était indépendante de l'autorité romaine.

» Là ne se bornaient pas les attributions de l'assemblée. Elle examinait l'état des provinces et passait en revue les actes de l'année écoulée; enfin elle discutait s'il y avait lieu d'accorder un éloge ou d'infliger un blâme aux gouverneurs et aux fonctionnaires impériaux*.

» Sous le règne de Néron, le sénat romain se plaignit de

ce que les provinces, au lieu*de trembler devant leurs gouverneurs, leur faisaient la loi. « Voyez nos proconsuls, dit un sé- » nateur, ils sont comme des candidats qui brigueraient les » suffrages de leurs administrés; ils redoutent leurs accusations » et mendient leurs éloges )).,0n cita à ce sujet l'orgueilleuse parole d'un homme de province qui avait dit « qu'il dépendait » de lui que son gouverneur reçût, ou non, des actions de » grâces. » Le sénat romain s'émut; il se demanda s'il retirerait aux provinces le droit d'accuser leurs administrateurs ;

1. Une inscription, qui a été trouvée à Thorigny en Normandie, est singulièrement instructive. Gravée en 238 de notre ère, elle contient une lettre qu'un ancien gouverneur de la Gaule écrivait à l'un de ses successeurs. Cette lettre mérite d'être citée : « A l'époque où j'étais légat impérial dans la province Lyonnaise, j'y ai connu plusieurs hommes distingués, du nombre desquels etût Sennius Solemnis, de la cité des Viducasses (Vicum, près Caen); il avait été député comme prêtre au temple de Rome et d'Auguste. J'aimais déjà cet homme pour son caractère religieux, sa gravité, l'honnêteté de ses mœurs ; un autre motif encore lui valut mon amitié. Pendant que mon prédécesseur, Glaudius Paulinus, gouvernait la province, il arriva que, dans l'assemblée des Gaules, (quelques membres qui croyaient avoir à se plaindre de lui prétendirent lui intenter une accusation au nom de la province; mais Solemnis combattit leur

f proposition et déclara que ses concitoyens, en le nommant leur député, loin de ui donner pour mandat d'accuser le gouverneur, l'avaient chargé de faire son éloge. Sur cette raison, l'assemblée ayant délibéré décida unanimement que Glaudius Paulinus ne serait pas mis en accusation. »

Voilà donc une assemblée de députés élus en Gaule, qui délibère sur les aotes de l'administration du gouverneur impérial et discute, en pleine liberté, si elle lui intentera ou non une accusation devant l'empereur.

mais il n'osa le faire. 11 voulut au moins leur enlever ce qui en était la contre-partie, la faculté de décerner des éloges et des honneurs publics. 11 fut alors décidé que les assemblées provinciales pourraient députer à Rome pour accuser, mais non pour remercier. » (Fustel de Coulanges*, Histoire des institutions politiques de l'ancienne France; Paris, 1875, in-8®. Hachette et G**.)

I. Principaux recueils. — Recueil des historiens des Gaules et de la France^ connu sous le nom de dom Bouquet, le bénédictin qui en commença la publication, où se trouvent réunis la plupart des textes anciens concernant la Gaule romaine.

Extraits des auteurs grecs concernant la Gaule, par E. Cougny, 6 vol. Corpus inscriptionum latinarum^ publié par TAcadémie royale de Prusse, t. XII. Patrologie latine de Migne (Sulpice Sévère, t. XX. — Orose, t. XXXI. — Sal- Tien, t. Lin. — Sid. Apollinaire, t. LVIU).

II. Documents originaux. — Noiitia dignitatum et administrationum Orientis et Occidentvt. Ed. Seeek, 1877. — Table de Peutinger. Ed. Desjardins, 1869.

III. Livres de seconde main : Viollet, Histoire des institutions politiques et administratives de la France^ t. !•', 1890. — Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, 1876-1885, 3 vol. — Amédée Thierry, Histoire de la Gaule sous l'administration romaine. — Fustel de Goulanges, Histoire des institutions politiques de Caneienne France, la Gaule romaine, 1887. — C. JuJIian, Gallia, 189^.— Renan, Marc-Aurèle ou la fin du monde antique, 1882. — G. Boissier, La fin du paganisme, 1890. — U. Chevalier, les Origines de Véglise de Tours, 1871. — Ed. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de .la Gaule chrétienne antérieures au huitième siècle, 1836, 2 vol.; Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de la Gaule, 1869.

1. Fustel de Goulanges (1830-1889), l'un des grands historiens de notre temps, né à Paris, fut successivement professeur au lyc*,ée d'Amiens, au lycée Saint- Louis, à la Faculté des lettres de Strasbourg (1860-1870), maître de conférences à TEcole normale (1870-1880), directeur de cette école (1880-1883), professeur à la Faculté des lettres de Paris. Il succéda à Guizot à rAcadémie des sciences morales (1875). Ses principaux ouvrages sont la Cité antique, 1861, qui fonda sa réputation d'historien, les Institutions politiques de l'ancienne France, 1874, ouvrage qui, remanié et complété, a donné naissance aux volumes suivants : la Monarchie franque, l'Alleu et le domaine rural pendant l'époque mérovingienne, les Origines du domaine féodal, la Gaule romaine, l'Invasion germanique, les Transformations de la royauté carlovingienne. La mort empêcha l'auteur de revoir les derniers volumes. Ils furent revus et édites par M. Camille JuUian, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux. M. Fustel de Goulanges était un érudit doublé d'un grand écrivain. Nul ne ût meilleur marché des opinions préconçues et ne poussa plus loin le souci de ne rien affirmer que d'après les textes; nul n'a eu un style plus net, plus précis, plus sobre et aussi élégant. L'influence de Fustel de Goulanges a été considérable sur le renouvellement des études historiques à notre époque.

16 fV'^ LECTURES HISTORIQUES.

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