BAUD
Les représentations étaient interminables : elles duraient des jours entiers, avec des entr'actea ou « pauses pour aller dîner ». Aussitôt que les spectateurs commençaient à s'ennuyer et bâillaient de faim, le sot (on dirait, aujourd'hui, le comique de la troupe) congédiait le public par ces vers, qui ne manquaient jamais d'être bien accueillis :
Il faut parier d'un autre mets.
Je m'en vais voir à la cuisine.
Car il est bon que chacun dine.
Chacun jouait sérieusement son rôle. Le rôle du Christ, surtout, était très pénible : l'acteur restait plusieurs heures nu sur la croix. Le curé Nicole, de Metz, qui, en 1437, faisait le rôle du crucifié, faillit en mourir. Un autre fut si consciencieusement battu de verges par ses bourreaux qu'il succomba deux jours après. Dans mainte occasion. Judas fut presque pendu pour de bon.
Ces sortes de représentations se continuèrent jusque dans le courant du seizième siècle. Mais déjà la foi était moins vive. On souriait de ces scènes grossièrement na'ïves, et souvent on les tournait en ridicule. L'Eglise finit par s'inquiéter de la maladresse de ses auxiliaires. On ne doit donc pas s étonner si les Mystères furent, un beau jour, supprimés par arrêt du Parlement (1548).
Sermons et léi;ende8«
La prédication au treizième siècle. — L'Eglise contribuait par la parole autant que par. les spectacles à Tédu-
cation religieuse des populations. La foi, vive encore, réunissait au treizième siècle, des auditeurs fort nombreux autour des prédicateurs. La prédication avait pour théâtre ordinaire Téglise. L'auditoire se rangeait dans Tenceinte sacrée en deux groupes séparés, d'un côté les hommes, de i autre les femmes. Tout ce peuple, habitué à passer une grande partie de sa vie dans le temple, n'était pas toujours bien recueilli ; aussi Torateur était-il obligé paffois de lui imposer silence : « Pour Dieu, ï) disait-il, taisez -vous et tenez- vous en paix, car, vous le » savez, quand les auditeurs demeurent en repos, le prédica- » teur s'applique davantage à bien dire et eux-mêmes en » tirent plus de profit. » Parfois l'assemblée s'endormait. Ce désagrément arriva à un abbé cistercien qui parlait aux frères convers de son monastère. Voyant leurs paupières se fermer, il eut recours à un expédient renouvelé de Démostbène * . Il s'arrêta et reprit soudain sur un ton élevé : « 11 était une fois un roi qui s'appelait Arthur... » A ces mots, toutes les têtes se redressent; mais lui, s 'interrompant de nouveau : « Quand je parlais de Dieu, vous dormiez et, pour entendre des fables, vous vous éveillez!» Jacques de Vitry avait imaginé de stimuler l'attention, non plus par une feinte, mais par le récit véritable d'une anecdote : ou bien il s'écriait tout à coup, avec la liberté dont on usait en chaire : « Celui qui dort dans ce coin ne connaîtra pas mon secret. » Chacun prenait l'apostrophe pour soi et rouvrait, en ayant soin de faire du bruit, les yeux et les