Les cinq de Santillane aux cinq d'Oviedo
« Les Asturies, lui disait en effet Moreri, se divisent en Asturia de Oviedo vers la Galice, et Asturia de Santillana vers la Biscaye. »
Les Personnages, a) Les assassins. — Il s'agissait de donner des noms et des physionomies à ces malfaiteurs : Y. Hugo songea d'abord au traître Ordono. La première rédaction du manuscrit* porte:
Dix princes : Ordono ^ le Géant, Froïla
puis ensuite :
Ordono le Géant, Rostabat le Féroce
et les variantes affluèrent :
Pacheco l'Altier, Blas, Ramon, Jean le Féroce.
Pierre, Alvar.
Blas, Pancho.
Santos, qui tient la mer d'irun à Biscarosse, de Luz.
Jean, Pacheco, Jayme et Ruy le brutal, leur aîné.
Les remaniements successifs aboutirent enfin à cette
liste.
(i) Alonze, (2) Don Santos Pacheco le Hardi, (3) Froïla
(4) Ponce,...
(5) Rostabat le Géant, (6) Materne le Féroce,
(7) Blas, (8) Ramon, (9) Jorge et (10) Ruy le Subtil, leur aîné.
1. MS 4O1 p. 249. Celte rédaction ne contenait pas les vers i4-33, et sitôt, après le décor du torrent (v. I-14) étaient énumérés les princes conjurés.
2. Les noms en italique sont ceux qui figurent dans les fragments 248-249- Santos appartient aux noms mis en réserve, p. 3o, IV^ 19 de V Album XI.
Tous ces noms, à rexception de Rostabat ' et de Jorge, se rencontrent à plusieurs reprises dans Moreri^ ils appartiennent à des personnages qui ont vécu à des époques très diverses.
Mais ces dix enfants d'Asturie n'ont nullement la prétention d'être historiques : ce sont simplement comme le dit le poète : « dix noms sanglants ».
b) La Victime. — La victime, Nuno. appartient au groupe des Euryales:on sait le souvenir persistant que Victor Hugo gardait de l'époque virgilienne : dans cette pièce même du Petit Roi de Galice^ nous le verrons appliquer au cadavre de Rostabat les images évoquées par Virgile à propos de
Gacus :
pedibusque informe cadaver Protrahitur : nequeunt expleri corda tuendo Terribiles oculos, vultumque villosaque setis Pectora semiferi, atque exstinutos faucibus ignés.
{^Virgile. IJTre VIII, v. 264''a67.)
43 1 . Il tombe ; la bruyère écrasée est remplie Dé cette monstrueuse et vaste panoplie ; Relevée en tombant, sa chemise d'acier Laisse nu son poitrail de prince carnassier. Cadavre au ventre horrible, aux hideuses mamelles, Et l'on voit le dessous de ses noires semelles*.
L'Euryale virgilien avait le premier offert au poète l'antithèse, qui lui devint chère par la. suite, de la fragile beauté de l'adolescence et du ferme héroïsme de la virilité.. Le même contraste est fréquent chez nos auteurs de Chan-
1. Rostabat paraît être le renforcement sonore d'Ostabat, village de Catalogne.
2. Cf. la première traduction de Victor Hago encore écolier :
Le peuple par les pieds traîne son corps difforme Et contemple effaré cette hideuse forme, Ces yeux rougis de sang, ces flancs noirs et velus Et ces feux expirants qu'il ne redoute plus.
[Victor Hugo raconté, ch. xviii, Cacus.)
sons de gestes', et Victor Hugo l'utilisa dès les premières œuvres imitées.
Qui, cette nuit, eût vu s'habiller ces barons,
Avant que la visière eût dérobé leurs fronts.
Eût vu deux pages blonds, roses comme des filles.
(Mariage de Roland, v. 9.)
Une espèce d'enfant au teint rose, aux mains blanches. Que d'abord les soudards dont l'estoc bat les hanches Prirent pour une fille habillé en garçon,
{Aimeri de Narbonne, v. 263.)
Olivier, Aimeri, Angus et Nuno sont de la même famille La pitié du poète pour ses héros s'accroît dans la mesure de leur faiblesse physique.
Dans \q Mariage de Roland, dans Aimeri de Narbonne, dans V Aigle du Casque, Victor Hugo insiste sur la grâce charmante, et non pas sur la fragilité attendrissante des chevaliers adolescents qu'il met en scène.
Du pauvre Nuno, au contraire, il évoque 95. Le front triste et meurtri d'un coup de gantelet
et il attarde ses regards sur